AP Møller-Maersk recule pour mieux sauter ?


AP Møller-Maersk a perdu presque 2 milliards d'euros en 2016, sous l'effet de dépréciations dans le secteur pétrolier mais aussi d'un recul important dans la ligne maritime régulière, où le groupe suit une stratégie agressive.


Maersk Line a perdu 376 millions de dollars en 2016, contre un profit de 1,3 milliard en 2015 © Maersk
Maersk Line a perdu 376 millions de dollars en 2016, contre un profit de 1,3 milliard en 2015 © Maersk
Le résultat d'AP Møller-Maersk a lourdement chuté en 2016. Le groupe a fait état d'une perte annuelle de 1,9 milliard de dollars, contre un bénéfice de 925 millions en 2015.
L'ampleur de la perte est surtout due à des dépréciations dans les services pétroliers mais plusieurs de ses branches ont subi un recul dans leur activité. Et si le résultat opérationnel de l'ensemble du groupe danois est resté positif, à 711 millions de dollars, il est tout de même en baisse de 77 % comparé aux 3 milliards de l'année précédente.
AP Møller-Maersk a réalisé son moins bon chiffre d'affaires de ces cinq dernières années, soit 35,46 milliards de dollars (- 12 %). Le groupe, qui bénéficie généralement d'un phénomène de compensation par le prix du baril entre le transport maritime et son activité liée à l'extraction de pétrole, a vécu en 2016 "une année difficile, avec des vents contraires sur tous nos marchés".

Surcapacité et prise de position

Maersk Line a encore beaucoup pesé dans le résultat du groupe, cette fois négativement. La branche de ligne maritime régulière est tombée dans le rouge, avec une perte nette de 376 millions de dollars, contre un bénéfice de 1,3 milliard un an plus tôt.
Son résultat opérationnel est proche, à - 384 millions, tandis que le chiffre d'affaires de l'armateur a diminué de 13 % comparé à 2015 (20,7 milliards de dollars). Le groupe explique ces reculs par la chute de 18,7 % du taux de fret moyen, de 1.104 à 897 dollars par EVP. Le chiffre d'affaires issu des ventes de transport maritime a ainsi baissé de 12,7 % (18,6 milliards de dollars).
Cette faiblesse des prix n'a été que partiellement compensée par une hausse des volumes pourtant conséquente de 9,4 %, à 20,83 millions d'EVP transportés, soit bien mieux que les "2 à 3 %" du marché. Sur les routes Est-Ouest, Maersk Line a vu son trafic augmenter de 11,4 % (7,38 millions d'EVP). Mais ce sont les trajets "retour" de ce trade (+ 19 %, 2,48 M EVP) et les parties "aller" des routes Nord-Sud (+ 7,3 %, 6,5 M EVP) qui ont été les plus performants.

"Maersk Line détient désormais 15,6 % d'un marché de 20,3 millions d'EVP"


Maersk Line affirme avoir réalisé des économies sur les opérations grâce à un prix du combustible toujours avantageux, à une meilleure utilisation de ses navires et à d'autres réductions de coûts.
La compagnie se vante d'atteindre des records en matière de coûts unitaire : 991 dollars par EVP à prix du carburant flottant (- 13 %) et - 10 % à prix du carburant fixe.
La raison de la baisse continue des taux est une surcapacité que Maersk Line a lui-même contribué à soutenir puisque le numéro un mondial a augmenté son offre de 9,4 % en un an (3,239 millions d'EVP). Selon Alphaliner, la capacité mondiale a crû de 4 % en 2016. Le danois détient désormais 15,6 % d'un marché de 20,3 millions d'EVP.
Fidèle à sa stratégie redevenue expansionniste, le danois doit finaliser cette année l'acquisition du septième armateur mondial, Hamburg Süd. De quoi ajouter de la pression sur un marché qui a vu disparaître un acteur majeur "pour la première fois en trente ans", Hanjin Shipping. La marque de la compagnie allemande et son siège à Hambourg doivent être conservés.

APMT a souffert

De son côté, APM Terminals est resté bénéficiaire mais a vu son profit baisser de 33 %, à 438 millions de dollars. La filiale d'opérations portuaires du groupe se plaint de la faiblesse du marché ouest-africain à l'import – "affecté par les prix bas du pétrole et par le manque de devises induit" – et de la stagnation du transbordement en Europe du Nord malgré l'accroissement des capacités. Pour APMT, les armateurs, en pleine phase de consolidation, ont déplacé une partie de leurs volumes vers les terminaux dans lesquels ils ont des participations. D'après le groupe, la concentration des volumes dans les mains d'un plus petit nombre d'alliances et de compagnies érode le pouvoir de négociation des terminaux.
Le revenu moyen par mouvement de l'opérateur a baissé de 9 % l'an dernier. Ajustés en fonction de ses parts dans chaque terminal, les volumes d'APM Terminals ont gagné 3,7 % en 2016, à 37,3 M EVP.

Optimisme pour 2017

Au 1er janvier 2017, les cinq filiales Maersk Line, APM Terminals, Maersk Container Industry, Damco (commission de transport) et Svitzer (remorquage et sauvetage maritimes) ont été consolidées dans la branche "Transport et logistique". L'intégration est en cours et le groupe compte sur 150 millions d'euros d'économie provenant des synergies réalisées.
De leur côté, les divisions Oil, Drilling, Supply Service et Tankers ont été regroupées au sein de la branche "Énergie", qui pourrait être vendue à terme. La première a dégagé en 2016 un profit de 477 millions de dollars, tandis que Maersk Drilling et Maersk Supply Service ont perdu respectivement 694 millions et 1,23 milliard.
Le groupe a passé dans ses comptes du quatrième trimestre 2,7 milliards de dollars de dépréciations pour ces deux filiales "en raison d'un affaiblissement attendu des perspectives".
Pour 2017, en particulier dans la ligne régulière, Søren Skou est "relativement optimiste". Il compte sur l'effet de la consolidation et du ralentissement des livraisons de navires neufs combiné à la croissance de la demande pour retrouver un résultat positif.

Maersk change de président

Le président d'AP Møller-Maersk, Michael Pram Rasmussen, en poste depuis quatorze ans, a annoncé qu'il remettait sa démission, effective le jour de l'assemblée générale annuelle le 28 mars. Son successeur sera Jim Hagemann Snabe, ancien directeur général du fabricant allemand de logiciels SAP (2010-2014). Michael Pram Rasmussen restera membre du directoire.
En juin 2016, le groupe avait remplacé le directeur général Nils Smedegaard Andersen par Søren Skou, jusqu'alors PDG de Maersk Line, filiale autour de laquelle veut se recentrer le groupe.

Franck André

Mercredi 8 Février 2017



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