Air France-KLM : de l’effet centralisateur de Paris…


Travaillant depuis trente-cinq ans pour Air France, Pierre Descazeaux, directeur général d’Air France-KLM et récent invité de Marc Fraysse, président de France Unie, a rappelé les atouts de son groupe et notamment d’Air France «qui n’est pas une compagnie parisienne», devant un parterre de chefs d’entreprises et un président du directoire d’Aéroports de Lyon très dubitatif…


Dans la région Rhône-Alpes-Auvergne, Air France emploie 1.400 personnes © Air France-KLM
Dans la région Rhône-Alpes-Auvergne, Air France emploie 1.400 personnes © Air France-KLM
Certes, le temps où Air France «pesait» 50 % des activités de l’aéroport de Lyon est révolu et, aujourd’hui, le groupe ne représente plus que 35 % des trafics. «Mais cela ne signifie pas abandon de Lyon», lance Pierre Descazeaux, qui réfute la critique souvent exprimée à Lyon d’«Air France, compagnie parisienne». «Nous avons dans nos gênes l’international mais aussi l’aménagement du territoire. Nous contribuons à l’économie nationale et à l’économie régionale», observe ce dernier, qui indique par exemple que le groupe procède à plus de 2 milliards d’euros d’achats de produits français comme des équipements, sièges, pièces détachées ou, dans un autre style, de foies gras, de vins, de denrées agroalimentaires, sans oublier une constante promotion de la France notamment grâce à ses 8.000 salariés basés à l’étranger.
Dans la région Rhône-Alpes-Auvergne, Air France emploie 1.400 personnes, dont 1.000 à Lyon et 120 personnes à Clermont-Ferrand où est installé un centre de maintenance des appareils. Ce sont 32 millions d’euros d’achats qui sont réalisés dans cette partie de la France et seul hub en région. «C’est un gros complément pour notre hub de Paris avec 180 vols par jour, 35 destinations, dont la moitié en Europe, et 3 millions de passagers transportés chaque année», note Pierre Descazeaux, qui poursuit : «Notre réseau est costaud et peu de compagnies continuent à avoir un tel réseau domestique.

"Le potentiel long-courrier existe-t-il à Lyon ?"


Malgré les low-cost, nous avons encore 80 % de parts de marché aérien». L’effet hub stimule le trafic en multipliant les flux et les possibilités d’acheminement avec diverses combinaisons qui permettent d’avoir des avions plus gros, plus souvent, plus remplis et donc de baisser les coûts. «Air France à Paris-CDG, c’est le plus puissant hub d’Europe, avec 670 vols par jour. On peut critiquer cette compagnie mais nous avons construit un outil remarquable». À bord des vols de Paris sur New York, on compte 25 clients lyonnais, 21 sur le Canada, 14 sur Moscou, auxquels il faut ajouter les clients acheminés par TGV. Pour Pierre Descazeaux, il n’y a pas le potentiel à Lyon pour de long-courriers… ce qui fait réagir Philippe Bernand, président du directoire d’Aéroports de Lyon ! L’objectif d’alimenter le hub de Paris nuit à l’essor de la deuxième région économique et industrielle de France. «On reste un hub court-courrier et pourtant le potentiel existe pour avoir des moyens et des long-courriers. On se heurte à un dogme», martèle Philippe Bernand. Il rappelle que, lorsque Jean-Cyril Spinetta était aux commandes d’Air France, il avait été convenu que la compagnie aérienne étofferait ses vols quand la liaison terrestre entre Lyon-Part-Dieu et l’aéroport aurait été réalisée. Rhônexpress est opérationnelle depuis plusieurs années… et Saint-Exupéry reste le 47e aéroport européen.
Le ciel est ouvert. Il est aussi couvert côté Golfe ! «Notre groupe aérien dont l’État possède 15 % du capital n’a pas de pouvoir pour empêcher une compagnie de s’implanter où elle veut. Une compagnie chinoise par exemple pourrait venir à Lyon si elle le voulait. Les droits de trafic se négocient d’État à État. Le ciel est ouvert… sauf en ce qui concerne les compagnies du Golfe avec lesquelles nous ne jouons pas à armes égales et là nous pouvons faire du lobbying pour restreindre leur accès». Ces compagnies n’ont pas de charges sociales. Entre les pays du Golfe et la France, le coût d’un employé varie du simple au double et le coût des redevances et taxes d’un avion long-courrier qui se pose à Paris est quatre fois plus élevé que s’il se pose à Dubaï. «Ceci représente 11.000 euros par vol, soit une différence de 280 millions d’euros de résultat. Air France n’est pas la seule compagnie en colère contre cette concurrence déloyale», explique Pierre Descazeaux, qui pointe le fait que beaucoup de Rhônalpins qui empruntent Emirates depuis Lyon sont surtout en correspondance sur le hub de Dubaï. Pour lui, plutôt que vouloir passer de cinq à sept vols par semaine entre Lyon et Dubaï, il serait plus judicieux d’essayer d’attirer des compagnies américaines ou chinoises à Lyon. «Si Delta venait à Lyon, nous aiderions Delta». «Quand je vous écoute, j’entends le discours d’Air France il y a vingt ans. Toutes nos entreprises doivent se battre contre une concurrence effrénée et déloyale», réplique Philippe Bernand, qui aspire à voir Lyon-Saint-Exupéry changer de braquet et devenir la deuxième porte d’entrée en France. Et comment pourraient évoluer les rapports entre Lyon, sa force et son foncier et Genève-Cointrin proche et contraint ?

Annick Béroud

Mardi 15 Décembre 2015



Lu 575 fois



Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 1 Décembre 2016 - 14:36 Bombardier livre son premier CS300 à Air Baltic €


     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers







Accès rapide






















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

© SMECI
L'Antenne est édité par Smeci (32, av. André Roussin, BP 36, 13321 Marseille Cedex 16)
RCS Marseille 447 889 395. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0313T79480
Dépôt légal : 10/04/2006
Gérant : Jacques Riccobono
Rédacteur en chef : Vincent Calabrèse