Alstom : un redressement réussi, mais de nouvelles difficultés


Le groupe industriel français Alstom s'est joliment redressé en une décennie après avoir été sauvé de la faillite par l'État en 2003-2004, mais de nouvelles difficultés obscurcissent son avenir alors qu'est évoquée une offre de reprise - partielle ou totale - par General Electric.


© Alstom
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Clin d'œil historique, on retrouve aux origines d'Alstom, un certain... General Electric. Ou plutôt une filiale française, la Compagnie française pour l'exploitation des procédés Thomson-Houston. En 1928, cette filiale fusionne avec la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM) et forme Alsthom, son orthographe à l'époque, contraction d'Alsace et de Thomson.

Fusion avec les chantiers de l'Atlantique

Déjà dans la construction électrique et les trains, ses deux activités principales actuelles. De ces lointaines racines américaines, Alsthom devient alors un fleuron français associé à plusieurs des grands programmes industriels hexagonaux. Passée sous le contrôle de la très puissante Compagnie générale d'électricité (CGE), l'entreprise est retenue en 1975 pour la partie non nucléaire (les turbines, notamment) des centrales nucléaires françaises, les réacteurtrans revenant à Framatome devenu depuis Areva.
Un an plus tard, Alsthom fusionne avec les chantiers de l'Atlantique, la construction navale devenant le troisième pan de son activité. Vient ensuite la naissance du TGV, emblème des années 80. Puis, en 1988, la fusion avec encore un autre "General Electric", la General Electric Company britannique, pour former GEC Alsthom. Trois ans plus tard, Pierre Bilger prend les commandes pour un règne qui durera douze ans et, en 1998, la CGE devenue Alcatel et GEC introduisent Alstom (désormais sans h) en Bourse.
En 1999 est scellée une alliance qui s'avérera la source de l'accident industriel dont les contrecoups frapperont l'entreprise en 2003 : Alstom et le suédo-suisse ABB fusionnent leurs activités d'équipements de centrales électriques dans ABB Alstom Power, qui deviendra la division Power d'Alstom. Au passage, Alstom se déleste de son propre site français de turbines de Belfort, qu'il cède à... General Electric, qui en fait un de ses principaux sites européens.
Mais l'aventure ABB tourne à l'aigre : les turbines s'avèrent défectueuses et pour indemniser les clients Alstom doit passer progressivement plusieurs milliards d'euros de provisions. En 2003, le groupe, en grande difficulté financière, doit négocier avec ses banques créancières et appeler l'État à la rescousse. Patrick Kron, l'actuel PDG, est placé aux commandes. Sous l'égide à Bercy de Francis Mer, un plan de sauvetage est mis en place et finalement adopté après un long bras de fer mené par son successeur Nicolas Sarkozy avec la Commission de Bruxelles. Au passage, Alstom mène une cure drastique : il cède de nombreux actifs (notamment son activité Transmission et Distribution à Areva en 2004) et supprime des milliers d'emplois.
Deux ans après, Alstom se sépare d'Alstom Marine et des Chantiers de l'Atlantique, mais l'entreprise est déjà revenue dans le vert et a évité un démantèlement majeur. L'État, qui avait pris 21% du capital contre 300 millions d'euros, revend sa part à Bouygues pour 2 milliards. À partir de 2008, Alstom n'échappe pas aux effets de la crise économique ni à des déconvenues commerciales (sur le TGV notamment) et poursuit encore des restructurations parfois lourdes, mais le groupe réalise des performances jugées convenables.
Mais depuis le début 2013, le groupe fait face à une baisse marquée de ses commandes, notamment dans son activité principale "Thermal Power" (centrales thermiques) où il souffre de la morosité de la construction de centrales en Europe. Les avertissements sur résultats s'enchaînent, 1.300 emplois sont supprimés, un plan de cessions de 1 à 2 milliard d'euros est lancé et le PDG, Patrick Kron, doit dénoncer des "élucubrations" quand le scénario d'une augmentation de capital avec retour de l'État comme actionnaire est évoqué.
En outre, soulignent les analystes, Alstom "brûle" de la trésorerie avec des flux négatifs et l'entrée d'un groupe avec un trésor de guerre comme GE lui permettrait de voir venir. "Alstom a un problème significatif de bilan et il lui manque simplement les fonds pour repositionner son activité", a commenté Barclays jeudi 24 avril dans une note sur l'éventuelle offre de GE. Le cours du groupe, qui était à la clôture mercredi 23 avril en recul de près de 20 % depuis le début de l'année, le valorisait à moins de 8 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires de plus de 20 milliards l'an dernier.

Marc Préel

Lundi 28 Avril 2014



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