Arctique : un territoire fragile menacé par le réchauffement et les forages


L'interdiction de procéder à de nouveaux forages dans les eaux arctiques américaines et canadiennes, annoncée mardi 20 décembre, vise à protéger l'une des dernières zones vierges de la planète, déjà fragilisée par le réchauffement climatique : revue des principaux enjeux de ce territoire extrême.


© Greenpeace
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La zone arctique s'étend du Pôle Nord au cercle polaire arctique (66° de latitude), soit environ 21 millions de km2. Elle comprend l'océan Arctique, dont une partie dégèle l'été, et des terres (Canada, États-Unis avec l'Alaska, Danemark avec le Groenland, la Russie, la Norvège avec l'archipel du Svalbard et l'Islande). L'océan (14 millions de km2) englobe notamment les mers de Barents, des Tchouktches, de Beaufort, du Labrador, du Groenland, de Norvège, de Sibérie orientale, etc. Certaines eaux sont sous juridiction nationale mais, au-delà de cette limite, les territoires ne sont soumis à aucune réglementation, contrairement à l'Antarctique protégé par un traité international.
Un conseil de l'Arctique, forum intergouvernemental, réunit les nations riveraines de l'océan Arctique, ainsi que la Finlande et la Suède. Son champ d'intervention s'est à ce jour borné à des accords sur le sauvetage en mer et les secours en cas de marée noire. Un nouvel accord sur la coopération scientifique devrait voir le jour en 2017, selon Laurent Mayet, représentant de la France pour les pôles.
L'Arctique est un milieu fragile, où le développement de la vie est ralenti par des températures très basses et une très faible luminosité une grande partie de l'année. Le réchauffement climatique, qui réduit l'étendue de la banquise, est une menace pour plusieurs espèces emblématiques comme les ours polaires et les phoques. Les eaux devenant plus chaudes, de nouvelles espèces de poissons et d'algues y migrent, parfois au détriment des espèces endémiques. Si des activités humaines devaient s'y développer (pêche, transports de marchandises, tourisme, forages miniers, pétroliers ou gaziers), la faune aquatique serait affectée par la pollution sonore et de l'eau.
Dans cette zone, l'impact de forages défectueux est démultiplié car, dans les eaux glacées, il n'existe pas de méthode rapide et efficace pour contenir et nettoyer les fuites d'hydrocarbures. Compte tenu de la fragilité des milieux et des difficultés d'intervention, une marée noire aurait des dégâts irréversibles. Pour limiter la hausse de la température mondiale en dessous 2 °C - l'objectif de la communauté internationale -, environ deux tiers des réserves fossiles connues (pétrole, charbon et gaz) doivent être laissées dans le sol : une estimation incompatible avec l'exploitation de l'Arctique.
Les États-Unis ont banni la prospection pétrolière et gazière dans les mers des Tchouktches et de Beaufort et le Canada dans ses eaux. Selon Laurent Mayet, il faut examiner cette décision à l'aune de la situation des États-Unis, qui ont regagné leur indépendance énergétique en misant sur les gaz de schiste, et du Canada, qui mise sur les sables bitumineux. La situation est totalement différente pour la Norvège et la Russie, qui délivrent régulièrement des permis d'exploration et d'exploitation dans la zone arctique et qui vont sans doute continuer à le faire. "L'équilibre économico-énergétique de l'Amérique du Nord n'est pas celui de la Russie ou de la Norvège", bien plus dépendants de l'exploitation des hydrocarbures de l'Arctique, résume le diplomate français.
En 2015, Shell a prospecté dans la mer de Tchouktches grâce à une licence accordée par le président américain Barack Obama. Le géant pétrolier a ensuite mis fin à ce forage, qui s'est révélé décevant. Selon Pierre Terzian, directeur de Pétrostratégies, "il n'y avait pas de projet imminent de prospection" dans les eaux arctiques américaines ou canadiennes". "Pourquoi aller en Arctique alors qu'il y a plein de pétrole ailleurs, que c'est techniquement coûteux et dangereux et que cela présente des risques en terme d'image ?" D'autant que la baisse des prix du pétrole a entamé la capacité d'investissement des sociétés et rendu les forages dans ces zones hostiles absolument pas rentables. Les seuls forages exploités se situent à proximité des côtes russes et dans les eaux norvégiennes, précise Pierre Terzian, pour qui la décision d'Obama est "un message politique", pas une décision ayant un impact immédiat. "La meilleur garantie pour l'Arctique, c'est un pétrole pas cher", résume-t-il.

Céline Serrat

Jeudi 22 Décembre 2016



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