Assurance maritime et transport : la cote d'alerte est-elle atteinte ?


L'assurance maritime et transport peut-elle suivre le rythme effréné de la course au gigantisme ? Invité du Propeller Club de Paris et du Cercle du conteneur, l'assureur Jean-Marc Szmaragd affiche son scepticisme. Il alerte la communauté logistique, notamment maritime, sur les risques financiers encourus face aux capacités limitées d'assurance et de réassurance mondiale.


Assurance maritime et transport : la cote d'alerte est-elle atteinte ?
Devant la course au gigantisme observée dans tous les modes de transport mais aussi dans l'entreposage logistique, les calculettes s'affolent. "La collision de deux porte-conteneurs de 16.000 EVP représente un risque de 7,2 milliards de dollars", selon Jean-Marc Szmaragd, de la Scor Assurance et réassurance.

" Toutes les catastrophes majeures résultent de cas improbables"


L'estimation faite par le responsable de la souscription transport et aviation au sein de la Scor "n'intègre que" les risques corps navire, la pollution par les soutes, les conteneurs et leurs marchandises. Scénario impossible ? "Par expérience, les catastrophes majeures résultent toujours de cas improbables que nous devons prendre en compte pour quantifier un risque". Improbable par exemple, l'échouement du "Costa Concordia" le 13 janvier 2012 "coûtera aux assureurs entre 1,15 et 1,5 milliards de dollars : 500 millions en corps et entre 650 et un milliard en RC, frais de renflouement compris". Sur la même période, Jean-Marc Szmaragd rappelle que le marché de l'assurance maritime a dû faire face à deux autres sinistres majeurs : "des dommages en décembre 2011 sur le plus grand minéralier mondial "Vale Beijing", et le naufrage de la plate-forme "KS Endeavour" le 16 janvier".

Toujours plus grands

Face à ces risques, les assureurs perçoivent un volume de primes maritimes, corps et marchandises confondues, et de transport de l'ordre de 32 milliards de dollars bruts par an. "Soit environ 24 milliards nets pour payer les sinistres majeurs et les sinistres attritionnels". En parallèle, les réassureurs perçoivent un volume de primes brutes maritimes et transports estimé à 8 milliards par an. "Jusqu'à présent, la capacité disponible sur le marché mondial de l'assurance et de la réassurance est excédentaire. Cette capacité risque toutefois d'être insuffisante lors de la survenance d'événements majeurs ou des méga projets à l'image de la plate-forme gazière "Sunrise" de Shell au large de l'Australie pour 8 à 15 milliards de dollars". En plus des paquebots de croisière de plus de 8.000 passagers, équipage inclus, l'assureur rappelle que 163 porte-conteneurs de plus de 10.000 EVP sont en circulation. "Plus de 120 sont en commande dont les vingt "Triple E" de l'armement Maersk Line de plus de 18.000 EVP et d'une valeur unitaire de 190 millions de dollars. Toutes les infrastructures logistiques et de transport, notamment portuaires, sont engagées dans cette course pour adapter leurs capacités". Sans compter les risques liés à la piraterie, "les engagements financiers en jeu sont-ils encore maîtrisables ?", lance Jean-Marc Szmaragd.

Éléments prospectifs

Pour étayer cette interrogation, le responsable de la Scor livre quelques réflexions. Comment maintenir l'avarie commune quand plus de 100.000 intérêts différents peuvent se retrouver impliqués sur un même événement ? "La plupart des assureurs ne protègent que leurs engagements courants, pas les scénarii majeurs ("cat") ni même les cumuls d'intérêts sur une même police/bien". Certaines capacités de réassurance sont en outre aveugles, apportées par des réassureurs de "second" rang." Seront-ils en état de payer un événement catastrophique ? "Les traités proportionnels de réassurance comportent très rarement une clause de limite par événement, d'où des engagements peu contrôlés". Et de conclure : "Des interrogations naissent chez certains acteurs maritimes comme Maersk ou Vale sur l'utilisation des méga navires comme ce fut le cas il y a quelques années pour les pétroliers ULCC".

Érick Demangeon

Jeudi 28 Mars 2013



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