Bataille navale entre Paris et Rome sur l'avenir de STX France


Le gouvernement a fait monter la pression sur les autorités italiennes en évoquant une nationalisation de STX France, en cas d'absence d'entente avec le groupe Fincantieri sur l'avenir du constructeur naval.


© STX
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"Nous souhaitons pouvoir maintenir un contrôle à 50-50 avec nos amis italiens, sur l'avenir des chantiers navals STX, sur l'emploi, sur le développement du territoire", a déclaré mercredi 26 juillet le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, alors que le droit de préemption de l'État français expire à la fin du mois. Mais "si jamais nos amis italiens refusent la proposition honnête qui leur est faite, l'État exercera son droit de préemption", en rachetant "les parts" que Fincantieri devait acquérir, a-t-il mis en garde.
Une source ministérielle italienne a assuré que Rome voulait toujours que Fincantieri ait plus de 50 % de STX France, opposant de facto une fin de non-recevoir au gouvernement français, accusé d'avoir "changé les cartes" par rapport à l'accord initial. "Les autorités italiennes sont disponibles" pour parler avec Paris et modifier cet accord, mais seulement si "deux conditions sont respectées" : que "Fincantieri ait la majorité du capital, même de peu, comme par exemple 51 %, et le contrôle du conseil d'administration afin d'assurer une gouvernance adéquate", a assuré cette source.
Le patron de Fincantieri, Giuseppe Bono, s'est pour sa part dit "confiant" sur le fait de pouvoir parvenir à un accord, mais à condition que l'opération "crée de la valeur". "Notre objectif est un objectif industriel et non politique", a déclaré Giuseppe Bono. "Nous sommes Italiens et Européens et on ne peut pas être traités moins bien que les Coréens", qui détenaient auparavant la majorité dans STX. "Nous n'avons pas besoin de STX à tout prix", a-t-il prévenu.

"50 % pour Fincantieri et 50 % entre BpiFrance, Naval Group et les salariés"


Selon un accord négocié par le précédent gouvernement français, le constructeur italien devait reprendre d'abord 48 % du capital des chantiers de Saint-Nazaire et rester minoritaire pendant au moins huit ans, épaulé par l'investisseur italien Fondazione CR (Cassa di Risparmio) Trieste à hauteur d'environ 7 %. Côté français, l'État devait conserver un tiers du capital et un droit de veto, mais les syndicats et les élus locaux, estimant que Fincantieri serait de facto majoritaire en raison de ses liens avec l'autre actionnaire italien, redoutaient de le voir privilégier ses propres chantiers italiens.
Le 31 mai, le président Emmanuel Macron avait ainsi demandé que cet accord "soit revu" afin d'éviter une perte de souveraineté de la France. Cet équilibre "ne nous satisfaisait pas parce qu'il ne maintient pas la possibilité pour les actionnaires français de garder la main sur l'emploi, sur les compétences et sur le développement du territoire", a justifié mercredi 26 juillet Bruno Le Maire.

Droit de préemption

Selon le ministre, la mise en œuvre par Paris de son droit de préemption impliquerait un engagement financier "limité". Nous sommes dans une "échelle de plusieurs dizaines de millions d'euros", a-t-il assuré, laissant par ailleurs entendre que la prise de contrôle serait provisoire. "Nous rachetons les parts, nous sommes majoritaires, et nous donnons du temps pour renégocier un nouveau pacte d'actionnaire", a expliqué le ministre, ajoutant que "les Italiens avaient jusqu'à jeudi 27 juillet pour se décider sur le sujet". Selon la proposition transmise en fin de semaine dernière par Paris, Fincantieri obtiendrait 50 % de la nouvelle structure, les 50 % restants étant répartis entre l'État français (via BpiFrance), Naval Group (ex-DCNS) et les salariés des chantiers navals.
Cette proposition a suscité de vives critiques chez les syndicats italiens, mais aussi dans la presse transalpine, Fincantieri était le seul candidat à avoir déposé une offre pour reprendre STX France, filiale florissante du groupe sud-coréen en difficulté STX Offshore and Shipbuilding. "À Rome on ne comprend pas ce pas en arrière inattendu de l'européiste et libéral Macron", écrivait mercredi 26 juillet "Il Corriere della Sera". "La patience du gouvernement et du groupe italiens semble toucher sa fin et les jours prochains seront décisifs", soulignait de son côté le quotidien économique "Il Sole 24 Ore". En raison de ce regain de tension, le titre Fincantieri dévissait de près de 10 % mercredi matin à la Bourse de Milan.

Céline Cornu et Valentin Bontemps

Mercredi 26 Juillet 2017



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