Blé : la France importe, les professionnels s'interrogent


Après une moisson à la qualité décevante, la France voit la vente de son blé chamboulée, et doit avoir recours à des importations, limitées mais paradoxales pour le premier exportateur européen.


© Maison de la Beauce
© Maison de la Beauce
Alors que les laboratoires d'analyse des grains tournent à plein régime pour tenter d'évaluer la proportion de blé abîmée par les intempéries estivales, les ports de Rouen et Dunkerque ont reçu la semaine dernière plus de 30.000 tonnes de blé de Lituanie et du Royaume-Uni. Le volume est minime au regard des quelque 36 millions de tonnes produites chaque année (dont 19 millions exportées l'an dernier). Mais il ne passe pas inaperçu dans un pays qui fait office de grenier à blé de l'Union européenne. La France importe en fait environ 350.000 tonnes de blé par an, souvent des variétés très riches en protéines venues d'Allemagne ou des États-Unis. Elles permettent d'élaborer certaines farines, pour le pain de mie par exemple.
Cette année, c'est en fait l'objectif des chargements lituaniens et britanniques qui fait débat. Pour François Luguenot, analyste marchés pour la coopérative InVivo, il s'agit "clairement de compenser la moindre quantité de blé de qualité boulangère". Mais pour d'autres, ce blé n'est pas destiné aux meuniers français. "C'est clairement pour réexporter et cela va poser un problème. Même si tous les exportateurs ne l'ont pas fait", affirme un bon connaisseur du secteur, qui s'attend à voir d'autres petits chargements arriver. Pour Michel Portier, directeur du cabinet spécialisé Agritel, il est possible que, simplement, l'importateur ne sache pas encore ce qu'il va faire de ce blé.

Question sensible

La question est sensible, car le premier client de la France, l'Algérie, exige dans son cahier des charges du blé 100 % français. L'organisme public algérien chargé des importations de céréales a d'ailleurs fait savoir la semaine dernière qu'il refuserait toute livraison de blé "issu de mélanges de différentes origines". L'Algérie insiste particulièrement sur l'indice de Hagberg, qui mesure la qualité boulangère du blé, et permet de déterminer s'il pourra être utilisé pour faire du pain. Une partie de la récolte française pèche justement sur ce critère-là.
Chez Axéréal, l'une des plus grosses coopératives céréalières qui a aussi une activité meunerie, on reconnaît que "pour l'utilisation industrielle, il y aura peut-être des ajustements", c'est-à-dire des mélanges de grains, "pour certains clients espagnols, italiens ou marocains", une pratique "très courante" dans la meunerie pour obtenir différents types de farines. En ce qui concerne l'Algérie, "on charge et on chargera des blés répondant à leurs exigences qualitatives, comme par exemple ceux de la façade Atlantique, qui sont de très bons blés pour l'export" cette année, dit M. Loiseau. "D'une manière générale, les acheteurs poussent peut-être le bouchon un peu trop loin. Dans la qualité, il n'y a pas que l'Hagberg", relativise M. Portier. Pour lui, la chance de la France est d'avoir une filière céréalière "très organisée", capable de faire face au problème.
La FNSEA, premier syndicat agricole, se veut d'ailleurs rassurante. "Cessons de paniquer. Oui, il y a des problèmes de qualité sur un certain nombre de lots, n'en faisons pas une généralisation", déclarait mercredi 27 août son président, Xavier Beulin. Le blé qui n'a pas une qualité suffisante pour la meunerie peut être utilisé pour l'alimentation animale (blé fourrager) ou l'industrie, a-t-il rappelé. Mais cette réorientation nécessite un gros travail de tri et de partage d'information entre les coopératives, le négoce, les exportateurs et meuniers. Les producteurs de blé ont donc demandé au gouvernement la création d'un comité spécial pour gérer cette commercialisation délicate. Pour Michel Portier, la France devrait au final réussir à fournir ses différents clients, "même si les flux changeront peut-être un peu à l'export : un peu moins vers l'Algérie, un peu plus vers l'Asie pour du blé fourrager".

Emmanuelle Michel

Lundi 1 Septembre 2014



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