Bois illégal, une lutte inégale


Grande importatrice de bois tropical africain, l'Europe a engagé une lutte contre le commerce de bois illégal. Mais les efforts restent limités et trop peu coordonnés, selon le consultant Olivier Bonneau.


Le prélèvement de grumes fait l'objet de règles particulières à chaque pays producteur. Ici, la province du Woleu-Ntem au Gabon © Olivier Bonneau / Obbois
Le prélèvement de grumes fait l'objet de règles particulières à chaque pays producteur. Ici, la province du Woleu-Ntem au Gabon © Olivier Bonneau / Obbois
Le bois tropical est l'une des principales matières premières exportées d'Afrique mais sa légalité est loin d'être garantie. La France est d'ailleurs le premier importateur européen de bois provenant du bassin du Congo (Cameroun, République centrafricaine, Congo, Gabon et République démocratique du Congo), où 13,6 millions de m3 de grumes ont été produits en 2013, selon l'Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). Pour WWF, 39 % des importations françaises de bois tropical sont présumées d’origine illégale.
En mars 2013, la Commission européenne a lancé le plan d’Action Flegt (Forest Law Enforcement for Governance and Trade) afin de lutter contre l'exploitation illégale des forêts, cause de leur dégradation, et le commerce associé. Cette initiative se traduit en deux volets agissant sur l'offre et la demande : les Accords de partenariat volontaire (APV), non encore opérationnels, et le Règlement sur le bois de l'UE (RBUE). Les premiers sont des accords négociés entre l’UE et les pays producteurs pour développer des systèmes nationaux de contrôle de la légalité des produits tandis que le second crée l'obligation pour tout importateur mettant en marché du bois dans l'UE de "diligence raisonnée", c'est-à-dire de s'assurer de sa légalité au regard des lois locales. C'est donc le secteur privé qui a la charge de la vérification tant que les APV ne sont pas opérationnels. Le RBUE ne crée pas de nouvelle procédure douanière mais des contrôles a posteriori des importations de grumes et de produits transformés.

Distorsion de concurrence

Avec sa société Obbois, Olivier Bonneau aide les acteurs de la filière à s'assurer de la légalité du bois et à mettre en place des circuits d'approvisionnement transparents et respectant les trois aspects du développement durable – social, environnemental et économique. Agréé par Bureau Veritas, il accompagne aussi les industries du bois et du papier dans les systèmes de certification, notamment pour les labels PEFC et FSC.

"C'est le secteur privé qui a la charge de la vérification"


Si l'expert soutient l'initiative de Bruxelles, il déplore son manque d'efficacité : "L'Union européenne n'a pas assez clairement défini le niveau de performance exigé. Les systèmes sont donc loin d'être homogènes d'un pays à l'autre et d'un importateur à l'autre". Embarqués dans les ports de Douala, Libreville, Port-Gentil ou Pointe-Noire, les chargements de bois arrivent généralement par La Rochelle, Anvers ou Nantes. "Il y a de moins en moins en conventionnel et de plus en plus de conteneurs", selon Olivier Bonneau qui regrette l'absence de contrôles douaniers aux frontières de l'UE. Il prône la création d'un dispositif commun d'inspection, chaque État membre étant aujourd'hui maître de son mode de vérification. Selon lui, l'inefficacité des contrôles génère une distorsion de concurrence entre les opérateurs vertueux qui s'appliquent des procédures drastiques et les contrevenants qui peuvent ainsi proposer des prix plus attractifs. "Pour l'importateur hollandais Remerink Group, la mise en œuvre d’un système de diligence raisonnée très performant se traduit par l’abandon de bois provenant de fournisseurs pas suffisamment sérieux. Ces produits sont finalement achetés par des importateurs ayant moins d’exigences, voir pas de système du tout", explique Olivier Bonneau.
Le consultant met aussi en garde contre le développement des ventes de bois vers des pays n'ayant pas d'exigences particulières. Ainsi, 60 % des exportations de bois africain prendrait aujourd'hui la direction de l'Asie, dans un contexte favorable aux produits interdits, dont certains peuvent être transformés puis importés en Europe par des acteurs moins impliqués que ceux traitant des produits bruts.
Dans la lutte contre le bois illégal, la prochaine avancée viendra peut-être des pays producteurs. Les douanes à l'export des pays APV vont bientôt pouvoir attribuer des licences Flegt à chaque chargement, ce qui pourra, sinon garantir la légalité, au moins améliorer la traçabilité. Six États ont à ce jour signé des APV avec l'UE : l’Indonésie, le Ghana, le Cameroun, la Centrafrique, le Liberia et le Congo. Neuf autres sont négociations : la Côte d'Ivoire, le Gabon, la RDC, le Guyana, le Honduras, le Laos, le Vietnam, la Thaïlande et la Malaisie.

Franck André

Jeudi 18 Décembre 2014



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