CMA CGM : d'une PME méditerranéenne au 3e armateur mondial


De la guerre du Liban à la conquête des mers du globe depuis le port de Marseille, le groupe CMA CGM, qui vient d'annoncer un bénéfice de 567 millions de dollars pour 2015 (en baisse de 2,9 %), fait partie de ces entreprises familiales qui deviennent des empires dans le secteur concurrentiel de la ligne régulière conteneurisée.


© CMA CGM
© CMA CGM
Parmi les trois leaders du shipping mondial, Maersk est le seul coté en bourse. Ni le suisse MSC ni le marseillais CMA CGM le sont. Le premier employeur auto-proclamé du secteur privé à Marseille ? L'un des rares Français apparus en Une du "Financial Times" et du "Wall Street Journal" après une OPA de plus de 2 milliards d'euros sur Neptune Orient Lines (Nol), à Singapour en décembre dernier ? La réponse se trouve au sommet de la tour CMA CGM qui domine les bassins est du Grand Port de Marseille, située dans un quartier en plein changement.
Aux commandes, le patriarche fondateur, Jacques Rodolphe Saadé, 79 ans, porte dans sa chair quelques éclats des blessures multiples du Proche-Orient : entreprise installée en Syrie et nationalisée du jour au lendemain dans les années 60 par Hafez el-Assad, à l'époque des révolutions pan-arabes et socialisantes, et départ du Liban en 1978 pour protéger ses trois enfants des bombes qui pleuvaient sur Beyrouth.

Direction la France, mais pas Paris

"Marseille est belle et la mer ressemble un peu à celle de Beyrouth. Tous les jours, je disais aux enfants : on repart bientôt", a raconté le patron à l'hebdomadaire "Le Point" en 2013 dans un rare moment de confidences.
La famille crée la Compagnie maritime d'affrètement (CMA), une PME (installée dans un premier immeuble où l'on trouve aujourd'hui La Méridionale) qui poursuit les échanges avec le Liban malgré la guerre civile, avec la Syrie, l'Égypte, puis des pays au-delà du canal de Suez et de la mer Rouge.
Après les soubresauts violents du Proche-Orient, l'homme d'affaires découvre la politique française, ses alternances, de nationalisations en "ni-ni", entre deux vagues de privatisations.

"Il faut être patient, le marché va rebondir"


"Le gouvernement français a mis en vente la Compagnie générale maritime (CGM) en 1996. J'ai été très séduit par l'idée de la racheter. C'était symbolique, j'étais Libanais, je me disais que je pouvais redresser cette entreprise française en l'associant à la CMA", a-t-il expliqué au magazine.
Sa croissance entraîne son lot inévitable de rumeurs : "On a dit aussi que Rafic Hariri avait servi d'intermédiaire. C'est archifaux ! À ce moment-là, il vivait en Arabie saoudite et je ne le connaissais pas".

Un adepte du gigantisme

Précurseur du commerce avec la Chine, Jacques Saadé rachète Delmas à Bolloré dans les années 2000 pour conquérir l'Afrique, avant d'être frappé par la crise mondiale de 2008 : "À l'automne 2009, des financiers m'ont mis une grosse pression. Nous avions une dette importante. Ils avaient peur, ils disaient : M. Saadé, il faut nous payer. Je leur répondais : oui, d'accord, mais ce ne sera pas demain matin. Il faut être patient, le marché va rebondir".
À cette époque, l'homme d'affaires en personne négocie à Bercy avec les banques créancières, avec une seule obsession : que la famille garde le contrôle de l'entreprise. Pari réussi, au prix de quelques concessions. Le Fonds stratégique d'investissement (FSI) et le groupe turc Yildirim entrent au capital.
Fin 2015, Rodolphe Saadé, le vice-président, fils du fondateur du groupe, entre en négociations exclusives pour le rachat de Nol pour 2,2 milliards d'euros, afin de consolider sa position juste derrière les leaders mondiaux, le danois Maersk et l'italo-suisse MSC.
Les analystes apprécient moyennement ce coup de poker, à l'image de Standard and Poor's qui dégrade la perspective de la note du groupe marseillais expliquant que cette offre d'achat "réduit la trésorerie disponible de CMA CGM et va affaiblir ses capacités d'emprunt".
Et ce d'autant que le marché reste faible sur un des trades favoris du groupe : l'Asie-Europe. Un axe où les taux de fret n'ont jamais été aussi bas. Par chance, le groupe continue de jouer son rôle de global carrier. Il parvient à rebondir sur des marchés plus rémunérateurs.
Entre-temps, Jacques Saadé a promu son fils Rodolphe aux commandes du navire familial, dans lequel ses deux autres enfants et son beau-frère jouent un rôle-clé. Une saga qui a aussi connu une brouille : avec Johnny, le frère cadet du père. Elle remonte au rachat de CGM, et a écumé les prétoires, jusqu'en Syrie, où Johnny a obtenu en décembre 2014 près de 600 millions d'euros de dédommagements. Sans réussir à faire exécuter ce jugement.

Samir Tounsi avec V. J. C.

Vendredi 11 Mars 2016



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