Carling, symbole d'une pétrochimie en crise


La restructuration annoncée de la plate-forme pétrochimique de Total à Carling, en Moselle, illustre les difficultés du secteur en Europe, avec une demande en baisse, une compétitivité érodée et une concurrence internationale accrue.


© Total
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En Europe de l'Ouest, la demande d'éthylène, une des principales molécules fabriquées dans les vapocraqueurs, qui sert ensuite à fabriquer notamment des plastiques, est en déclin depuis la crise financière. Selon l'Association des producteurs pétrochimiques européens (APPE), elle est tombée l'an dernier à 19,2 millions de tonnes, contre un peu plus de 22 millions en 2007. Parallèlement, les capacités du secteur restent très surdimensionnées, malgré plusieurs fermetures d'unités de vapocraquage ces dernières années. Elles s'élevaient à 23,8 millions de tonnes fin 2012, pour une production effective d'à peine 19 millions de tonnes, soit un excédent de capacités de 25 %. Le secteur est également plombé par la flambée des prix du pétrole. Les sites pétrochimiques du Vieux Continent produisent en effet leur éthylène et autres composés principalement à partir du naphta, un rejeton du pétrole, dont les prix ont grimpé à sa suite. Un désavantage concurrentiel majeur face aux pétrochimistes américains qui utilisent désormais comme matière première de l'éthane issu du gaz de schiste, qui coûte trois fois moins cher, et par rapport aux giga-complexes pétrochimiques des pays émergents et du Golfe, aux coûts de production inférieurs car alimentés par les gisements de gaz naturel locaux.

Une clientèle en baisse

Cette concurrence commence à peser : les importations ouest-européennes d'éthylène ont grimpé de 71 % l'an dernier, à 236.000 tonnes, soit trois fois plus que les exportations, selon l'APPE. Cette équation a déjà conduit à des fermetures de vapocraqueurs en Europe de l'Ouest ces dernières années, et fait souffrir l'ensemble des acteurs de la pétrochimie et de la chimie, notamment le groupe Kem One, placé en redressement judiciaire et dont les difficultés font craindre des conséquences en cascade dans la filière chimique française. Cela met en position difficile les sites isolés comme celui de Carling, qui souffre de ne pas faire partie d'un complexe intégré avec une raffinerie. "Nos vapocraqueurs dans l'Est de la France voient leurs clients diminuer au fil des années. Et nos coûts de production sont plus élevés à Carling car c'est le seul de nos vapocraqueurs qui n'est pas relié à une raffinerie", ce qui empêche de réaliser d'importantes synergies, a expliqué Patrick Pouyanné, patron de la division Raffinage-Chimie de Total.
En effet, pour améliorer la compétitivité de leurs sites européens, les exploitants comme Total ou ExxonMobil cherchent à rapprocher au maximum ces deux activités. Total les a ainsi fondues depuis deux ans au sein d'une même division et a lancé des investissements majeurs pour moderniser ses grands ensembles comme les plates-formes de raffinage et pétrochimie de Gonfreville-l'Orcher en Normandie et Anvers en Belgique.
La carte européenne des vapocraqueurs tend à se superposer de plus en plus à celle des raffineries. En comptant Carling, la France ne compte déjà plus que sept vapocraqueurs, et tous à part le site lorrain jouxtent des raffineries de la vallée de la Seine ou du couloir rhodanien.
Total a l'intention, parallèlement à la fermeture du vapocraqueur, de pérenniser l'avenir de Carling en repositionnant le site sur des marchés plus en aval, comme la fabrication de certains plastiques et additifs à forte valeur ajoutée. Il s'agit notamment des résines d'hydrocarbures, "une chimie un peu différente, plus en aval dans la chaîne, qui a des applications sur des marchés en forte croissance tels que les écrans tactiles ou l'automobile", souligne Patrick Pouyanné. "C'est de la valeur ajoutée car la part de la matière première dans cette chimie là n'est que de 10 à 15 % du prix", fait-il valoir. Le groupe y développera aussi la fabrication de thermoplastiques, prisés des constructeurs automobiles comme alternative à l'acier pour alléger leurs véhicules.

Frédéric Pouchot

Vendredi 6 Septembre 2013



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