Ces traders qui vendent à l'étranger le blé français



© GPMR/R. Hondier
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Dans la salle de marchés d'InVivo, entre les Champs-Élysées et la Défense, une centaine de "traders" s'activent pour tenter de placer à l'étranger 5 Mt de céréales françaises par an, puis les acheminer à bon port. À lui seul, le groupe coopératif vend 20 à 25 % des céréales tricolores exportées. Ses principaux clients : l'Union européenne, l'Afrique du Nord - Algérie et Maroc en tête - suivies de l'Afrique de l'Ouest. La France est le premier producteur de blé d'Europe avec 35 Mt par an. La moitié suffit à la consommation nationale. Le reste part donc à l'exportation et permet à l'Hexagone de dégager un excédent commercial de 7,3 milliards d'euros, soit l'équivalent de 130 Rafale, vante la FNSEA.
Entourés de cartes des voies navigables, les traders planchent devant deux modestes ordinateurs, bien loin des murs d'écrans qui barrent les salles de marchés financiers. "On se distingue des spéculateurs car notre objectif est d'assurer un flux de marchandises", insiste Loïc Desselas, directeur du trading international chez InVivo Grains. "Là on a un navire bloqué en Mauritanie depuis trois semaines à cause d'une grève", raconte Brigitte Salhofer, responsable de la logistique. En Tunisie aussi, c'est un peu "olé olé". En Algérie, "ça décharge bien sauf en période de Ramadan où ils travaillent moins, ce qui pose des problèmes d'évacuation de la marchandise en train dans le pays. On a déjà attendu deux mois qu'un quai se libère".
Ce matin, un appel d'offres arrive d'Algérie. L'Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) achète pour 50.000 tonnes de blé, à livrer en août. Un coup d'œil sur les prix du fret, un autre sur les cours des céréales sur le marché physique, et hop on ficèle une proposition la plus alléchante possible et on l'envoie par fax à Alger. Sur ce genre de coup, InVivo, premier groupe coopératif français, est en concurrence avec les géants mondiaux des matières premières comme les américains Cargill ou Bunge et face aux autres pays producteurs de blé. "Pour aller en Algérie, faut être très musclé" car ce genre de clients assure les volumes mais ne rapporte pas forcément d'argent. "On fait nos marges avec d'autres", explique Loïc Desselas.
De plus, les frets maritimes sont au plus bas (20 à 25 dollars la tonne). "Donc tout est possible" car "ça coûte le même prix de faire 150 km en train en France que de traverser la Méditerranée". Alors pourquoi pas acheter son blé en Argentine ou aux États-Unis ? En Algérie, où l'État subventionne encore la farine, la France tient le marché : sur les 5 Mt importées chaque année, 4,5 Mt sont françaises. Mais en Égypte, plus gros acheteur de blé au monde où le pain est subventionné, elle n'y vend que 1 Mt, sur les 8 Mt importées chaque année. Le concurrent le plus redoutable est le blé de la mer Noire. "Depuis 2006-2007, il représente une menace énorme. Quand ils ne sont pas victimes d'aléas climatiques, ils proposent un blé de meilleure qualité, avec derrière une filière d'exportation structurée", avance Jean-Loïc Bégué-Turon, en charge des relations avec les coopératives.
Le blé français a un taux de protéines de 11,5 % quand l'Ukraine, la Russie ou la Roumanie atteignent les 12,5 %. Or le taux de protéines est fondamental pour avoir une farine qui se tienne dans du pain de mie par exemple. "Le risque majeur est qu'un jour les silos de blé français soient pleins et que personne ne travaille à les vider", entraînant un effondrement des prix, craint Jean-Loïc Bégué-Turon. Reste qu'en Afrique, principal client de la France, les besoins ne sont pas prêts de se tarir avec une croissance démographique en pleine expansion, tempère Loïc Desselas.

Sandra Laffont

Lundi 27 Mai 2013



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