Chronotruck donne au transport routier les outils qui lui manquent


Après la charge du secrétaire général adjoint de l'OTRE Jean-Marc Rivera, contre les plateformes collaboratives de fret routier ("L'Antenne" du 20 mars 2017), Rodolphe Allard fait une mise au point. Le patron de Chronotruck se défend de fragiliser les transporteurs et présente l'arrivée des nouvelles technologies de l'information dans le transport routier comme un tournant à ne pas manquer.


Rodolphe Allard, patron de Chronotruck  © Chronotruck
Rodolphe Allard, patron de Chronotruck © Chronotruck
Vous avez souhaité répondre à l'OTRE qui s'inquiète de l'arrivée des plateformes de fret...

Tout d'abord, je veux dire que je suis complètement d'accord avec Jean-Marc Rivera sur le fait que le statut de commissionnaire de transport est indispensable, il n'y a aucune raison que les acteurs ne se plient pas aux règles existantes.
Je suis d'accord aussi pour dire que la question de la confiance est essentielle, surtout sur internet.
Le fait d'être commissionnaire et titulaire d'une capacité professionnelle comme nous, d'avoir un capital social minimum et de souscrire des assurances spécifiques au transport est de nature à rassurer. Il le faut car les chargeurs nous confient ce qu'ils ont de plus précieux. De plus, nous sommes adhérents au SNTL, à TLF et à la FNTR.

Ce statut de commissionnaire convient-il pour autant à votre secteur ?

Notre activité mériterait un statut particulier car nous avons deux métiers, celui de plateforme web, qui doit sécuriser les données et déclarer à la Cnil, et celui de commissionnaire de transport, si on peut dire. En réalité, le commissionnaire est celui qui organise le transport pour le compte d'un tiers. Il choisit lui-même le transporteur et négocie les tarifs. Nous, nous avons une activité de mise en relation. Nous envoyons la proposition de prestation à des transporteurs et le premier qui répond remporte le contrat. Donc on ne fonctionne pas vraiment comme un commissionnaire puisqu'on ne se substitue pas au chargeur.
Comme Uber avec les VTC, nous éditons la facture à la place du transporteur et la présentons à son client. Puis nous facturons notre prestation au transporteur. Juridiquement, c'est une facturation d'apporteur d'affaires, pas de commissionnaire. Mettre en relation en prélevant une commission c'est être commissionnaire selon certains avocats et pas pour d'autres. Il y a débat pour savoir si les plateformes doivent avoir ce statut.

Vous avez choisi de le prendre...

Nous avons pris ce statut pour des raisons très commerciales et pour rassurer les gens. Nous faisons ainsi fonctionner notre assurance en excluant le transporteur de la discussion en cas de problème.
C'est un argument commercial et comme nous étions les premiers sur ce créneau, nous espérions donner le la. À ma connaissance, nous sommes toujours les seuls commissionnaires dans ce secteur.

Les plateformes sont accusées de participer à l'"uberisation" du transport routier...

Il faut investir pour obtenir ce statut. Nos concurrents sont les sites qui utilisent des particuliers et qui ne paient pas de charges sociales, c'est de la concurrence déloyale. Révolution numérique n'égale pas casse sociale. L'"uberisation", ce n'est pas le recours aux nouvelles technologies, c'est l'exploitation.

Chronotruck revendique un temps moyen d'une heure pour trouver un chauffeur © Chronotruck
Chronotruck revendique un temps moyen d'une heure pour trouver un chauffeur © Chronotruck
Sur la question des prix ?

Nous sommes parmi les plus compétitifs en prix facial. Nos tarifs, certes basés sur les retours, sont calculés à partir des prix du CNR plus une marge. Un camion qui travaillerait à 100 % pour Chronotruck serait rentable. Nous avons des clients qui gagnent 5.000 à 6.000 euros par mois avec nous.

La géolocalisation des utilisateurs peut-elle être détournée de son but premier et aboutir à des vols de fichiers clients ?

La donnée de géolocalisation est légale, c'est ce que fait Google au quotidien, mais son exploitation est interdite. Nous archivons ces données mais nous avons obligation de les anonymiser et de les supprimer au bout de cinq ans. Les transporteurs abonnés choisissent de se géolocaliser ou pas en ouvrant ou non l'application. Certains clients ne se connectent que très peu. Nous avons en permanence environ 500 géolocalisations simultanées.
Un point sur lequel on donne raison à l'OTRE, c'est qu'il faut que ces données soient bien protégées car elles sont sensibles. Mais les utiliser à d'autres fins serait illégal et dévastateur en termes d'image. Le jour où Free (son PDG, Xavier Niel, est actionnaire de la plateforme Convargo, NDLR) exploitera à des fins commerciale les données volées à ses clients, son action en bourse risque d'en souffrir ! Mes associés sont les créateurs de Fia-Net, spécialiste de la sécurisation des transactions sur internet, nous connaissons les risques.

Qu'est-ce qui a motivé votre entrée sur ce marché ?

Il ressort des données publiques que 25 % des camions roulent à vide et c'est le cas dans le monde entier. C'est un marché surcapacitaire. Le secteur souffre de ne pas avoir les outils nécessaires. Les clients et les offreurs ne savent pas qu'ils ont un client potentiel à quelques mètres d'eux. Le développement des technologies fait qu'il est désormais possible de le savoir. Le TRM, c'est 380.000 véhicules et un chiffre d'affaires de 44 milliards d'euros en France et 320 milliards en Europe. Or, un quart des moyens est inutilisé, ça laisse entrevoir le potentiel. Si on inclut les 3 millions de véhicules utilitaires en France, le taux de remplissage est encore plus bas. Si un jour la réglementation est un peu assouplie, on pourrait les voir travailler pour des commissionnaires de transport quand ils ont des creux d'activité, sous conditions de formation, de licence, etc.

"Révolution numérique n'égale pas casse sociale"


Cette évolution numérique ne représente-t-elle pas un danger pour la profession ?

Aujourd'hui, 40 % de nos prestations sont encore traitées manuellement, mais 60 % des livraisons sont automatisées et peuvent être assurées lorsque nos bureaux sont fermés, c'est un progrès. Il arrive que des offres partent en une minute, lorsque le transporteur est juste à côté.
Les choses évoluent : le véhicule autonome va arriver, le platooning (convoi de camions autonomes) sur autoroute devient une réalité. Cela va se passer comme ça, on ne peut pas lutter contre le futur.
Pour le moment, nous et nos concurrents français sommes avec les Américains les leaders du marché des "mobile based brokers", il ne faut pas casser cette dynamique. Uber a racheté la start-up Otto (systèmes de conduite automatique pour camions, NDLR), a créé UberFreight et annonce un démarrage dans quatre ans. Nous allons être la meilleure solution pour eux.
Je pense que la profession devrait se bouger, prendre conscience qu'elle doit employer des développeurs informatique. La fonction de directeur informatique est encore absente de la convention collective. Notre métier va être bousculé, autant faire en sorte d'être les leaders et de ne pas subir. Il serait aussi dans l'intérêt de l'OTRE de discuter avec ces acteurs.

Franck André

Vendredi 14 Avril 2017



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