Ciel britannique nuageux pour les transporteurs aériens à cause du Brexit


Monarch recapitalisée, EasyJet chahutée en Bourse, Ryanair décidée à moins investir : le ciel britannique est chargé de nuages pour les compagnies aériennes depuis le vote pour le Brexit.


Les compagnies aériennes dont le siège est au Royaume-Uni doivent s'acquitter d'une facture plus élevée en kérosène © Londres-Heathrow
Les compagnies aériennes dont le siège est au Royaume-Uni doivent s'acquitter d'une facture plus élevée en kérosène © Londres-Heathrow
Le plongeon de la livre depuis la décision historique en faveur du Brexit par référendum le 23 juin a entraîné une chute du pouvoir d'achat des Britanniques à l'étranger, ce qui pèse sur leurs velléités de réserver des billets pour des vacances, notamment en Europe où l'euro a atteint ces derniers jours son plus haut niveau depuis 2009 face à la livre sterling.
Les compagnies dont le siège est au Royaume-Uni, comme EasyJet et Monarch, doivent en plus s'acquitter d'une facture plus élevée en kérosène. Les achats de pétrole se font en effet en dollar, qui a atteint vendredi 7 octobre son plus haut niveau en 31 ans face à la livre sterling. In fine, les marges des transporteurs se réduisent et les turbulences ne se font pas attendre.

"Dégringolade de 40 % à la Bourse de Londres pour EasyJet et de 30 % pour IAG"


Une compagnie appréciée des vacanciers britanniques en quête de soleil, Monarch, vient ainsi d'échapper d'un cheveu à la révocation de sa licence par l'Autorité de l'aviation civile britannique, qui voulait être rassurée sur sa situation financière. La compagnie a obtenu in extremis une recapitalisation de 165 millions de livres (180 millions d'euros) de son propriétaire, le fonds d'investissement Greybull Capital, ce qui lui a permis d'obtenir une prorogation de sa licence.
La presse britannique avait multiplié les articles inquiétants ces dernières semaines sur les difficultés prêtées à cette compagnie, évoquant un risque de blocage sur leurs lieux de vacances pour les dizaines de milliers de Britanniques partis au soleil sous ses auspices. Monarch avait reconnu fin septembre que l'industrie des vacances connaissait une "période difficile à cause des actes terroristes, du Brexit et de la dévaluation de la livre sterling".
La demande des vacanciers pour des destinations comme la Turquie ou l'Égypte a accusé le coup ces derniers mois, après des attentats et une tentative de putsch contre le pouvoir turc. Ces attaques, ajoutées à celles de Paris en novembre 2015 et à l'impact des grèves de pilotes et de contrôleurs aériens, pèsent aussi sur les comptes de la principale compagnie à bas coût britannique, EasyJet. La marque aux couleurs orange a publié la semaine dernière un avertissement sur résultat qui a marqué les esprits.
Cette annonce a accentué la dégringolade de son action à la Bourse de Londres où elle a perdu autour de 40 % depuis le référendum, alors que le groupe aérien IAG, propriétaire notamment de British Airways, y a chuté de presque 30 %. EasyJet a ainsi jugé bon, mercredi 12 octobre, de se féliciter de la réussite d'un placement obligataire de 500 millions d'euros, signe que les investisseurs ont "confiance en notre stratégie", selon son directeur financier, Andrew Findlay.
À moyen terme, cette compagnie qui transporte plus de 70 millions de passagers par an à travers plus d'une trentaine de pays du continent doit s'occuper d'une autre conséquence possible du Brexit, qui pourrait remettre en cause le droit des compagnies du Royaume-Uni de voler sans contrainte à travers toute l'Europe. Elle a annoncé cet été qu'elle cherchait à obtenir un certificat de transporteur aérien dans un autre pays non spécifié de l'UE, au cas où.
Sa grande concurrente à bas coût, l'irlandaise Ryanair, a pour sa part déjà prévenu à la fin de l'été que sa croissance au Royaume-Uni serait deux fois moins forte qu'attendu à cause des incertitudes entourant le Brexit. "Le scénario du pire serait un divorce total qui impliquerait une renégociation d’accords bilatéraux ; EasyJet serait alors amené à établir une filiale ou acquérir une compagnie aérienne européenne pour continuer son expansion en Europe et Ryanair à demander une licence au Royaume-Uni pour maintenir ses droits de trafic", explique Olfa Taamallah, analyste au sein de la banque d'affaires Oddo.

Nouvelle piste d'avion à Londres ?

En attendant, Ryanair demande au gouvernement britannique de décider rapidement de construire des pistes d'aéroport nouvelles pour renforcer la capacité saturée de la mégapole londonienne. Le 10, Downing Street pourrait dire au mois d'octobre lequel des deux principaux aéroports de la capitale peut s'agrandir, entre Heathrow et Gatwick.

Patrice Novotny

Jeudi 13 Octobre 2016



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