Daimler défie ses concurrents asiatiques


Le constructeur allemand de camions Daimler a inauguré mercredi 18 avril une usine à Oragadam, près de Madras (sud-est de l'Inde), ouvrant un nouveau front face à ses rivaux asiatiques, toujours plus menaçants pour sa suprématie mondiale.


© Daimler
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Daimler inaugure une usine indienne de camions pour défendre son rang. Avec 1.400 salariés, et le double "dans les années à venir", l'usine débutera la production au troisième trimestre, avec une capacité initiale de 36.000 véhicules par an. L'investissement initial est de 700 millions d'euros. Daimler n'a pas précisé la date à laquelle la nouvelle marque Bharat Benz serait rentable. Pour convaincre des clients qui ne peuvent s'offrir ses camions Mercedes-Benz, plutôt luxueux, Daimler a développé sur place des camions spartiates mais renforcés qui supporteront les routes en mauvais état et qu'il présente comme moins consommateurs en carburant que les modèles locaux.

Recyclage de vieux modèles

"Les clients indiens demandent souvent de combien ils peuvent dépasser la limite de charge autorisée", ce qui oblige les constructeurs à les prévoir plus robustes, raconte Jürgen John, directeur de la production de cette nouvelle usine. Pour ce faire, Daimler a "recyclé" de vieux modèles destinés à la Turquie et au Japon, qu'il a modifiés, et produira dans sa nouvelle usine avec une majorité de pièces locales, pour réduire les coûts. Les ouvriers travaillent neuf heures par jour (contre huit en règle générale dans les usines allemandes du groupe), pour un salaire environ dix fois moindre, selon M. John. La recherche et développement est aussi locale, et les ingénieurs payés pour certains d'entre eux le tiers de leurs confrères allemands.
L'enjeu est crucial pour le groupe de Stuttgart car le marché indien est l'un des plus prometteurs, le boom économique attisant la demande de camions pour transporter matériaux de construction et matières premières. "L'Inde est déjà le troisième marché de poids lourds au monde, et deviendra numéro deux d'ici la fin de la décennie et une présence forte dans le monde implique une présence forte en Inde", a résumé Dieter Zetsche, le patron de Daimler, lors de l'inauguration.
Jusqu'ici l'Inde est l'une des pièces manquantes à Daimler, dont les véhicules de transport sont présents en Amérique du Nord, en Europe, au Japon, et en Chine (via une coentreprise). La partie ne sera cependant pas facile, les grands constructeurs occidentaux, dont Daimler lors de précédentes tentatives, s'étant jusqu'ici cassé les dents sur le marché indien. Omniprésents sur les routes et chéris des chauffeurs qui savent qu'ils pourront faire réparer leur engin en tout point du pays, les camions de "Tata Motors et Ashok Leyland contrôlent plus de 80 % du marché", rappelle Deepesh Rathore, analyste chez IHS. Cependant ils "n'ont aucun avantage technologique et n'ont pour eux que leur nom" ancré sur le marché de longue date, selon lui.
Plus largement, l'ouverture par Daimler d'une usine sur place est une nouvelle étape dans une lutte que se livrent de plus en plus frontalement les constructeurs des pays développés, comme Man et Scania (Volkswagen) ou le suédois Volvo, et ceux des pays émergents. Daimler pourrait par la suite exporter ses camions indiens dans d'autres pays en développement, a souligné le patron de la branche camions du groupe, Andreas Renschler. Le groupe n'a pas non plus fermé la porte à une coopération avec Renault-Nissan sur ce marché. Les Occidentaux perdent peu à peu leur domination tandis que les deux plus gros groupes chinois, FAW et Dong Feng, rivalisent déjà avec Daimler, jusqu'ici numéro un mondial, en termes de ventes unitaires. Si de l'avis des analystes les constructeurs asiatiques ne sont pas encore prêts à s'implanter en Europe ou aux États-Unis, les camions les plus haut de gamme de Tata et d'Ashok Leyland "pourraient devenir intéressants pour des pays plus avancés comme la Russie ou le Brésil", des marchés très rémunérateurs pour les constructeurs européens qui y sont implantés, relève Norbert Dressler, du cabinet de conseil Roland Berger.

François Becker

Jeudi 19 Avril 2012





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