De l'hydroptère aux bulles volantes électriques



Alain Thébault est allé au bout du rêve de son mentor Éric Tabarly : faire voler un bateau. Aujourd'hui, l'Icare des océans s'attelle à un autre "rêve d'enfant" : un projet de "bulles volantes électriques" auquel il croit autant qu'à l'hydroptère. En vingt ans, le pilote de 53 ans, aussi opiniâtre que fantasque, amateur de risque et de vitesse sur les vagues comme dans les bureaux d'études, a su obtenir - épuiser parfois - l'enthousiasme et la générosité de grands industriels français autour de son projet novateur hydroptère. Ce bateau "vole" jusqu'à 4 mètres au-dessus des flots, ne reposant plus que sur deux ailes porteuses (foils) et un gouvernail de profondeur. "L'aile devient couteau et le bateau devient oiseau", résume Alain Thébault. Son nouveau projet pionnier, qu'il veut citoyen et écolo, réutilise le même principe : quatre ailes implantées sur une coque arrondie qui pourra accueillir quatre passagers. "Ces bulles sont à zéro émission, elles volent au-dessus des fleuves ou des lacs : idéal pour désengorger le trafic routier, sur la baie de San Francisco, sur la Tamise ou sur la Seine, qui sont sous-utilisées", dit-il. "À Paris, on pourrait sans doute utiliser les pontons des batobus !", dit-il, en montrant la lettre d'encouragement reçue de la maire de Paris, Anne Hidalgo. "Je souhaiterais, si possible, que Paris soit la première capitale à tester les deux premiers prototypes de vos bulles volantes électriques sur la Seine, dès le printemps", écrit Anne Hidalgo dans une lettre datée du 13 novembre.
Insubmersibles, dotées de deux petits moteurs électriques, ces futurs taxis fluviaux ont un nom déposé : "Sea bubbles", bulles de mer. Sorti de l'école sans diplôme, mais avec un rêve d'enfant, "faire voler des bateaux", le jeune surfeur a su se rendre indispensable au navigateur Éric Tabarly, qui avait le même rêve que lui. Il lui a fait confiance pour pousser le projet d'hydroptère. Son premier "vol" a lieu en 1994. Le skipper l'a ensuite mené de record en record malgré nombre d'avaries techniques et financières. En 2005, il réussit une traversée de la Manche après onze tentatives. Puis vient le record du monde de vitesse à la voile en septembre 2009. Ces vingt années s'accompagnent du mécénat technologique et financier de grands groupes aéronautiques et maritimes, d'institutions scientifiques et de collectivités locales. Dassault quitte le navire en 1998, après la rupture d'un des foils, que l'avionneur refuse de refinancer. Ce qui manque tuer le projet. Airbus prend le relais, avec la région Pays de la Loire. D'autres suivront, Alstom Marine, DCNS, puis un banquier genevois.

"Des bulles partout dans vingt ans"

Comme lors des débuts de l'aviation, d'autres casses surviendront, chaque fois très coûteuses. Dans son livre "Pilote d'un rêve", Alain Thébault estime le coût du premier prototype à 800.000 euros. "Mes filles m'ont dit «C'est bien d'être le plus rapide en voile, mais il faudrait que tu mettes ton inventivité au service de la collectivité pour que tout le monde ait la chance de voler sur l'eau»", raconte le navigateur, en évoquant son nouveau projet de bulles volantes. Reste à trouver un financement. Trois maisons de luxe ont été contactées pour le design, dont Courrèges. Coqueline, la veuve d'André Courrèges qui crée des voitures électriques, "a investi 100.000 euros dans la start-up pour lancer les premiers prototypes", dit Alain Thébault. Henri Seydoux, patron du groupe de drones Parrot, est aussi de l'aventure, le fonds d'investissement Blackstone a marqué son intérêt, selon le navigateur. D'autres investisseurs sont contactés à Paris, San Francisco, Londres et Genève. Alain Thébault préférerait que le projet reste français. Selon lui, chaque bulle ne devrait pas coûter plus de 12.000 euros l'unité : "Dans vingt ans, il y aura des bulles partout", prédit-il.

Isabel Malsang

Lundi 14 Décembre 2015



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