Délabré et endetté, le rail bulgare se cherche un avenir


Remettre sur les rails le train d'un dictateur déchu et s'accrocher à l'espoir d'un sauvetage par la Chine : la Bulgarie fait feu de tout bois pour tenter de ressusciter ses chemins de fer, parmi les plus vétustes de l'Union européenne.


© BDZ
© BDZ
La Bulgarie remet ponctuellement en service des trains historiques, à vocation touristique. Les chemins de fer bulgares (BDZ) s'offrent ainsi un peu de publicité et de trésorerie. Cette activité a rapporté 500.000 leva (250.000 euros) l'an dernier et le retour sur les rails du train personnel de l'ex-dictateur communiste Todor Jivkov est annoncé pour bientôt.
Mais ce gain est une goutte d'eau au regard de la dette colossale du rail bulgare en sous-investissement chronique depuis la chute du communisme en 1989. Et le quotidien des voyageurs n'a rien d'un voyage d'agrément. L'infrastructure obsolète limite à 55 km/h la vitesse moyenne sur rail, soit huit heures et demie, sans les retards, pour parcourir les 440 km entre Sofia et Varna, sur la mer Noire. Lorsque les intempéries s'y mettent, le voyage peut se transformer en odyssée : cet hiver, excédés par les retards, les passagers d'un train régional se sont mutinés, descendant sur les rails au péril de leur vie pour bloquer le passage d'un convoi plus rapide.

"Une politique des transports guidée par le lobby des entreprises privées de la route"


À cause de cette vétusté, mais aussi du vol de matériel, les déraillements ne sont pas rares. Cinq cas ont été répertoriés en 2016. Début décembre, l'explosion d'un convoi de citernes de gaz a fait six morts et des dizaines de blessés après le déraillement des rames dans un village de Nord-Est. Pour la qualité du service, la sécurité et l'intensité d'utilisation du réseau, les chemins de fer du pays le plus pauvre de l'UE arrivent bon dernier des vingt-cinq pays européens analysés par une étude de 2015 du groupe Boston Consulting Group (BCG).
La BDZ souffre d'une pénurie de locomotives modernes et accuse des retards systématiques qui "compromettent la fiabilité du transport de passagers", admet le directeur exécutif de l'entreprise nationale, Gueorgui Droumev. La société est plombée par une dette de 420 millions de leva (240 millions d'euros) qui "entrave les investissements et la rénovation", explique-t-il.

Côté fret, une situation guère meilleure

Pas étonnant dans ces conditions que le nombre de passagers ait diminué de moitié en quinze ans. Côté fret, la situation n'est guère meilleure avec "dix fois moins" de quantités transportées par rapport aux années 1980, selon Gueorgui Mintchev, vice-président de l'association des transporteurs. Gueorgui Mintchev dénonce également une "politique des transports guidée par le lobby des entreprises privées de la route, au détriment des chemins de fer".
Après l'échec de plusieurs projets destinés à attirer les investisseurs, les espoirs se portent désormais sur la Chine. Le géant chinois des équipements ferroviaires CRRC, en pleine offensive européenne, a proposé en début d'année d'injecter 300 millions d'euros pour contribuer au redressement des chemins de fer bulgares. En pratique, l'investisseur chinois propose de rembourser 130 millions d'euros de dettes de la BDZ et de financer pour 170 millions d'euros de nouveaux trains. CRRC offre par ailleurs d'investir dans une usine d'assemblage de trains en Bulgarie. La proposition est à l'étude à Sofia.
La Chine multiplie les projets d'investissements stratégiques en Europe, notamment dans les domaines portuaires et ferroviaires. Pékin s'est notamment engagé dans la construction d'une nouvelle liaison ferroviaire rapide entre Belgrade et Budapest. Pour l'économiste Gueorgui Anguelov, "cette proposition se résume à un rééchelonnement de la dette et à un nouvel emprunt, alors que la BDZ est surendettée. Ce projet ne peut qu'aggraver le risque de faillite".
Optimiste, le ministre des Transports, Hristo Alexiev, a cependant inauguré fin mars une première section de 180 km d'une ligne à grande vitesse avec la Serbie financée par l'UE. Avec l'espoir d'ici sa mise en service vers 2020 d'avoir des trains adaptés pour y circuler.

Vessela Sergueva

Mercredi 17 Mai 2017



Lu 394 fois



Dans la même rubrique :
< >

     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide





















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

© SMECI
L'Antenne est édité par Smeci (32, av. André Roussin, BP 36, 13321 Marseille Cedex 16)
RCS Marseille 447 889 395. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0313T79480
Dépôt légal : 1/03/2013
Gérant : Jacques Riccobono
Rédacteur en chef : Vincent Calabrèse