Emploi maritime : débats autour d'un Jones Act à l'européenne


Aux Assises de l'économie de la mer, la défense de l'emploi maritime européen a fait débat, entre partisans de mesures protectionnistes et tenants du libéralisme.


Le plateau d'experts a étalé ses divergences sur le soutien de la croissance bleue © Franck André
Le plateau d'experts a étalé ses divergences sur le soutien de la croissance bleue © Franck André
L'une des tables rondes des Assises de l'économie de la mer organisées cette semaine à Marseille s'est intéressée au vaste concept de croissance bleue, avec pour but de "mettre la politique maritime européenne à l'épreuve des faits".
Sur le plan particulier du transport, la défense des pavillons nationaux européens et des emplois qui sont liés est apparue comme une préoccupation partagée par tous. Mais les avis divergent quant à la manière de l'assurer, notamment sur l’opportunité de se doter d’un Jones Act à l’européenne. Cette législation centenaire exige que les navires opérant des liaisons domestiques aux États-Unis battent pavillon national, soient construits dans le pays, appartiennent à des Américains et emploient au minimum des personnels résidant aux États-Unis.
Ce texte est cité en modèle par Philippe Alfonso, représentant de la Fédération européenne des travailleurs des transports. "L'Europe semble avoir renoncé à créer des emplois de navigants. Il est nécessaire de s’inspirer de ces mesures protectrices", a-t-il asséné.

L'Europe n'est pas protectionniste

Pour la députée européenne allemande Gessine Meissner (Alliance des démocrates et libéraux), une telle loi n'est "pas souhaitable car l’Europe n’est pas fondée sur le protectionnisme". Elle attend que la Commission européenne se serve du futur accord commercial transatlantique (Tafta) non pas pour s’aligner sur cette règle mais pour tenter de l’assouplir.
Défavorable lui aussi à une telle mesure, le Portugais Joao Aguiar Machado, nouveau directeur de la DG Mare à la Commission européenne, estime que le Jones Act est loin d’être un succès pour l’économie américaine et met en garde contre sa duplication dans l'Union : "L’Europe est le premier exportateur mondial et le transport maritime est son principal moyen. Imaginez les conséquences si nous adoptons une politique comme celle-là".

"La concurrence est saine lorsqu’elle est organisée et loyale"


Plus modéré, Francis Vallat, président du réseau européen des clusters maritimes (ENMC), pense que l’Europe peut au moins "exiger la réciprocité". L'ancien armateur s'est interrogé tout haut : "Est-il normal que ce soient des bateaux au pavillon des Bahamas qui desservent l’Europe alors que les États-Unis imposent leur propre pavillon ?" Il a lui aussi exhorté l’UE à ne pas se laisser imposer des règles à sens unique.

La concurrence peut tuer l'emploi

Plus tard, le député socialiste Arnaud Leroy fustigeait quant à lui la tendance de l’Europe à libéraliser les activités en son sein alors que ses principaux concurrents verrouillent leur marché respectif. Celui qui a déposé cet été une proposition de loi visant à soutenir l'économie bleue, en agissant notamment sur l'attractivité du pavillon français, cite les problèmes posés par l'emploi de travailleurs détachés et la libéralisation des services portuaires que la Commission s’évertue à proposer malgré ses deux échecs précédents. "Que les commissaires s’occupent d’autre chose que de projets systématiquement refusés", balayait Francis Vallat quelques minutes plus tôt à ce sujet.
Arnaud Leroy va bien plus loin : "Au rythme où ça va, je ne donne pas cher de l’Europe. La concurrence est saine lorsqu’elle est organisée et loyale, sinon, elle peut être destructrice d’emplois". Des emplois, rappelle Philippe Alfonso, "sur lesquels est assise la croissance bleue".

Franck André

Jeudi 5 Novembre 2015



Lu 463 fois



Dans la même rubrique :
< >

     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers







Accès rapide






















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

© SMECI
L'Antenne est édité par Smeci (32, av. André Roussin, BP 36, 13321 Marseille Cedex 16)
RCS Marseille 447 889 395. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0313T79480
Dépôt légal : 10/04/2006
Gérant : Jacques Riccobono
Rédacteur en chef : Vincent Calabrèse