En Corse, les entreprises s'inquiètent du flou qui entoure la SNCM


Le flou qui entoure l'avenir de la SNCM, placée vendredi 28 novembre en redressement judiciaire, suscite l’inquiétude des petites et moyennes entreprises corses, dont l'activité est tributaire de la fluidité des liaisons maritimes.


La SNCM a été placée vendredi 28 novembre en redressement judiciaire © Franck André
La SNCM a été placée vendredi 28 novembre en redressement judiciaire © Franck André
"Depuis trente ans, la SNCM a créé une véritable économie autour d'elle", explique François Sorba, agent maritime sur le port de Propriano : "Elle est aujourd'hui menacée". Les entreprises insulaires qui vendent leurs produits sur le continent sont en pleine incertitude. "Nous ne savons rien et nous aurons des réponses dans six mois", souligne Charles Antona, patron de Corsica Gastronomia, en référence à la période d'observation prévue par la procédure. Or, "nous ne pouvons pas nous payer le luxe de revivre l'épisode de juin et juillet", marqué par la grève, poursuit le chef de cette entreprise de confitures, terrines et autres produits du terroir : "L'économie corse ne pourra pas s'en remettre". Dominique Sialelli, qui dirige le brasseur corse Pietra, partage cette analyse : "La SNCM a six mois devant elle. La date butoir est fixée à mai. Si à cette date, justement, toutes les parties ne sont pas d'accord, la Corse est condamnée. Ce qui s'est produit cet été a été très traumatisant pour les socio-professionnels qui, malgré tout, ont tenté de calmer les choses". Les deux entrepreneurs n'entendent pas pour autant s’immiscer dans l'avenir de la SNCM. Toutefois, "nous sommes aujourd'hui dans une situation d’extrême inquiétude", font-ils valoir.
Dans un futur plus proche, les producteurs de clémentine, déjà victimes des intempéries qui frappent encore l'île de Beauté, craignent au plus haut point un mouvement de grève. "Dans ce cas, c'est nous qui toucherons le fond. La filière ne peut pas affronter cela. Il s'agit de la seule période où nous pouvons travailler", note, avec inquiétude, Jean-Pierre Mancel, producteur de la Plaine Orientale. Marc Santunione, entrepreneur dans le bâtiment, a jusqu'ici pu anticiper la situation en doublant ses commandes. Mais la menace d'une rupture d'approvisionnement ou de trésorerie plane toujours au-dessus de lui, comme de la profession tout entière. "J'ai pu commander le matériel nécessaire, mais au niveau de la trésorerie, cela devient très compliqué. Toutes les entreprises ne peuvent pas fonctionner ainsi. J'ai une autonomie d'un mois, pour l'heure. S'il y a blocage, je ne pourrai plus travailler".
Sur le port de Propriano, 25 emplois directs sont menacés, selon François Sorba. "Si mon entreprise ne travaille plus avec la SNCM, je ferme. Dans la région, la compagnie maritime fait aussi appel à de nombreux sous-traitants. Pour eux aussi, l'addition sera salée", explique-t-il. Et côté tourisme ? "On considère que le panier moyen d'un touriste est de 5 euros", précisé François Sorba : "20.000 passagers font halte à Propriano durant la saison. C'est une perte considérable pour les commerces".
Dans un entretien accordé à "Corse Matin", Jean-André Miniconi, président régional de la CGPME, évoquait récemment ces mêmes aléas : "Certains socio-professionnels qui tournaient à temps plein vont passer désormais à une ouverture saisonnière, à commencer par un établissement comme le Radisson sur la rive Sud du golfe d’Ajaccio”. En attendant d'y voir plus clair, une question demeure dans tous les esprits même si elle n'est pas ouvertement exprimée : qu'adviendra-t-il de la Délégation de service public (DSP) accordée à la SNCM pour assurer les liaisons Corse-continent ?

Jeanne Colonna

Lundi 1 Décembre 2014



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