En Guyane, pénurie en perspective après le blocage du port


Une montagne de conteneurs d'un côté, des rayons vides de l'autre : le blocage du port de Cayenne, décidé il y a quinze jours, au début du mouvement social en Guyane, risque, s'il perdure, de plonger ce département dans la pénurie.


800 à 1.000 conteneurs ont été débarqués dans des ports au Suriname et à Trinidad-et-Tobago © Grand Port maritime de Guyane
800 à 1.000 conteneurs ont été débarqués dans des ports au Suriname et à Trinidad-et-Tobago © Grand Port maritime de Guyane
Depuis le 21 mars, le Grand Port maritime de Guyane, posé sur les eaux marronnasses du fleuve Mahury, n'est plus que silence. La centaine de dockers qui s’y affaire quotidiennement est absente, les grues immobiles, le trafic nul. "C'est le désert", souffle Philippe Lemoine, son directeur. Quelque 350 conteneurs, méticuleusement empilés, attendent d'être sortis du port, calcule Philippe Lemoine. Tous ont été déchargés avant son blocage. Une cinquantaine d'entre eux contient des produits frais, qui très vite seront périmés, s'ils ne le sont déjà. Alors que le port constitue "le lieux de passage pour 90 à 95 % des importations et exportations" de la Guyane, son inactivité forcée a conduit 800 à 1.000 conteneurs à être débarqués dans des ports au Suriname et à Trinidad-et-Tobago, explique le directeur du site.
Les conséquences sont lourdes pour la Guyane. Dans les magasins, les produits frais ont presque disparu, même si les autres rayons sont encore garnis. Aucune pénurie d'essence n'est toutefois à craindre, le terminal pétrolier se trouvant dans une autre zone, observe Stéphane Lambert, le patron du Medef à Cayenne, qui chiffre le coût de blocage à "plusieurs millions d'euros".

"350 conteneurs attendent de sortir du port"

La neutralisation du port de Cayenne est l'un des événements marquants du mouvement social inédit touchant la Guyane depuis deux semaines, basé sur des revendications sécuritaires, économiques et sociales. L'Union guyanaise des transporteurs routiers (UGTR), qui l'a impulsée, voulait empêcher trois camions-toupies, destinés au chantier d'Ariane, de sortir du port afin de protéger les entreprises de transport locales. Deux semaines de blocage plus tard, le directeur du Cnes/CSG (Centre spatial guyanais), Didier Faivre, a demandé samedi 1er avril le renvoi des trois camions afin d'"apaiser les tensions générées". L'UGTR affirme avoir levé le barrage devant le port dimanche soir. Ce qui ne résout pas tous les problèmes.
Une "grève générale illimité" a en effet été prononcée le 25 mars par l'Union des travailleurs guyanais (UTG). Les dockers font partie de ce mouvement qui "honore" leur territoire, selon Daniel Clet, l'un de leurs représentants syndicaux. Ils ne devaient donc pas décharger les marchandises ce lundi 3 avril.
Dimanche, le collectif "Pou La Gwiyann dékolé" (pour que la Guyane décolle), qui regroupe les différents groupes protestataires, a en outre décidé de "renforcer" les barrages érigés partout en Guyane pour faire pression sur le gouvernement français. Ce mouvement exige 2,5 milliards d'euros de l'État pour compenser l'absence d'investissements publics dans ce département depuis des décennies, quand un milliard d'engagements a été décidé par l'exécutif.
"Or, s'il est impossible de circuler sur les routes, on ne peut pas sortir les conteneurs du port", remarque Philippe Lemoine. Et aucun moyen de substitution ne peut être trouvé. Du fait du mouvement social, qui touche également l'aéroport de Cayenne, aucun fret aérien ne parvient en Guyane, vaste territoire d'Amérique du Sud coincé entre le Suriname et le Brésil, qui n'est reliée à aucun autre port par voie terrestre. Faute de pont entre le département et le Suriname, seul un bac, actuellement en panne, fait la liaison entre les deux pays. Le premier port acceptant des conteneurs au Brésil nécessite quant à lui de traverser l'Amazonie.
"Il y a un vrai isolement. L'image d'une île n'est pas forcément fausse quand on parle de la Guyane", note le directeur du port de Cayenne, en référence à un lapsus récent d'Emmanuel Macron. Et de mettre en garde : "Si le conflit venait à durer, il y aurait un très fort impact sur le commerce local, puisqu'il n'y aurait plus d'approvisionnement". "On fait en sorte que le mouvement ne mette pas en difficulté la population", répond Florence Adjodha, une communicante du collectif Pou La Gwiyann dékolé. "On n'est pas là pour fragiliser l'économie de la Guyane, qui est déjà bien fragile".

Joris Fioriti et Daniel Saint-Jean

Lundi 3 Avril 2017



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