Eurotunnel rompt officiellement avec MyFerryLink


La décision d'Eurotunnel de ne pas renouveler son contrat avec la Scop SeaFrance exploitant la compagnie maritime MyFerryLink en dépit d'une dernière décision judiciaire favorable, relance l'incertitude autour de l'avenir des quelque 600 salariés du pavillon tricolore.


MyFerryLink exploite une flotte constituée de trois bateaux : le "Rodin", le "Berlioz" et le "Nord-Pas-de-Calais" © MyFerryLink
MyFerryLink exploite une flotte constituée de trois bateaux : le "Rodin", le "Berlioz" et le "Nord-Pas-de-Calais" © MyFerryLink
Eurotunnel décide de ne pas renouveler son contrat avec MyFerryLink. "C'est confirmé, nous ne renouvelons pas le contrat avec la Scop (Société coopérative et participative, NDLR) qui courait jusqu'au 2 juillet, nous avons envoyé le courrier officiel" mercredi 27 mai, a indiqué un porte-parole du groupe. En 2012, Eurotunnel, qui exploite le tunnel sous la Manche, avait racheté les bateaux de l'ex-SeaFrance pour les louer à d'anciens marins de la compagnie regroupés dans la Scop SeaFrance qui affrète les navires au groupe Eurotunnel, via MyFerryLink.

"MyFerryLink, une "grande réussite" commerciale"


Mais un long feuilleton judiciaire a longtemps pesé sur l'activité, les autorités britanniques estimant que cette situation posait des problèmes de concurrence. Mi-mai, la cour d'appel britannique a donné raison à la compagnie maritime française, suspendant l'interdiction de desservir Douvres depuis Calais. Elle avait ainsi estimé qu'il n'y avait pas eu de fusion au sens juridique du terme entre Eurotunnel et MyFerryLink. Mais cette victoire de MyFerryLink n'a pourtant pas "modifié la donne" pour le groupe Eurotunnel. "L’autorité de la concurrence et des marchés continue à tenir une position contre la présence d'Eurotunnel sur le marché maritime du détroit", plaide Eurotunnel, soulignant que la CMA envisage toujours de déposer un recours devant la Cour suprême.
"Pour une société privée avec des actionnaires privés, nous ne pouvons travailler dans cette incertitude", a ajouté le porte-parole du groupe, qui qualifie toutefois MyFerryLink de "grande réussite" commerciale. Eurotunnel a indiqué qu'elle avait reçu "plusieurs" offres de reprise pour la vente des bateaux à l'issue d'un second round de négociations ouvert le 11 mai et qu'elle continuait à les analyser, sans donner plus de détails.

Interrogation sur l'emploi

Certains syndicalistes et connaisseurs du dossier estiment, eux, que les problèmes de gouvernance à l'intérieur de la Scop ont pu peser dans la décision du groupe franco-britannique de rompre avec la compagnie maritime. MyFerryLink avait été placé le 10 avril en sauvegarde judiciaire, après l'éviction du directeur général adjoint de la compagnie, Raphaël Doutrebente, par le conseil de surveillance de la compagnie et son président, Didier Cappelle. "Si on n'est pas capable de remettre le directoire tel qu'il était, il (Jacques Gounon, PDG d'Eurotunnel) vendra et il vendra dans de mauvaises conditions pour nous", a déclaré Thierry Haxaire de Force ouvrière (FO).
Selon une source proche du dossier, la décision d'Eurotunnel "n'est pas une surprise en raison de la crise interne". "Parmi les repreneurs potentiels figurent DFDS et P&O mais c'est Stena qui a fait l'offre la plus recevable avec la reprise des trois navires et d'une partie du personnel", a-t-il ajouté. "Mais il est probable qu'Eurotunnel préfère continuer d'affréter les navires plutôt que les vendre, d'autant que la dernière décision de justice peut permettre à Eurotunnel de conserver les navires."
(((sur le site)))
"Les 600 salariés de MyFerryLink sont des familles qui vivent avec une épée de Damoclès depuis des années au-dessus de la tête", a déploré Yann Capet, député PS du Pas-de-Calais, faisant référence à l'époque où la compagnie s'appelait encore SeaFrance. "On doit tout faire pour que cette activité continue. On a un mois", a-t-il conclu. À l'occasion de l'assemblée générale d'Eurotunnel le 29 avril à Coquelles, dans le Pas-de-Calais, Jacques Gounon n'avait pas jugé "satisfaisantes" les offres de reprise, notamment sur la question de l'emploi, légitimant "un second round".
MyFerryLink exploite une flotte constituée de trois bateaux, le "Rodin" (construit en 2001 pouvant transporter 1.900 passagers/700 voitures ou 120 camions), le "Berlioz" (construit en 2005, même capacité) et le "Nord-Pas-de-Calais" (fabriqué en 1987, 120 passagers/85 camions). La compagnie française propose chaque semaine plus de 200 traversées uniquement entre Calais et Douvres. Deux autres transporteurs maritimes, le danois DFDS et le britannique P&O, assurent des liaisons entre les deux ports.

Benjamin Massot

Vendredi 29 Mai 2015



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