Face à face entre sociétés d'autoroutes et Autorité de la concurrence


Le groupe de travail sur les autoroutes missionné par le Premier ministre a confronté mardi 3 mars sociétés d'autoroutes et Autorité de la concurrence, pour tenter de démêler le désaccord qui persiste depuis que les sages ont évoqué la "rente" des concessionnaires.


© Vinci
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Ce groupe sur l'avenir des concessions autoroutières composé de parlementaires et de représentants de l'administration - qui doit rendre dans la semaine un rapport d'étape avant son rapport définitif attendu en mai - a réuni à huis clos l'Autorité et les sociétés concessionnaires d'autoroutes (SCA). Cette réunion qui avait débuté dans l'après-midi, s'est conclue vers 20 h 30. Mardi soir, l'Autorité de la concurrence n'a pas souhaité faire de commentaires, mais a indiqué qu'un communiqué serait publié "prochainement" par le groupe de travail, "dont nous partageons le contenu", a-t-on indiqué.
Bruno Lasserre, le président de l'Autorité de la concurrence, s'était déplacé pour la rencontre, à laquelle ont assisté des responsables de l'Association des sociétés françaises d'autoroutes (Asfa), de Vinci Autoroute, de la Sanef, Alain Minc ou encore d'APRR. "Nous attendons la concrétisation du discours de Brive du 7 février, par lequel le président de la République en appelait à un règlement «global et définitif», dans les prochains jours, du différend concernant les concessions d'autoroutes. Cette confrontation est l'occasion d'un débat contradictoire qui n'avait pas encore eu lieu depuis la publication de l'avis de l'Autorité de la concurrence", avait indiqué dans la journée un porte-parole de Vinci.

"Comment calculer la rentabilité ?"


Sur fond de péages augmentant plus vite que l'inflation, l'Autorité avait dénoncé en septembre "la rentabilité exceptionnelle" des concessionnaires depuis la privatisation de 2006, déclenchant la création par l'État de ce groupe de travail. En attendant ses conclusions, le gouvernement a décidé de suspendre la hausse de 0,57 % des tarifs des péages prévue au 1er février, une décision contesté devant le Conseil d'État par les sociétés d'autoroutes qui y voient un "excès de pouvoir". Alors qu'un sondage fin janvier montrait que plus de trois quarts des Français étaient favorables à la nationalisation des autoroutes, des usagers sont aussi montés au créneau mi-février en entamant une action visant à demander le remboursement partiel de leurs tickets. Une initiative soutenue par le ministre des Finances, Michel Sapin.
Mardi, les discussions ont notamment porté sur l'indicateur le plus pertinent pour mesurer la rentabilité des autoroutes. L'Autorité avait en effet fondé son avis sur la rentabilité nette, indicateur le plus juste selon elle pour répondre à l'Assemblée nationale, qui l'avait chargée notamment de s'interroger "sur les problèmes de concurrence pouvant résulter de la privatisation des autoroutes" en 2005 et "d'analyser les hausses tarifaires revendiquées par les SCA".
En revanche les concessionnaires, comme ils l'ont rappelé à Bruno Lasserre dans le courrier qu'ils lui ont adressé le 2 février, estiment que cette rentabilité doit se calculer sur l'ensemble de la durée des concessions, soit une trentaine d'années, cette activité "capitalistique" devant "être jugée en fonction de son taux de rentabilité interne (TRI)". Ainsi, affirment-ils, leur rentabilité est bien inférieure aux 20 % ou plus évoqués par l'Autorité, dont ils ont mis en cause les "contresens manifestes". Mais celle-ci avait affirmé maintenir "intégralement les chiffres" et son "diagnostic".
Mais selon les économistes du cabinet Microeconomix, même "le TRI de près de 9 % revendiqué par les actionnaires des sociétés d'autoroute est considérablement plus élevé" que celui présenté lors de la privatisation. "Les taux de rentabilité évalués à l'époque étaient de l'ordre de 6,5 %. Or, un écart de plus de deux points de taux de rentabilité correspond à un surprofit d'une vingtaine de milliards d'euros au profit des sociétés d'autoroutes", continue le cabinet. Le président de la société d'ingénierie financière Prescott Finance, Michel Cotte, met lui en avant la différence entre autoroutes déjà construites, pour lesquelles le risque financier est faible, et concessions nouvelles, pour lesquelles il est plus élevé. "Quand on privatise en 2005, les autoroutes ont largement atteint la maturité financière" et ne connaissent pas le "risque porté par les concessions nouvelles", selon Michel Cotte pour qui "acheter des autoroutes matures, c'est acheter une rente".

Julie Chabanas

Mercredi 4 Mars 2015



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