Ghaam : un bilan 2016 mitigé


Mouvements sociaux à répétition, crise du shipping : l’année 2016 s’annonce en demi-teinte, selon Matthieu Dehais, vice-président du Groupement havrais des armateurs et agents maritimes (Ghaam).


© Éric Houri
© Éric Houri
En janvier, vous annonciez 2016 comme "une nouvelle année de défis". En septembre, quel est votre bilan ?

Le bilan s’annonce mitigé : le port a été impacté par les mouvements sociaux nationaux et nous constatons une perte de confiance et un agacement réel des armements que nous représentons, qui souhaitent fluidité et fiabilité. Les coûts engendrés sont indéfinissables entre l’attente des navires, les détournements sur d’autres ports et le transfert des conteneurs vides : en cas de blocage de la zone industrielle, ils ne peuvent pas être restitués sur les terminaux ni sur les dépôts de la zone, ce qui entraîne des coûts de possession des conteneurs. À nouveau, nous perdons de la crédibilité.

Avez-vous pu analyser les conséquences des conflits sociaux sur votre activité ?

Chaque armement est impacté différemment : c’est la suppression d’escale pour les "owners", une perte d’allocation pour les "slotteurs", et la dégradation de notre image auprès de nos clients et des importateurs exportateurs. Globalement, c’est très dommageable voire irresponsable car c’est toute l’économie locale et nos trafics qui souffrent.

"Le Havre-Paris coûte aussi cher que Le Havre-Shanghai"


Vous êtes confrontés à une concurrence internationale acharnée. Comment restez-vous compétitifs ?

Oui, les taux restent bas, très bas, et la concurrence acharnée. Nous assistons à une externalisation des services vers des pays à bas coût, destinée à compenser les taux de fret. Par ailleurs, les accords locaux tendent à disparaître avec nos clients, par exemple sur des drop off parc intérieurs, dans le but de réduire les coûts de transfert. Tous les postes sont impactés.

2016 est aussi l’année de la banqueroute d'Hanjin Shipping, septième mondial. Craignez-vous une onde de choc ?

Hanjin, actuellement en redressement, était une maison formidable : c’est pour le moment un choc et nous sommes profondément attristés de la situation de cet armement adhérent au Ghaam. Maintenant, effectivement, si les frets ne remontent pas, il y aura certainement d’autres cas de ce genre mais, pour le moment, nous constatons des phénomènes d’absorption plus que de disparition pure : APL et CMA, CSCL et Cosco, UASC et Hapag-Lloyd.
Cette guerre a commencé il y a bien longtemps déjà, avec la disparition des taux variant en fonction de la valeur de la marchandise. Depuis 2008, les taux sont extrêmement bas, et quand un Le Havre-Paris coûte aussi cher qu’un Le Havre-Shanghai, c’est certain qu’il y a un problème. C’est aux armements d’investir dans des navires moins énergivores et de taille conséquente, afin d’atteindre des modèles économiques stables. Il faut noter que la banqueroute de Hanjin est à l’image de l’économie mondiale qui se tasse, et ces tassements créent bien évidemment des perturbations sur toute la chaîne logistique, mais aussi sur la consommation.

Le commerce mondial s'effectue à 80 % par la mer et le transport maritime continue de croître. Cela vous rend-il confiant pour 2017 ? Pensez-vous possible d'atteindre en 2019 les 3,5 millions de conteneurs visés par le plan stratégique du Grand Port maritime du Havre ?

Il me paraît pour le moment utopique d’atteindre ce chiffre et il faut rappeler l’importance des transbordements à prendre en compte dans ces chiffres, ainsi que celle des conteneurs vides. Avec une économie française en berne, il est difficile de relancer la consommation et donc l’import. Pour l’export, le taux du dollar nous avantage mais les volumes ne permettent pas de réaliser ces chiffres.
Il est clair qu’en France, nous devons miser sur deux ports : Le Havre et Marseille. Par ailleurs, étant donné les délais de construction, des investissements prioritaires tels que l’accès direct et l’allongement des quais à Port 2000 doivent être décidés maintenant. Nous sommes à une croisée des chemins et devons garder un cap pour conserver l’attractivité du Havre. Pour le moment, nous observons une stagnation et non un réel développement.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités ?

Travailler conjointement avec l’Umep, être à l’écoute de nos clients et nous battre au quotidien pour maintenir nos escales et nos parts de marché.

Natalie Castetz

Mardi 27 Septembre 2016



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