Guadeloupe : un port européen dans les Antilles


Le port de la Guadeloupe peut déplorer une baisse de son trafic en 2014, dans un contexte de réorganisation des services transatlantiques. Mais il se prépare à jouer un rôle majeur dans la région, en misant sur de hauts standards de qualité pour se différencier de ses concurrents caribéens.


© Eric Houri
© Eric Houri
Le Grand Port maritime de la Guadeloupe a connu une deuxième année consécutive de baisse de son trafic, avec 3,316 millions de tonnes traitées en 2014 (- 10 %).
Le président de son directoire, Yves Salaün, explique ce résultat par une baisse de l'économie locale, avec notamment un "secteur du BTP sans commande", mais souligne qu'il s'agit du troisième résultat de l'histoire du port.

Le transbordement recule

Concernant les marchandises diverses, en baisse de 8,2 % (1,732 Mt), la direction constate aussi un fort recul du transbordement dû au bouleversement de l'organisation des lignes régionales, après la repositionnement des services transatlantiques de CMA CGM au profit de la Martinique. Les boîtes pleines transbordées ont représenté 48.965 EVP. Une baisse de 18 % largement responsable du recul de 7,2 % du trafic conteneurisé total (183.922 EVP).
Pour Yves Salaün, "l'échéance proche du VSA sur l'Atlantique engendre un rééquilibrage entre les lignes". Au printemps prochain, CMA CGM et Hamburg Süd doivent lancer une collaboration sur un service pendulaire entre l'Asie, les Caraïbes, la côte Est des États-Unis et l’Europe du Nord.
La baisse est généralisée sur le segment des vracs solides (- 15,4 %, à 768.119 tonnes), sauf pour le sucre, qui progresse de 38 % à la suite d'une bonne campagne. Les vracs liquides accusent un recul de 11,9 % (616.424 tonnes), dont 8 % sur les hydrocarbures (603.117 tonnes).

"Nous avons atteint une certaine maturité"


"2014 a été décevante mais conforme à nos prévisions, résume Yves Salaün. Cela nous conforte dans l'idée d'avoir atteint une certaine maturité". Pour l'année en cours, il prévoit un rebond à 3,6 Mt, grâce au redémarrage de l'économie domestique, au démarrage de l'activité car carriers (lire ci-dessous) et aux accords sociaux signés avec les dockers.

La croisière croît trop vite

Seul le passage s'est bien comporté en 2014, s'approchant de la barre du million de voyageurs (980.424). La stabilité du trafic inter-îles et de l'archipel est bonifiée par un nouveau bond de 48 % de la croisière. "Nous commençons à nous demander si nous n'avons pas sous-estimé sa croissance", avoue Yves Salaün. Le port a pourtant inauguré en janvier 2014 un nouveau terminal de 1.850 m2 qui lui permet d'accueillir simultanément deux paquebots et 1.400 voyageurs. Cet investissement a atteint un peu trop vite son objectif de favoriser la tête de ligne, qui a connu un "très fort développement". Le directeur lie cette tendance à la forte croissance du marché européen : "Nous sommes la tête de pont de la croisière caribéenne pour l'Europe". Lui, qui estime avoir "plusieurs leviers pour absorber les pointes sans toucher aux infrastructures", évoque la possibilité pour certains opérateurs de prendre une participation dans le terminal de croisière.
Pour ce qui est des aménagements en cours, 2015 verra l'optimisation du terminal vrac. "Des outillages fixes vont devenir mobiles sur le quai de déchargement sucrier et céréalier car il très peu utilisé, cela augmentera la capacité", détaille Yves Salaün. Le port procède aussi à une réorganisation du stockage des véhicules sur le terminal de Jarry pour faire face à l'augmentation prévue du trafic. La Guadeloupe récupère une ligne ro-ro exploitée par Höegh Autoliners. Dans le cadre de son service Europe-Antilles-Guyane-Mexique-côte Est des États-Unis, les véhicules destinés à Dégrad-des-Cannes transborderont désormais à Pointe-à-Pitre au lieu de Port of Spain (Trinité-et-Tobago).
Toujours à Jarry, le dragage a commencé autour du terminal à conteneurs, il devrait durer un an. L'approfondissement à 15 mètres (15,50 mètres pour le chenal et la zone d'évitage) permettra d'accueillir d'ici fin 2015 des porte-conteneurs de 6.500 EVP. La construction de ducs-d'albe étendra les possibilités d'amarrage. Yves Salaün se félicite de "gagner 3 mètres de tirant d'eau sans aucune interruption du trafic".

Différenciation par la qualité

Presque prêt pour le lancement du nouveau canal de Panama, Guadeloupe Port Caraïbes compte se positionner sur le fret transatlantique retour ainsi que sur l'axe Nord-Sud. "Nous nous attendons à ce qu'il y ait du transbordement entre Panama et l'Amérique du Sud, explique le directeur. Nous croyons en nos chances compte tenu des difficultés de Trididad, avec des retards phénoménaux et des pertes de conteneurs".
Dans la bataille de la Caraïbe pour récupérer les trafics générés par le canal, Pointe-à-Pitre ne luttera clairement pas sur le prix mais mise sur son niveau d'exigence pour se différencier des ports de la zone. "Nos arguments sont fiabilité, modernité et sécurité", affirme Yves Salaün, qui annonce pour cette année la mise en service d'un système de vidéosurveillance intégral et d'accès automatisé aux terminaux pour n'y retrouver "que les personnes strictement nécessaires". Un nouveau pas vers les standards européens de sûreté et sécurité.
Le niveau de service du port est déjà reconnu, celui-ci ayant été désigné en octobre 2014 port le plus fiable et le plus flexible de la zone Caraïbe par les armateurs. Il est régulièrement récompensé par la Caribbean Shipping Association (CSA) depuis 2007.
Le président du directoire, qui s'enorgueillit d'une "onzième année consécutive sans jour de grève", ajoute que son port est déjà certifié Iso 14001, bientôt OHSAS 18001 (santé et sécurité au travail) et a engagé les démarches pour la norme Iso 50001 sur l'efficacité énergétique. De quoi faire accepter, selon lui, un coût de passage portuaire un peu plus élevé.

Le Conseil de coordination interportuaire bientôt lancé

Le président du Conseil de coordination interportuaire Antilles-Guyane a été nommé le 27 janvier par le gouvernement. Il s'agit de Thomas Degos, l'actuel délégué général à l'Outre-Mer.
Le Conseil, qui doit être prochainement installé, sera composé des préfets de Région de Guadeloupe, Martinique et Guyane, de représentants des collectivités et des présidents des Directoires et des Conseils de surveillance des trois Grands Ports maritimes.
Yves Salaün affirme que, de leur côté, les ports ont commencé à travailler ensemble : "Nous avons engagé une dynamique de coopération dans les discussions avec nos clients principaux, qui sont souvent les mêmes". Ce partage d'informations est censé "éviter que nos clients nous mettent en concurrence, faire en sorte que celui qui a les meilleurs atouts réponde à la demande. C'est une stratégie de sécurisation des recettes".
Selon Yves Salaün, le principal dossier est celui de la convergence des trois ports vers un même type de contrat passé avec les opérateurs, ce qui passe par un rapprochement dans la façon de gérer les équipes de manutention portuaire qui prend aujourd'hui trois formes différentes dans chacun des ports concernés.
Le directeur de Guadeloupe Port Caraïbes se félicite de la nomination comme président de l'instance d'un homme ayant une vision globale de l'Outre-Mer. Il sent un intérêt grandissant de la métropole pour le potentiel des territoires ultramarins et une volonté de renforcer les liens avec les pays de la zone. Jusqu'à la coopération économique ? "Les ports sont les bons outils pour ça", estime Yves Salaün.

Franck André

Mercredi 4 Mars 2015



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