L'Afrique du Nord, à quelques heures de navigation de l'Europe du sud


Pour faire face à la chute sévère de ses revenus pétroliers due à la baisse continue du prix du baril, l'Algérie prend des mesures de réductions drastiques des importations. La France devrait souffrir de réductions de volumes à l'exportation d'un pays qui impose des licences d'importation pour un certain nombre de produits. Le port de Marseille se positionne comme porte d'entrée européenne de l'industrie algérienne. La Tunisie n'a pas connu beaucoup de changements dans ses volumes échangés depuis le Printemps arabe. Quant au Maroc, il reste l'objet d'une grande convoitise de la part des acteurs du monde maritime.


© Ubifrance
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L'Algérie est le seul des trois pays du Maghreb à afficher des velléités de diversifier son économie pour compenser ses pertes de revenus pétroliers. L'effritement continu du prix de baril de brut (qui se situe aujourd'hui autour de 45 dollars) change la donne dans le pays. Grâce à la manne pétrolière, celui qui a importé pendant des décennies tous ses produits de consommation change au fur et à mesure d'attitude vis-à-vis de ses partenaires commerciaux.

L'Algérie, un pays à l'aube de renversements de tendances

Depuis quelques années, l'Algérie constitue le premier client du Grand Port maritime de Marseille (GPMM) grâce à ses volumes d'hydrocarbures exportés à destination de Fos (plus de 9 millions de tonnes) mais aussi par ses volumes de marchandises diverses en provenance de France et plus généralement d'Europe.
Avec les mesures restrictives adoptées par l'État algérien en matière d'importations, les échanges entre les deux pays devraient accuser un véritable changement. Pour l'heure, bien que certains chiffres prouvent que la tendance est déjà amorcée, les hydrocarbures (à l'import) et le conteneur (à l'export) ont continué à soutenir la croissance à deux chiffres des échanges.
En 2015, à 9,3 millions de tonnes (+ 15 %), les hydrocarbures restent prédominants, grâce aux flux de pétrole brut à destination de Fos.
Les vracs chimiques ont en revanche chuté de 71 %, à 11.000 tonnes, et les vracs solides ont reculé de 5 %, à 291.000 tonnes

"Vers une restructuration des échanges avec l'Algérie"


En marge de ces courants de trafic, les marchandises diverses (un segment qui constitue un véritable pôle d'intérêt pour la communauté portuaire marseillaise) n'ont progressé que de 1 % par rapport à 2014 pour s'établir à 1,45 million de tonnes avec une modeste hausse de l'export (+ 1 %) mais une évolution plus importante à l'import (+ 5 %).
À 140.500 EVP, le conteneur a augmenté de 11 % en un an grâce à une valorisation de 14 % des importations lorsque l'export a connu une hausse de 9 %.
Fait marquant dans les statistiques du GPMM, la baisse de 58 % des véhicules neufs à 9.550 unités contre presque 22.800 en 2014. Quant au conventionnel (segment en perte de vitesse continue au profit du conteneur), il a baissé de 18 %, à 113.000 tonnes.
Dans le détail, les chiffres 2015 du GPMM illustrent déjà la tendance protectionniste adoptée par le pays et le fait que son tissu industriel commence à exporter.
Dans le segment du conteneur, les fruits et légumes, pénalisés par la baisse de 29 % l'export, ont reculé de 25 % en un an, à 76.000 tonnes. Dans le roulant, c'est la chute libre. Toutes les filières (matériels de transport, produits de consommation, biens d'équipement, fruits et légumes...) sont en baisse à destination de l'Algérie.
Depuis quelque temps, Georges Oberlé, responsable du développement commercial pour la zone Sud France-Afrique, Suisse et océan Indien au GPMM, s'attend à voir arriver sur le marché français davantage de volumes exportés par les industriels algériens. Or, cette tendance semble vouloir se confirmer. Cevital (propriétaire notamment depuis peu du groupe franco-espagnol FagorBrandt, fabricant de verre et situé à la tête de l'armateur Nolis) et d'autres industriels algériens commencent à envoyer leur production en France. D'autres groupes étrangers (tels que Renault, PSA ou Alstom, via une filiale) sont implantés dans le pays pour pouvoir alimenter le marché national.
On s'achemine donc vers une véritable restructuration des échanges. Voilà pourquoi le port de Marseille, dans le cadre de la mission de Via Marseille Fos effectuée en janvier à Alger, s'est présenté comme étant "la porte d'entrée Sud de l'Europe" pour les produits algériens, souligne le responsable commercial.
Georges Oberlé s'interroge sur "l'évolution de la desserte maritime des ports algériens". Selon lui, les portuaires marseillais devraient s'attendre à voir "l'offre de transport maritime s'adapter à une progression des importations en provenance d'Algérie et à une baisse des exportations françaises vers le pays".

Stabilité des échanges avec la Tunisie

Du côté de la Tunisie, les échanges avec le port de Marseille en 2015 ont frôlé les 2.480.000 tonnes, en repli de 3 % par rapport à 2014.
Avec ce pays, le GPMM a enregistré une baisse des vracs solides et une stagnation des marchandises diverses (16.160 EVP et 1.230 remorques).
À la direction de l'établissement portuaire, Georges Oberlé ajoute : "On expédie des matières premières, des produits pharmaceutiques et des produits chimiques".
Il confirme aujourd'hui les propos des experts selon qui, depuis le Printemps arabe, les volumes échangés avec le pays n'ont pas connu de grandes variations. Dans le secteur du textile, en Europe, certains jugent que l'industrie tunisienne continue à produire tandis que d'autres jugent qu'elle est concurrencée par les usines asiatiques.
Quant au Maroc, ce pays reste un marché dont la majeure partie continue à échapper au port de Marseille en raison de la faible distance que représente le détroit de Gibraltar pour les transporteurs souhaitant regagner l'Europe par la route. Tout le monde s'accorde à dire que, tant que les conditions avantageuses que propose l'Espagne à la profession (la possibilité de rouler notamment le week-end) seront permises par l'Europe, il sera difficile aux armateurs de prendre suffisamment de parts de marché pour décider d'ouvrir des lignes.
En 2015, le port de Marseille-Fos a enregistré un trafic avec le royaume chérifien de 545.000 tonnes, soit 25 % de plus qu'en 2014.
Pour l'heure, les portuaires marseillais attendent toujours qu'une ligne Tanger-Marseille puisse permettre au port phocéen de voir davantage de volumes en provenance du Maroc. Pour l'heure, aucun armateur n'a voulu se lancer dans l'aventure sans obtenir de garanties de la parts des transporteurs routiers...

Les revenus pétroliers de l'Algérie en chute de près de 40 %

Les revenus pétroliers, principale ressource de l'Algérie, ont enregistré une chute de près de 40 % au premier trimestre de cette année par rapport à la même période de 2015, selon les douanes algériennes. Sur les trois premiers mois de cette année, les ventes d'hydrocarbures ont rapporté 5,5 milliards de dollars (4,85 milliards d'euros) contre 9,1 milliards de dollars (8 milliards d'euros) au premier trimestre 2015, soit une baisse de 39 %. Ce plongeon est dû à la baisse continue des cours du pétrole depuis juillet 2014, ont expliqué les douanes. "Les hydrocarbures continuent à représenter l'essentiel des ventes algériennes à l'étranger, soit 93,19 % du volume global des exportations", souligne l'administration. La chute des recettes pétrolières a eu pour conséquence de creuser le déficit commercial qui a atteint 5,6 milliards de dollars (4,9 milliards d'euros) au premier trimestre contre 3,4 au premier trimestre 2015 (3 milliards d'euros). La Chine (18,3 % de parts du marché) a consolidé sa position de premier fournisseur de l'Algérie arrachée en 2012 à la France (11,8 % de parts de marché). L’Algérie, qui a dû renoncer ces derniers mois à de nombreux projets d’infrastructures, envisage désormais de s'endetter sur le marché international après avoir épongé totalement sa dette externe datant des années 90.

Vincent Calabrèse

Lundi 25 Avril 2016



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