L'Afrique du Sud, un nain maritime


Idéalement placée sur les routes du fret maritime mondial, l'Afrique du Sud dépend des navires étrangers pour son import-export et peine à augmenter la cadence dans ses ports.


© Sarens
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Longue de 2.800 kilomètres, la façade maritime de l'Afrique du Sud offre depuis le XVe siècle une halte naturelle aux navires de tous les continents, tandis que 95 % des exportations du pays partent par la mer. Durban, qui revendique le premier rang des ports de conteneurs du continent, est en train de s’agrandir. Mais le jeu de la mondialisation et la concurrence des pavillons de complaisance ont eu raison de son pavillon national que seuls quelques patrouilleurs, bateaux de pêche et remorqueurs battent encore aujourd'hui.
Dans les années 70, l'Afrique du Sud avait 52 navires marchands enregistrés. L'an prochain, un nouveau régime fiscal calculé au tonnage sera introduit. "Nous espérons que cela va inciter des navires marchands à se rapatrier", a expliqué Tsietsi Mokhele, directeur de l'autorité de sûreté maritime (Samsa), conscient cependant que cette mesure arrive un peu tard. Le nouveau régime fiscal imposera un forfait fonction du nombre et de la taille des navires, au lieu de faire payer le propriétaire sur ses bénéfices réels. "Nous nous sommes engagés à revoir la question du pavillon de notre flotte dès que l'Afrique du Sud aura réglé ces questions, comme l'imposition au tonnage", assure Fred Jacobs, un porte-parole de Safmarine, grand nom du fret maritime sud-africain aujourd'hui propriété danoise.

"52 navires marchands enregistrés dans les années 70"


Le gouvernement sud-africain se fait cependant peu d'illusions sur l'impact de cette mesure, constatant que plus 80 % de l'activité de transport maritime dans le monde se fait dans un environnement défiscalisé. Il mise bien plus sur les 350 milliards de rands (environ 35 milliards d'euros) d'investissement dans le rail et les ports. L'insuffisance du réseau ferroviaire et l'engorgement des ports sud-africains sont régulièrement mis en cause par les exportateurs de matières premières - charbon, fer et manganèse, notamment -, qui disent ne pas pouvoir répondre à la demande mondiale.

Ngqura, 8e port sud-africain

Ngqura, le huitième et plus récent port sud-africain, est à ce titre emblématique. En l'inaugurant en mars, le président Jacob Zuma a estimé que "le port avait le potentiel de dynamiser le commerce Sud-Sud". "À moyen terme, on prévoit que les routes maritimes commerciales Sud-Sud, par exemple entre la Chine et le Brésil, deviennent significatives au plan mondial, et modifient la dynamique du système commercial international", a-t-il dit.
Mais un important logisticien européen s'interroge : "Ngqura, c'est bien mais et les trains derrière ?" "L'Afrique du Sud est extrêmement bien placée. Mais les vecteurs de l'arrière-pays sont insuffisants, notamment le train pour les produits pondéreux, et cette année on aura un manque phénoménal de camions, alors qu'il y a énormément de projets miniers, surtout dans les pays voisins", dit-il. Selon lui, le monopole exercé par la société publique Transnet et le poids du syndicat Cosatu sont aussi "un obstacle à la productivité des ports". Il cite l'exemple de Richard's Bay, premier terminal charbonnier du monde et grand port pour les matériels conventionnels et les vraquiers. "Il y a une très forte demande sur les produits minéraliers, une grosse poussée chinoise et indienne, mais si vous avez de la chance de trouver de la place sur le train, une fois au port, les six opérateurs ont la mainmise et vous imposent leur tarif", dit-il.
Au final, les chances de l'Afrique du Sud de regagner un rôle maritime international dépendent surtout de ses avantages comparatifs en termes de coûts, estimait une étude du ministère des Transports en 2011. L'étude suggérait entre autres que les trois ports du Cap oriental (Port Elizabeth, Ngqura et East London) misent sur leur arrière-pays pour accueillir des navires de croisière. Parmi les diversifications possibles, Le Cap est déjà un important site de maintenance pour les plate-formes d'hydrocarbures de la région.

Commerce déprimé avec l'Europe

Les exportations sud-africaines vers l'Europe et les autres pays développés n'ont pas retrouvé leurs niveaux de 2008, tandis que le commerce avec les économies émergentes a explosé, a indiqué vendredi 18 mai le ministre du Commerce, Rob Davies. "La puissance économique mondiale se déplace sous nos yeux depuis le Nord et l'Ouest vers le Sud et l'Est", a déclaré le ministre devant le Parlement. Les pays développés restent un très important débouché pour l'Afrique du Sud, mais "nos exportations vers ces économies restent bien en deçà du pic atteint en 2008, juste avant la crise économique mondiale", a-t-il noté. L'UE reste le principal partenaire commercial du pays, mais les difficultés qu'elle rencontre ont pesé sur les volumes. "Nulle part en Europe nous sommes revenus où nous étions en 2008", a souligné M. Davies. Les exportations vers l'Allemagne ont par exemple atteint 120 milliards de rands (12 milliards d'euros) contre 128 milliards en 2008. L'Afrique du Sud a parallèlement vu ses échanges croître rapidement avec les pays émergents, Chine et Inde en tête. La part du Brésil a également progressé, passant de 5,3 milliards de rands en 2008 à 5,9 milliards l'an dernier. Le gouvernement entend particulièrement cibler les marchés africains, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud, en plus de ses partenaires des Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine), selon le ministre. "L'Afrique est devenue le plus important marché de l'Afrique du Sud pour nos exportations de produits manufacturés", a relevé Rob Davies, qui entend désormais faire croître les exportations de produits à valeur ajoutée vers la Chine plutôt que les minéraux non transformés qui dominent actuellement les exportations sud-africaines.

Sibongile Khumalo

Lundi 21 Mai 2012





     

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