L'Autriche à la rescousse des trains de nuit allemands


Jugé obsolète par certains, le train couchette n'est pas encore mort en Europe : la compagnie de chemin de fer allemande a annoncé vendredi 7 octobre cesser ses activités dans ce domaine, mais sa concurrente autrichienne va reprendre le flambeau sur plusieurs lignes reliant Allemagne, Autriche et Suisse.


Les "Nightjet" d'ÖBB remplaceront les "City Night Line" de Deutsche Bahn dès le 11 décembre © ÖBB
Les "Nightjet" d'ÖBB remplaceront les "City Night Line" de Deutsche Bahn dès le 11 décembre © ÖBB
"Il est clair que les trains de nuit sont un segment de niche mais c'est une offre forte pour certains groupes de voyageurs", comme les familles ou les vacanciers, a expliqué Andreas Matthä, patron de la compagnie autrichienne ÖBB, à Berlin. Fort de cette conviction, ÖBB, qui réalise déjà 17 % de son chiffre d'affaires de transport longue distance avec les trains de nuit, va reprendre à partir du 11 décembre six lignes à la Deutsche Bahn, notamment celle reliant Hambourg à Zurich via Berlin, celle entre Düsseldorf et Innsbruck ou encore celle entre Munich et Rome via Salzbourg. Cela vient s'ajouter aux deux lignes qu'ÖBB opérait déjà entre Hambourg et Vienne et Düsseldorf et Vienne et aux sept autres reliant différentes villes d'Autriche, Suisse et Italie.
Avec ces trains bleu nuit traversés d'un trait rouge baptisés "Nightjet", ÖBB compte attirer quelque 5 millions de voyageurs au total d'ici 2020 et entend bien voir son résultat opérationnel dans ce segment augmenter dès 2017. La compagnie va investir 40 millions d'euros pour racheter à la Deutsche Bahn 42 wagons-lit et 15 voitures couchettes et rénover la flotte.
Ce sauvetage partiel de trains de nuit allemand a été "salué" par la fédération de voyageurs Pro Bahn, tout comme par le député allemand des Verts Matthias Gastel. "L'ÖBB reprend un segment de marché complet que la Deutsche Bahn a toujours jugé improductif", a rappelé le député qui plaide pour un essor du rail, mode de transport plus écologique. Mais avec cette initiative d'ÖBB, l'Allemagne voit tout de même son offre de trains couchette se réduire d'environ moitié, dans un lent mouvement de désaffection à l'égard des trains de nuit qui s'étend en Europe.

Voyager lentement en polluant moins

Monter dans un train le soir, s'endormir dans un lit étroit bercé par le bruit des rails et se réveiller au petit matin à l'autre bout du pays paraît aujourd'hui complètement obsolète pour beaucoup, quand les compagnies aériennes low-cost permettent de parcourir l'Europe pour quelques dizaines d'euros. Continuer de voyager lentement et en polluant moins est un choix de plus en plus difficile à mettre en pratique.
Ainsi, en France, quatre lignes de train de nuit ont été supprimées depuis le 1er octobre et deux autres, de Paris vers Nice et vers Irun en Espagne, devraient, sauf revirement, disparaître en 2017. Seules les deux lignes vers les Alpes et les Pyrénées doivent être maintenues faute d'alternative. En Espagne, les lignes ferroviaires de nuit ont également été quasiment toutes supprimées faute de rentabilité et d'intérêt des voyageurs, y compris le Paris-Madrid. Le Royaume-Uni lui ne compte plus que deux lignes, l'une entre Londres et l'Écosse et l'autre entre la capitale britannique et la Cornouailles. En revanche, en Italie, Trenitalia continue de proposer de voyager à bord de ses Intercity Notte et a même pris le contrôle total début septembre de Thello, qui fait circuler des trains entre la France et l'Italie depuis 2011.
C'est en pointant notamment ce contexte européen difficile que Deutsche Bahn justifie son choix de tirer un trait sur ses "City Night Line" déficitaires, dans lesquels elle n'investissait plus guère. "Nous avons inscrit des très fortes pertes", a rappelé Berthold Huber, responsable de lignes longue distance chez Deutsche Bahn. Il y a deux ans, les trains reliant Paris, à Berlin, Hambourg ou Munich avaient déjà été supprimés, malgré des pétitions de voyageurs déçus. Mais la compagnie ferroviaire allemande assure pour autant ne pas abandonner le voyage de nuit : elle va développer en décembre son offre de trains avec uniquement des places assises. Le but : séduire les gens voulant voyager pas cher, ayant de plus en plus tendance à opter pour les bus longue distance.

Marie Julien

Mardi 11 Octobre 2016



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