L'État français veille sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, mais ne veut pas les racheter


Le gouvernement français a assuré qu'il ne prévoyait pas de nationaliser les chantiers navals STX de Saint-Nazaire, mis en vente par leur maison mère sud-coréenne, STX, mais entend peser dans le choix du repreneur de ce fleuron industriel.


STX France dispose d'un carnet de commandes très bien rempli, avec quatorze paquebots à construire d'ici 2026 © STX
STX France dispose d'un carnet de commandes très bien rempli, avec quatorze paquebots à construire d'ici 2026 © STX
L'objectif de l'État "n'est pas de devenir actionnaire majoritaire de la société STX France mais de peser dans le choix du repreneur pour que les chantiers de Saint-Nazaire puissent disposer d'un actionnariat industriel solide capable d'accompagner leur développement sur le long terme", selon le secrétaire d'État à l'Industrie, Christophe Sirugue.
Le quotidien "Libération" a affirmé lundi 10 octobre, que l'État français, déjà présent au capital de STX France, pourrait en devenir l'actionnaire majoritaire, notamment pour faire barrage à une reprise par "des Chinois aux poches profondes qui peuvent viser un transfert" de technologies.
L'État français détient un tiers des ex-Chantiers de l'Atlantique depuis 2008, et leur rachat au norvégien Aker Yards par STX Offshore and Shipuilding, filiale de construction navale du conglomérat sud-coréen STX, propriétaire des deux tiers restants. Selon plusieurs sources, l'État avait alors déboursé environ 100 millions d'euros pour sa participation.

"Trois candidats : le néerlandais Damen, l'italien Fincantieri et l'asiatique Genting Hong Kong"


STX Offshore and Shipbuilding a été placée en redressement judiciaire début septembre, et son plan de redressement inclut la cession de la participation dans les chantiers de Saint-Nazaire avant fin 2016. Contrairement à sa maison mère en difficultés, STX France, qui compte 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 sous-traitants, est en pleine forme. L'entreprise dispose d'un carnet de commandes très bien rempli, avec quatorze paquebots à construire d'ici 2026 pour deux gros clients, l'italo-suisse MSC Croisières et l'américain Royal Caribbean.
Au moins deux candidats ont montré leur intérêt pour ce joyau industriel hexagonal : le néerlandais Damen, privilégié par les syndicats et élus, et l'italien Fincantieri, qui s'est allié avec un groupe chinois pour construire des paquebots en Chine. Autre repreneur possible, le groupe asiatique Genting Hong Kong, qui a récemment racheté quatre chantiers navals en Allemagne.

Vente globale ou non ?

Le groupe sud-coréen pourrait décider de vendre STX France seul, ou de céder en bloc ses activités de construction navale, auquel cas les industriels comme Damen et Fincantieri risquent d'être financièrement hors course, ouvrant la porte aux groupes chinois. C'est pour leur faire barrage que l'État français pourrait monter au capital, selon "Libération".
"Qu'est-ce que STX Corée va décider ? Une vente globale ou non ? Si quelqu'un arrive avec un gros chèque de 900 millions d'euros, c'est plus intéressant pour eux que le rachat seul de STX France", s'interroge Christophe Morel, délégué CFDT. "On est un peu dans une partie de poker menteur", juge le sénateur PS de Loire-Atlantique Yannick Vaugrenard.
L'État est "extrêmement" attentif, en raison de l'"impact industriel lourd en emplois, en savoir-faire, qui sont pour nous déterminants. Et par ailleurs c'est un secteur stratégique", a rappelé Christophe Sirugue. Des discussions ont ainsi été initiées avec les autorités coréennes, mais aussi "avec plusieurs repreneurs industriels intéressés, dans le but d'anticiper les décisions qui seront prises par le tribunal de commerce de Séoul et le groupe STX au terme du processus de vente", souligne le secrétaire d'État. Le gouvernement compte sur la réglementation sur les investissements étrangers en France, le "dispositif Montebourg" (un décret adopté il y a deux ans pour protéger les secteurs jugés stratégiques) pour arriver à ses fins.
Le syndicat FO, reçu mardi 11 octobre à Bercy, revendique de longue date la nationalisation du chantier naval "ou a minima que l'État en devienne l'actionnaire majoritaire", explique la déléguée Nathalie Durand-Prinborgne. FO explique également avoir rencontré le président de la région Pays de la Loire, Bruno Retailleau (LR), qui a déjà laissé entendre qu'il pourrait, dans le cadre d'une reprise par l'État à 51 %, avec le constructeur DCNS et la région, compléter le tour de table si besoin. Au contraire, la CFDT, privilégie une reprise par "Damen, avec une minorité de blocage de l'État", estimant qu'un État actionnaire majoritaire, "pour prendre les décisions sur l'avenir industriel d'une entreprise, ce n'est pas la meilleure solution".

Anne-Sophie Lasserre et Julie Chabanas

Mardi 11 Octobre 2016



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