L'Union africaine adopte une charte "historique" pour la sécurité maritime


Plus de quarante pays africains, réunis en sommet à Lomé à la demande de l'Union africaine, ont adopté une charte contraignante sur la sûreté et la sécurité maritime.


43 pays étaient représentés au Sommet de Lomé © Sommet de Lomé
43 pays étaient représentés au Sommet de Lomé © Sommet de Lomé
L'Union africaine a adopté samedi 15 octobre une charte "historique" pour la sécurité maritime. "Nous nous félicitons de l’adoption et de la signature de la charte sur la sécurité et la sûreté maritime et le développement en Afrique", a annoncé le président congolais, Denis Sassou Nguesso, pour conclure le premier Sommet de l'UA sur la sécurité des mers. "Ce geste est on ne peut plus historique dans la vie de "notre" continent", a-t-il ajouté.
Le président kényan, Uhuru Kenyatta, s'est également réjoui de cette promesse de coordonner les actions entre les pays du continent pour lutter contre la piraterie et les trafics de drogue, d'armes et d'êtres humains sur les côtes africaines. "Cette charte va également participer à la Stratégie africaine intégrée pour les mers et pour les océans à l'horizon 2050 (adoptée en 2012), et baliser de nouvelles initiatives et de nouvelles actions", a déclaré le président du Kenya. Le pays d'Afrique de l'Est a longtemps souffert de l'insécurité maritime dans le golfe d'Aden, et des conséquences de la piraterie de son voisin somalien. Avec un total de 13 millions de km2 de zones économiques maritimes et 17 % des ressources mondiales en eau douce, l'Afrique doit voir cette richesse comme une opportunité de développement durable, selon le président Kenya.
"C'est un acte politique très important de la part de l'UA parce que l'enjeu de la sécurité du continent est mis en avant comme une priorité et les engagements politiques, juridiques qui accompagnent la charte de Lomé sont essentiels sur la longue durée", a confié le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, venu apporter à Lomé le soutien de la France à ses partenaires africains. "Les chefs d'État et de gouvernement africains se sont aperçus au fur et à mesure que la sécurité maritime cela voulait dire aussi la sécurité tout court sur leur territoire", a-t-il ajouté.

"La mer est le secret le mieux gardé d'Afrique"


Cette charte engage les États de l'UA signataires à protéger leur environnement mais aussi à prévenir et réprimer la criminalité en mer, ainsi que les trafics d'êtres humains, d'armes ou de drogue. Ils s'engagent également à créer des institutions nationales et régionales "pour assurer la mise en œuvre de politiques appropriées pour promouvoir la sureté en mer".
Dans son discours d'inauguration, le président tchadien, Idriss Deby (président en exercice de l'UA), a rappelé que, sur "54 pays que compte l'Afrique, 38 sont des États côtiers". 90 % des importations et exportations transitent par la mer et un nombre important des corridors commerciaux maritimes les plus stratégiques se trouvent dans l'espace maritime africain, selon lui. 43 pays étaient représentés au Sommet de Lomé, dont 18 par leur chef d'État, sur les 54 pays que compte l'Union africaine.
"Les enjeux ne sont pas seulement africains, ils concernent également nos partenaires stratégiques et la communauté internationale dans son ensemble", a déclaré Faure Gnassingbé, président togolais et hôte la rencontre.
Alors que la situation s'est apaisée dans le golfe d'Aden, à l'est du continent, c'est désormais le golfe de Guinée - et ses 5.700 km de côtes - qui fait figure de nouvel épicentre de la piraterie maritime en Afrique. Au moins 27 attaques de bateaux (vols, kidnappings ou tentatives échouées) ont été recensées par l'Organisation maritime internationale (OMI) depuis avril sur les côtes d'Afrique de l'Ouest, particulièrement au large du Nigeria, contre deux seulement en Afrique de l'Est.
Du Sénégal à l'Angola, les 17 pays du golfe de Guinée - dont les capacités de surveillance et de défense maritime sont limitées et disparates - tentent depuis quelques années de renforcer leurs moyens d'intervention et de mettre en place une collaboration régionale plus étroite. Des centres de coordination régionaux commencent à apparaître, mais les progrès sont lents et les moyens limités, d'où l'idée de se doter d'une charte contraignante, qui instituerait notamment un mécanisme de financement.
"L'Afrique est plus exposée que les autres continents pour la simple raison qu'elle a très peu de compétences et de moyens pour faire face à cette situation", avait observé vendredi 14 octobre Idriss Deby, en visite sur le "Dixmude", l'un des trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) de la marine française, actuellement dans les eaux du golfe d'Afrique de l'Ouest.

Maritimisation du monde

"Nous sommes dans une phase de "maritimisation du monde" : 90 % du trafic internet se passe sous les mers, 90 % du trafic mondial se passe sur les mers", a souligné samedi 15 octobre Jean-Yves Le Drian. "Maritimisation" des échéances "mais aussi des menaces", a ajouté le ministre français. "Que ce soit la piraterie ou les menaces de puissances, par leur volonté d'acquisition des espaces marins, il faut anticiper".
La France est présente depuis 1990 dans les eaux internationales d'Afrique de l'Ouest, notamment pour protéger ses quelque 80.000 ressortissants dans la région ainsi que ses nombreux intérêts économiques mais aussi pour travailler à la formation des marines locales. "On accompagne les marines africaines pour qu'elles s'autonomisent, qu'elles s'émancipent", explique le capitaine de vaisseau Éric Lavault, commandant le "Dixmude".
Toutes les grandes puissances internationales sont présentes dans les eaux au large de l'Afrique, mais ce sommet africain indique aussi que le continent a décidé de s'organiser autour d'une thématique commune pour que, à terme, les pays puissent coopérer.  "Flux pétroliers, pêche, tourisme, logistique, l'économie maritime est pour nous considérable. La mer est le secret le mieux gardé d'Afrique", a souligné vendredi 14 octobre l'ancien Premier ministre béninois Lionel Zinsou.

Marie Wolfrom et Émile Kouton

Lundi 17 Octobre 2016



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