L'aérien, un secteur peu rentable qui a révolutionné la planète


En 100 ans d'existence, l'aviation commerciale a révolutionné la planète, contribuant au développement économique des pays, mais les compagnies aériennes, réunies en ce moment à Doha, peinent à être rentables.


© Airbus
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Depuis le premier vol avec passager payant, en Floride le 1er janvier 1914, "l'aviation a transformé le monde de manière incommensurable, pour le meilleur", a estimé lundi 2 juin Tony Tyler, directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata). Cet organisme, qui regroupe 242 compagnies représentant plus de 84 % du trafic mondial, a tenu son assemblée générale à Doha jusqu'à mardi 3 juin. Cette année, 3,3 milliards de personnes voyageront en avion et 52 millions de tonnes de fret seront transportés dans les soutes des aéronefs. Et, chaque jour, 100.000 vols ont lieu dans le monde, a expliqué le dirigeant à cette occasion. L'aviation génère en outre plus de 58 millions d'emplois.
"Notre performance financière n'est pourtant pas pour le moment à la hauteur de la valeur que nous créons", a déploré Tony Tyler. Il a d'ailleurs revu en baisse ses prévisions de bénéfices pour 2014, tablant désormais sur 18 milliards de dollars contre 18,7 milliards en mars. Par région, l'Amérique du Nord devrait engranger les plus gros bénéfices (9,2 milliards), devant l'Asie-Pacifique (3,2 milliards), l'Europe (2,8 milliards), le Moyen-Orient (1,6 milliard), l'Amérique latine (1,1 milliard) et l'Afrique (0,1 milliard). Certes, le transport aérien engrangera plus de profits qu'en 2013 (10,6 milliards de bénéfices) et les aura presque triplés depuis 2012 (6,1 milliards) et "cela semble impressionnant", a relevé le responsable. "Mais la rude réalité économique est que sur un chiffre d'affaires de 746 milliards de dollars, nous aurons une marge nette moyenne de seulement 2,4 %", a-t-il insisté. "Ce sont moins de 6 dollars par passager".

Assouplir la réglementation

Pour autant, le potentiel est important, selon lui, à condition notamment d'assouplir la réglementation. L'Iata dénonce depuis longtemps l'impossibilité de concentrer le secteur, les pays ayant érigé des règles strictes en matière de prises de participation dans les compagnies européennes ou américaines. Les transporteurs sont parvenus à contourner partiellement l'obstacle en créant des coentreprises, telles celle d'Air France avec Delta sur les vols transatlantiques, et en développant des alliances (SkyTeam, Oneworld, Star Alliance). Le secteur reste néanmoins très fragmenté avec des centaines de compagnies.

"Le transport aérien a presque triplé ses profits depuis 2012"


Le directeur général de Qatar Airways, Akbar Al Baker, qui préside cette année l'assemblée générale de l'Iata, a lui aussi souligné l'importance de l'aviation commerciale. Il a appelé certains pays à ne pas négliger cet outil de développement. "J'exhorte le nouveau gouvernement indien à voir l'aviation comme un outil de croissance économique très important en Inde", a-t-il ainsi déclaré. "Le message que je souhaite adresser aux gouvernements est de créer des conditions de travail favorables" au développement du transport aérien équivalent à ce qui peut exister dans d'autres industries, a également demandé Tony Tyler.

Prévoir les accidents

Sur le front de la sécurité, les compagnies, toujours sous le choc de la disparition il y a près de trois mois du vol MH370 de Malaysia Airlines, se sont dit prêts à prendre toutes les mesures nécessaires. "La perte du MH370 démontre un besoin immédiat. Un avion de ligne disparaissant sans laisser de trace aussi longtemps est inédit dans l'aviation moderne. Cela ne doit tout simplement plus jamais se reproduire", a insisté Tony Tyler. Il a rappelé que l'Iata devait remettre des projets de propositions sur ce sujet à l'Organisation de l'aviation civile internationale d'ici septembre. Il a plaidé pour une approche globale de cette problématique.
Mardi 3 juin, l'Iata a notamment fait un point sur la manière dont on peut pister les avions. "Notre but ultime est de prévoir les accidents potentiels et de s'assurer qu'ils ne se produiront pas. Ce n'est pas de la science-fiction", a commenté Tony Tyler. "Chaque nouvelle donnée et chaque amélioration de notre capacité d'analyse de ces données nous rapproche" de cet objectif, a-t-il affirmé. Air France, qui a expérimenté la perte d'un A330 il y a tout juste cinq ans, avec l'accident du Rio-Paris, a par exemple développé un logiciel permettant de déclencher un report de position automatique de l'avion toutes les minutes au lieu de toutes les dix minutes dès que l'avion dévie de sa trajectoire initialement prévue ou lorsqu'un paramètre de vol ne semble pas conforme à une phase précise.

Delphine Touitou

Mardi 3 Juin 2014



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