L'élargissement du canal de Panama, mythe ou illusion pour les Antilles ?


Selon l'Isemar, la Guadeloupe et la Martinique sont des îles fortement peuplées qui présentent la caractéristique d'être rattachées économiquement à une métropole européenne et fréquentées par de nombreux touristes. En matière de trafic, elles traitent le volume de conteneurs le plus important des Petites Antilles après la république de la Trinité-et-Tobago. Elles expédient en outre de gros volumes de bananes à destination de l'Europe. Aujourd'hui, elles tablent sur l'élargissement du canal de Panama pour asseoir leur rôle de ports de transbordement dans la région.


Avec 150.000 EVP chacun, les trafics traités par les terminaux de la Pointe-des-Grives à Fort-de-France et de Jarry à Pointe-à-Pitre sont d'un volume comparable, estime l'Isemar dans la note de synthèse qu'elle consacre à "la conteneurisation en Amérique centrale et aux Caraïbes".
Selon Paul Tourret, l'auteur du document, le trafic se compose d'importations de biens d'équipement et de consommation en provenance de métropole et d'expéditions de bananes qui représentent environ 18.000 EVP en Martinique et 7.000 EVP en Guadeloupe".

Le transbordement, l'ambition commune de Jarry et Pointe-des-Grives

L'offre de transport dont les deux ports bénéficient avec l'Europe leur permet d'assurer un trafic en transbordement régional vers les îles voisines et les Guyane. En 2011, ce volume était plus élevé à Jarry (30.000 EVP) qu'à Pointe-des-Grives (10.000 EVP). Paul Tourret souligne que les deux ports qui changent cette année de statut partagent la même ambition : celle de développer leur rôle de port de transbordement dans la région.
À Fort-de-France tout comme Pointe-à-Pitre, on table sur la fin des travaux d'élargissement du canal de Panama pour voir arriver de nouveaux tonnages issus des grands navires reliant l'Extrême-Orient à l'Europe en utilisant ces ports comme des hubs.
Les deux autorités portuaires ont d'ailleurs décidé d'investir pour accroître la capacité de leurs terminaux à conteneurs. Inauguré en 2003, celui du port de Fort-de-France, Pointe-des-Grives, bénéficie d'un tirant d'eau élevé et de deux postes à quai pour 14 hectares de terre-pleins. À l'inverse, le terminal de Jarry est plus étendu. Il propose trois postes à quai, offre une surface de 18 hectares et présente une capacité de 300.000 EVP mais son tirant d'eau ne s'élève qu'à 11,5 mètres.

"Capter davantage de trafic de transbordement"


En Martinique, on prévoit d'étendre le linéaire de quai de Pointe-des-Grives et porter les surfaces à 45 hectares. L'objectif est d'être capable de pouvoir traiter un trafic de 320.000 EVP. Pour sa part, la Guadeloupe projette une extension du terminal actuel de Jarry pour accueillir des navires plus longs et un accès maritime porté à 15,5 mètres de tirant d'eau ainsi que la création d'un nouveau site de 10 hectares dans le cadre d'une future extension. L'objectif est de pouvoir atteindre une capacité de 500.000 EVP.
À l'Union des ports de France (UPF), le président délégué François Soulet de Brugière se dit dubitatif à propos des bénéfices que fait espérer les travaux d'élargissement du canal de Panama. Il juge que la chance de la Guyane c'est le pétrole. Quant aux Antilles, il souligne la concurrence féroce à laquelle sont confrontés les ports français vis-à-vis de ceux d'Amérique centrale "où la main-d’œuvre travaille 10 heures par jour pour 300 euros par mois".
"Pour que nos ports deviennent plus compétitifs, les armateurs vont faire miroiter l'installation de grands portiques. Ceci ne veut pas dire qu'il y aura de plus en plus de trafic en transbordement", explique-t-il.
Aux yeux de M. Soulet de Brugière, si la réforme des ports d'Outre-Mer va dans le sens de l'Histoire puisqu'elle vise à les rendre plus compétitifs dans le cadre de l'économie des îles, il estime qu'il ne faut pas "en attendre des miracles".Il se dit persuadé que l'amélioration de la connexion des ports avec leur hinterland est à prendre en considération.
Pour l'heure, selon l'Isemar, CMA CGM suit les développements de Pointe-à-Pitre et Fort-de-France de près en raison de "sa très forte implication dans les marchés régionaux". L'armement français opère en effet deux lignes avec les Antilles françaises. La première, exploitée avec six porte-conteneurs équipés de prises frigorifiques, relie Dunkerque, Le Havre, Montoir aux deux îles. La seconde (baptisée MedCarib) relie les ports de Méditerranée occidentale dont Fos à plusieurs ports régionaux via les deux territoires ultramarins. Deux lignes feeder reliant les Antilles aux États-Unis ainsi que des escales transitant par la zone (Brésil et Guyane) complètent la couverture de la région.

Vincent Calabrèse

Jeudi 24 Janvier 2013



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