L'exploitation des grands fonds, des risques élevés pour un gain incertain


L'exploitation, très coûteuse, des ressources naturelles des grands fonds marins pose la question de sa rentabilité et de son impact sur l'environnement, ont souligné à Brest les participants au Sea Tech Week, un salon international des sciences et technologies de la mer.


Sea Tech Week, un salon international des sciences et technologies de la mer © Sea Tech Week
Sea Tech Week, un salon international des sciences et technologies de la mer © Sea Tech Week
"Deux interrogations se dégagent, liées d'ailleurs, celle de l'environnement et celle de la pertinence économique" de l'exploitation des ressources minières des grands fonds, a résumé Éric Vandenbroucke, directeur du Technopole Brest-Iroise, organisateur du salon avec Brest métropole océane. "L'exploitation des ressources naturelles dans des milieux difficiles d'accès représente des investissements colossaux qui ne sont pas justifiés actuellement par un prix du pétrole très bas", a souligné l'infatigable explorateur Jean-Louis Étienne. "D'ici le tarissement des réserves terrestres, nous aurons trouvé d'autres moyens rentables de produire de l'énergie, comme l'hydrogène ou l'électricité", a-t-il ajouté, jugeant que "ce serait terrible" si on devait exploiter ces ressources naturelles en Arctique. Et "nous ne sommes pas à l'abri d'une perte de contrôle", a-t-il souligné, rappelant la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique. Outre les coûts inhérents à l'exploitation de ces ressources souvent à plus de 1.000 mètres de profondeur, il faut tenir compte de ceux liés à une remise en état des sites exploités. Ces "coûts peuvent être assez colossaux", a estimé Éric Vandenbroucke, tout en s'interrogeant sur la faisabilité de la remise en état d'habitats vieux de millions d'années. "Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce qu'on n'a pas finalement intérêt à se reposer la question de savoir si on a vraiment besoin d'aller chercher ces minéraux ou si on n'a pas intérêt au contraire à laisser l'écosystème en l'état et plutôt parier sur le service qu'il rend au quotidien ?", s'est-il interrogé. L'environnement des grands fonds est si contraignant - températures très basses, entre 0 et 4°, absence de lumière, forte pression... - que les scientifiques ont d'abord pensé qu'il n'y avait pas de vie et c'est seulement dans les années 80 qu'ils sont arrivés à la conclusion qu'ils étaient au moins aussi diversifiés, si ce n'est plus, que les espaces côtiers, explique Lénaick Menot, chercheur à l'Ifremer en écologie benthique (étude des organismes du fond des mers).
Les scientifiques font état désormais d'une grande diversité d'habitats, comme celui des sources hydrothermales, avec des fluides sortant à plus de 400°, ou celui des récifs coralliens pouvant abriter des centaines d'espèces. Fragiles et très lents à se régénérer, ils sont cependant prometteurs, explique le Pr Georges Barbier du Laboratoire universitaire de biodiversité et écologie microbienne. "Nous cherchons dans le milieu marin et en particulier dans le milieu marin profond la présence de champignons afin de voir si ces organismes produisent des molécules originales qui seraient les antibiotiques de demain", souligne-t-il, évoquant le problème grandissant de la résistance microbienne aux antibiotiques. Très impliqué dans la préservation des océans, le prince Albert II de Monaco a jugé nécessaire "d'imposer des normes et de négocier des accords protégeant les mers", plaidant pour une plus grande réglementation dans le cadre de l'Autorité internationale des fonds marins. Cette organisation indépendante, créée conformément à la convention des Nations unie, sur le droit de la mer, a jusqu'à présent attribué une vingtaine de permis d'exploration dans les eaux internationales à des pays tels que la Chine, le Japon, le Brésil, l'Allemagne, la Corée, le Royaume-Uni ou la France. "Cette exploitation doit se faire de manière extrêmement rigoureuse en prenant garde à ne pas répéter les erreurs du passé", a-t-il estimé, jugeant "impératif" de soutenir "sans faille" la recherche scientifique. À peine 10 % de la faune marine a été répertoriée, tandis que la superficie des grands fonds explorée de visu correspond à peine à la surface d'une ville comme Paris intra-muros, a-t-il rappelé. Le "risque est de perdre des espèces encore jamais vues", a mis en garde Mohamed Jebbar, chercheur au Laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes.

Sandra Ferrer

Vendredi 24 Octobre 2014



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