L'improbable pari pour relancer la vieille Mandchourie


Aux confins Nord de la Chine, une ville enserrée entre Russie et Corée du Nord concentre les espoir de Pékin de revitaliser un jour la Mandchourie, l'ancien bassin historique de l'industrie lourde du pays, aujourd'hui en désuétude.


Hunchun, un avant-poste frontalier dépourvu d'attraits particuliers, est ainsi promis à devenir un brillant centre d'échanges commerciaux pour l'Asie du Nord-Est, à coups de centaines de millions de yuans de Pékin pour faire de ce rêve une réalité. À moins de 70 km, en Corée du Nord, le port de Rason offre en effet un débouché maritime bien plus rapide vers le Japon que la plupart des ports chinois. Un projet ambitieux, mais aussi un pari hasardeux, qui repose sur la bonne volonté de la Russie et surtout de la Corée du Nord.
"Hunchun est la pointe avancée de l'offensive commerciale chinoise pour gagner des accès maritimes plus fiables", souligne Adam Cathcart, spécialiste des relations de la Chine avec la Corée du Nord à l'Université britannique de Leeds. "Plus généralement, la Chine veut voir ses régions frontalières plus prospères, plus ouvertes au commerce, moins récalcitrantes et plus aisément contrôlables", dit-il.
Hunchun n'a que 225.000 habitants mais a engrangé l'an dernier 100 milliards de yuans (14,7 milliards d' euros) d'investissements du gouvernement et du secteur privé, selon le ministère du Commerce. Pour 5,5 milliards d'euros, la ville sera reliée en octobre à la capitale régionale du Jilin, Changchun, par une autoroute de 360 km. Et un budget de 4,4 milliards d'euros a été adopté pour un site touristique tri-national, promettant aux visiteurs de jouer au golf le jour en Russie, de dîner ensuite en Chine, avant d'aller jouer au casino le soir... en Corée du Nord.
Reste que les deux voisins du Nord ne sont pas des partenaires commodes. Pyongyang gagne depuis toujours de précieuses devises avec ses fruits de mer. Mais Li Zhao, restaurateur chinois, est las de l'imprévisibilité des livraisons, dit-il, en montrant un aquarium rempli des fameux crabes dorés, spécialité du "pays du matin calme", vendu 250 yuans pièce. "On ne peut rien prévoir pour la livraison de ces crabes. Ou on en a trop, ou pas du tout durant des semaines. Ça ne vaut pas tous ces tracas", soupire-t-il.
Le Nord-Est chinois - l'ancienne Mandchourie - était le premier bassin industriel du pays avec Shanghai jusqu'aux années 90, quand l'introduction de l'"économie socialiste de marché" s'est traduite par des licenciements massifs dans les énormes entreprises d’État qui dominaient la région. L'an dernier, les trois provinces du Nord-Est - Heilongjiang, Jilin et Liaoning - sont arrivées bonnes dernières au classement des provinces chinoises pour leur PIB. Le président chinois, Xi Jinping, s'est rendu au Jilin récemment pour peser en faveur d'une restructuration économique et de la coopération internationale.

Deux ports modernisés à Rason

Mais "tous les gens instruits ou qualifiés sont déjà partis ailleurs. Si le gouvernement veut que ce grand projet de centre régional réussisse, il va bien falloir trouver du personnel qualifié", prévient Jin Huxin, un habitant qui n'y est retourné qu'à cause de sa mère malade. Les seuls étrangers visibles sont une poignée de Russes au principal centre commercial de Hunchun.
Le grand voisin du Nord se débat avec ses propres problèmes, après les sanctions liées à la crise ukrainienne et la chute des prix du pétrole. Au Centre commercial sino-russe, un parc industriel aux abords de Hunchun, l'immense restaurant chinois de 2.700 m2 annoncé en lettres cyrilliques a depuis longtemps fermé.
Rason et sa zone économique spéciale, avec deux ports modernisés par la Chine, reste le grand espoir de Pékin. Mais les visiteurs qui en reviennent décrivent une faible activité portuaire et commerciale. Deux entrepreneurs chinois racontent que la confiance a pris un rude coup avec l'exécution en 2013 par Pyongyang du "traître" Jang Song-Thaek. C'était l'homme du régime qui voulait développer les relations avec la Chine. Il a été officiellement accusé d'avoir "vendu les terrains de la zone économique et commerciale de Rason à un pays étranger pour cinquante ans".
Peter Wu a négocié pendant un an et investi 100.000 yuans pour une usine de pharmacopée traditionnelle en Corée du Nord, dit-il. "Faire du business en Corée du Nord, c'est complètement imprévisible, ils sont vraiment irresponsables", regrette-t-il. "Pendant des mois, ç'a été le silence. Et puis, d'un coup, vous croyez l'accord obtenu. Mais les règles ont changé entre temps. Et tout est à recommencer".

Benjamin Haas

Mercredi 19 Août 2015



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