L'océan Indien, nouveau terrain de jeu des sociétés de sécurité


De plus en plus de navires marchands ont une escorte privée armée à bord pour se protéger des actes de piraterie, mais ce choix parfois à la limite de la légalité fait craindre une prolifération des armes et des mercenaires en mer.


© EUNAVFOR
© EUNAVFOR

Alors que 369 attaques ont déjà été rapportées en 2011, un record, la présence de patrouilles militaires ne suffit pas à rassurer les armateurs, qui se tournent vers des sociétés privées de sécurité, par ailleurs l'une des grandes industries d'Afrique du Sud. "Ils nous réclament à cor et à cris, c'est une tendance massive. Actuellement, la demande dépasse l'offre", confie Graham Cormac, directeur de Specialist Maritime Services, une firme spécialisée sud-africaine, qui facture 5.000 dollars par jour le service d'une garde privée de quatre hommes armés.
"Le principal problème pour les gouvernements est la question de leur souveraineté et la législation sur les armes. Les décisions publiques ne suivent pas l'évolution de la menace", a-t-il expliqué lors d'une conférence sur la sécurité côtière dans la région au Cap. Les navires ayant des hommes armés à bord doivent obtenir une autorisation. Elle est délivrée dans un pays particulier et peut contrevenir à la législation ailleurs.

 
Des coûts d'assurance exorbitants

 
"C'est une source de contentieux", constate Joyce Marangu, chercheur auprès de l'Autorité maritime du Kenya, pays voisin de la Somalie d'où partent de nombreux pirates. Des Somaliens sont à l'origine de 208 raids cette année et ont commis 24 détournement de bateaux sur 36 dans le monde. Ils retiennent en otage environ 249 personnes et 13 bateaux. Cette situation entraîne des coûts d'assurance exorbitants pour les armateurs, sans parler des rançons à payer, et se traduit par le fait qu'aucun bateau de tourisme n'ait accosté cette année au port de Dar es Salam en Tanzanie.


«Les patrouilles militaires ne suffisent pas à rassurer les armateurs»


Le recours à la sécurité privée apporte "des solutions mais comporte aussi de sérieux défis", reprend M. Marangu, soulevant la question de la responsabilité légale et le risque d'une militarisation privée des mers. "Nous voyons augmenter le nombre de navires marchands avec des gardes armés à bord mais sans autorisation de l’État dont ils battent pavillon", dit-il. "Beaucoup de propriétaires de bateaux trouvent les procédures trop strictes et contournent cette obligation pour ne pas rater le débarquement au port suivant". De même, certains navires décident de ne pas faire état de leur garde privée à bord, de peur que les forces internationales en patrouille ne les considèrent comme déjà armés et ne se désintéressent de leur sort.
L'agence des Nations unies pour les questions maritimes, l'Organisation maritime internationale (OMI) ne recommande pas l'usage de gardes armés, mais force est de constater que cette solution a "une image positive" auprès de l'industrie, dit le capitaine Philip Holihead de l'OMI. "Ils ont un taux de réussite de 100 %, même si ça va baisser un jour ou l'autre", dit-il, car certains navires n'ont qu'un seul garde armé à bord.
Alors que plusieurs pays sont d'accord pour que les bateaux circulent armés - on estime ainsi que 20 % des navires ont des armes à feu à bord dans les mers à risque -, l'Afrique du Sud se montre sceptique. "Nous devons empêcher ces gens et en même temps, nous n'avons pas envie de voir les armes proliférer en Afrique car les problèmes vont empirer", indique le vice-amiral de la marine militaire sud-africaine, Johannes Mudimu.
De son côté, la Chambre internationale des armateurs estime que, si les escortes ne sont pas une solution à long terme, les États pour leur part n'en font pas assez. "Beaucoup de sociétés sont arrivées à la conclusion que les bateaux armés étaient une alternative nécessaire, s'ils ne veulent pas éviter complètement l'océan Indien, ce qui aurait un impact énorme et dommageable sur les échanges commerciaux mondiaux", indique son porte-parole, Simon Bennett. "Selon nous, il y a un besoin, mais en même temps un danger réel que cela conduise simplement à une escalade de la violence utilisée par les pirates et augmente le risque pour les équipages de se faire tuer", dit-il.

Des gardes sur les navires britanniques

La présence de gardes armés va être autorisée à bord des bateaux marchands naviguant sous pavillon britannique au large de la corne de l'Afrique pour qu'ils puissent se protéger des attaques de pirates, a annoncé dimanche le Premier ministre, David Cameron. "Il s'avère que les bateaux qui ont des gardes armés ne sont pas la cible d'attaques, ni de prises d'otages, ni de demandes de rançons", a assuré le chef du gouvernement. "Nous allons informer les bateaux naviguant sous pavillon britannique que, s'ils le souhaitent, ils peuvent avoir des gardes pour assurer leur sécurité, des gardes armés", a poursuivi M. Cameron, jugeant que c'était un "important pas en avant dans la lutte contre la piraterie". Cette autorisation, qui devrait prendre effet d'ici un mois, concernera les bateaux assurant le transport de marchandises ou de passagers et naviguant près de la corne de l'Afrique, dans le golfe d'Aden, au large des côtes somaliennes, dans la mer d'Arabie et dans l'océan Indien. Comme on lui faisait remarquer qu'une telle mesure donnerait le droit à des civils d'"ouvrir le feu pour tuer", M. Cameron a répondu qu'il "fallait faire des choix". "Le fait qu'une bande de pirates en Somalie parvienne à prendre en otages nos échanges commerciaux et le reste du monde est - je crois - une véritable insulte et le reste du monde doit donc s'unir (contre eux) avec beaucoup plus de vigueur", a-t-il souligné. Pour le chef du gouvernement britannique, cette mesure n'est qu'"une première étape". M. Cameron a indiqué notamment qu'il travaillait "avec d'autres pays pour s'assurer que les pirates soient bien traduits en justice".

Justine Gerardy

Lundi 31 Octobre 2011


Tags : piraterie



     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers








Accès rapide
























 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

© SMECI
L'Antenne est édité par Smeci (32, av. André Roussin, BP 36, 13321 Marseille Cedex 16)
RCS Marseille 447 889 395. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0313T79480
Dépôt légal : 10/04/2006
Gérant : Jacques Riccobono
Rédacteur en chef : Vincent Calabrèse