La CGT veut des investissements pour relancer les ports français


Le syndicat FNPD-CGT a publié un document d'analyses et de propositions pour relancer l'activité des ports français, après les réformes qu'il estime inefficaces. Sans surprise, la protection de l'emploi portuaire et la relance de l'investissement industriel en sont les grands principes.


Pour la FNPD-CGT, les réformes portuaires successives n'ont rien apporté © Franck André
Pour la FNPD-CGT, les réformes portuaires successives n'ont rien apporté © Franck André
Le premier syndicat de travailleurs portuaires s'est signalé à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle. La Fédération nationale des ports et docks CGT (FNPD-CGT) a voulu interpeller les candidats des différentes échéances électorales à l'aide d'un document intitulé "Relance des ports français, de la parole aux actes : «l’urgence»".
Le texte rappelle en préambule que le secteur portuaire français a fait l'objet de trois grandes réformes : la transformation du régime de travail des dockers (1992), le transfert au 1er janvier 2007 des ports d’intérêt national métropolitains aux collectivités locales (2004) et, en 2008, le recentrage des missions des ports, l'évolution de leur gouvernance et l'unification de la manutention portuaire.
Or, pour la FNPD-CGT, ces trois réformes n'ont apporté aucune amélioration à la compétitivité des ports français. Elle en veut pour preuve que leur trafic a reculé entre 2008 et 2015 : - 15,8 % pour les trois premiers ports, - 14,4 % pour les GPM et - 12,1 % pour les vingt premiers ports. Le syndicat admet un changement dans la répartition des tonnages par segment de trafic. Il relève que la part des vracs liquides est passée de 50 % en 1996 à 40 % aujourd’hui et les marchandises diverses de 25 à 38 %, grâce à une croissance de 75 % en vingt ans.
Mais il constate aussi que les trafics globaux n'ont progressé que de 15 % dans ce laps de temps, soit une croissance moyenne inférieure à 1 %, "une évolution insuffisante, bien en deçà des ports européens et de la production nationale".

Pour une stratégie nationale

La FNPD met en avant les bons résultats des sociétés de manutention mais regrette un manque d'investissement pour une activité portuaire qui générerait de près ou de loin 500.000 emplois, "soit un chiffre supérieur à celui de l’industrie automobile".
L'organisation a la même position vis-à-vis des Grands Ports maritimes : "La plupart des GPM affichent des taux de résultat net de près de 12 % du chiffre d’affaires, ce qui démontre que les emplois, la masse salariale ou plus globalement les effets de la Convention collective nationale unifiée ne constituent pas, en soi, un handicap économique". Pour le syndicat, leur faible endettement leur donne les moyens d'investir davantage, citant "les indicateurs de l'Agence de participations de l'État qui montrent que les activités de notre secteur ne pèsent que 0,4 % de l’endettement des entreprises ou activités détenues par l’État".
Il dénonce ainsi "le prisme gestionnaire" présidant dans les GPM : "Les ports n’ont pas vocation à générer du profit ; simplement à s'assurer que les ressources engendrées par les activités portuaires soient réallouées dans les besoins d'investissement nombreux de nos places portuaires".

"Que l’État actionnaire devienne stratège et promoteur de ses ports"


Pour la FNPD, le manque d'investissement se traduit par la "vétusté des infrastructures". Elle demande donc "une stratégie nationale" plutôt que "la superposition de stratégies locales" passant par la création d’un ministère dédié aux activités maritimes et portuaires et une limitation de prélèvements de dividendes des sociétés portuaires pour investir sur les quais.
Le syndicat rejette tout processus de privatisation lequel serait "préjudiciable à l'intérêt général" et critique le choix de l'État d'assujettir les ports à la taxe foncière.

Plus de poids pour les travailleurs

Au niveau local, la CGT propose une intégration des acteurs portuaires et industriels et des travailleurs dans la gouvernance portuaire pour donner plus de poids à cette dernière. Elle met en avant l'expérience et la position d'observateur de premier plan des organisations syndicales pour revendiquer des places dans les instances décisionnelles, dont les commissions des investissements.
Sur le plan social, la FNPD-CGT ne veut plus entendre parler de "coût du travail" de la manutention portuaire, qui "n’empêche pas les entreprises d’accroître leurs revenus et leurs marges". Il pose la question de la part du coût de la manutention française dans le coût complet d’une tonne d’acier produite ou d’un conteneur déplacé et fournit la réponse : moins de 1 % dans le premier cas et de 20 à 30 % dans le second. Elle souligne "la qualité de service des ports français" ainsi que la réalité de la pénibilité du travail (espérance de vie de sept ans inférieure à la population et septième activité la plus accidentogène).

Réserver le foncier aux activités logistiques

De manière très concrète, la branche portuaire de la CGT plaide pour la préservation des domaines publics maritimes et le maintien des réserves foncières devant "l’appétit des promoteurs" et leur logique "résidentielle et touristique" mais aussi face aux décisions de classement "hâtives et zélées en zone sensible ou protégée sous la pression de quelques lobbies, parfois actifs au sein des conseils de développement". Elle estime le maintien des activités industrielles et logistiques "central dans un contexte de fiabilité technique, de développement durable et d'une meilleure prise en compte des problématiques de transport".
La FNPD-CGT prône aussi le renforcement de la multimodalité des ports et la massification des pré et post-acheminements, "véritables capteurs de l’efficacité de nos dessertes", grâce à un renforcement des moyens routiers, ferroviaires et fluviaux, ainsi qu'un soutien du cabotage maritime "sous pavillon français premier registre". Elle attend de l’État "actionnaire" qu'il devienne "stratège et promoteur de ses ports", notamment par l'harmonisation des contrôles douaniers et phytosanitaires ainsi que des règles fiscales.
Le syndicat se positionne enfin pour un maintien des compétences et savoir-faire des travailleurs portuaires français (formation et qualification, rémunérations, amélioration des conditions de travail, pénibilité, etc.) et pour le développement du caractère industriel des ports français, notamment de la filière navale dans tous ses aspects : construction, déconstruction et réparation.

Franck André

Mercredi 19 Avril 2017



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