La LGV Tours-Bordeaux avance à grande vitesse


Près de 700 bulldozers, scrapers et autres lourds engins de chantier s'activent à la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse Tours-Bordeaux, le plus gros chantier d'Europe, pour permettre sa livraison dans les délais prévus, à l'été 2017.


© RFF L. Rothan
© RFF L. Rothan
"Actuellement, 2.800 personnes, plus 520 chez les sous-traitants, soit les deux tiers du pic qui sera atteint en 2013, travaillent sur le chantier", explique Xavier Neuschwander, directeur de projets chez le constructeur Cosea, à l'occasion d'une visite des travaux près de Poitiers. Sur ce total, 1.025 personnes (650 hors encadrement) ont été embauchées localement, dont environ 300 relevaient des critères d'insertion. 100 écologues ont été recrutés pour préserver les espèces menacées par le chantier. L'investissement total de 7,8 milliards d'euros, dont 6,8 milliards pour les seuls travaux, va mettre Bordeaux à 2 h 05 de Paris, soit un gain d'une heure sur le trajet actuel. Il permettra de continuer vers l'Espagne la ligne SEA (Sud-Europe-Atlantique).
Le chantier est original par son financement : c'est un partenariat public-privé (PPP), où des intérêts privés assurent la construction et la gestion future de la voie pour le compte de la collectivité. C'est même le plus gros contrat de ce type jamais signé en France. "La difficulté est d'avoir pris d'un seul tenant et en une seule fois les 302 km de voie nouvelle et les 38 km de raccordements au réseau obligatoires car aucune nouvelle gare ne sera construite sur la ligne", souligne Érik Leleu, directeur des ressources humaines de Cosea. Depuis le démarrage des travaux, au début de l'année, près de 3 millions de m3 de remblais ont déjà été installés sur les 30 millions de m3 du total - soit onze fois la pyramide de Kheops - et 79 ouvrages d'art sont en cours de construction sur plus de 700 au total dont 19 viaducs.
La tranchée de 1.700 m de Veigné en Indre-et-Loire, qui permettra le passage de la LGV sous l'autoroute A10, et le viaduc de la Dordogne (1.377 mètres), au nord de Bordeaux, seront les ouvrages les plus longs. Alors que la ligne traverse 113 communes, 6 départements et 3 régions, "il reste seulement 2 ou 3 communes où il faut finaliser les négociations sur le tracé", explique M. Neuschwander, soulignant qu'"il a fallu procéder seulement à 7 % d'expropriations sur la surface totale de l'emprise".

Interrogations pour l'avenir

Trois autres LGV sont en cours de construction en France, a rappelé Hervé Tricot, le président de Lisea, la société qui a obtenu la concession de l'exploitation de la ligne Tours-Bordeaux pour cinquante ans. Lisea est formé par le groupe de BTP et de concessions Vinci (qui en détient 33,4 %), la Caisse des dépôts (CDC), Meridian Infrastructures et des fonds gérés par Axa Private Equity. Les trois autres sont Le Mans-Rennes, Nîmes-Montpellier et la fin de la LGV-Est qui mettra Strasbourg à 1 h 50 de Paris en 2016, contre 2 h 20 actuellement. La récente décision de l'agglomération de Bayonne-Biarritz, faisant suite aux menaces d'autres collectivités locales, de suspendre sa participation, soit 26,1 millions d'euros, au financement de la LGV Tours-Bordeaux dans l'attente de "garanties" gouvernementales sur la poursuite de la liaison vers l'Espagne n'inquiète pas M. Tricot. "Cela ne changera rien pour nous Lisea" car si des collectivités locales se désengageaient "ce serait Réseau ferré de France (RFF) qui assumerait la différence" pour le financement. En ces périodes de restriction budgétaires, M. Tricot souligne que "des marges de manœuvre existent" car "les frais financiers ont été moindres que prévus" en raison de la baisse des taux d'intérêt. Mais pour la suite du programme des LGV, il faudra attendre les conclusions du rapport de la commission chargée de "revisiter" les objectifs du Schéma national des infrastructures de transports (Snit) et d'en "hiérarchiser les projets".

Le financement en chiffres

La future LGV Tours-Bordeaux représente un investissement total de 7,8 milliards d'euros, dont 6,8 milliards pour les travaux, ce qui en fait le plus important PPP (partenariat public-privé) jamais conclu en France. Le détail du financement est le suivant :
- 3,8 milliard d'euros apportés par le concessionnaire Lisea (33,4 % Vinci, 25,4 % Caisse des dépôts, 22 % Meridian Infrastructures, 19,2 % Axa Private Equity).
- 3 milliards d'euros de subventions publiques de l’État, des collectivités locales et de l'UE.
- 1 milliard d'euros de contributions de RFF.
Sur les 3,8 milliards de Lisea :
- 772 millions sont des apports des quatre actionnaires pour un montant préfinancé par les banques commerciales et la BEI.
- 1,672 milliards de dette bancaire (dont 1,060 milliard garantis par l’État).
- 757 millions d'euros apportés par le Fonds d'épargne géré par CDC, garantis par RFF.
- 400 millions d'euros de crédits de la BEI, garantis par l’État.
La BEI apporte un financement total de 1,2 milliard d'euros, le premier prêt de cette importance accordé par la BEI en France. La garantie de l’État français a été mise en place dans le cadre du Plan de relance en 2009 pour favoriser les grands projets prioritaires financés en PPP.

Christian Charcossey

Jeudi 11 Octobre 2012





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