La SNCM sort de la grève en mode sursis


Vouée au seul redressement judiciaire par le gouvernement, la SNCM s'est finalement ménagé un espoir de survie jusqu'à la fin de l'année au terme de trois jours d'intenses négociations entre syndicats et actionnaires, débouchant sur la reprise du trafic après dix-sept jours de grève.


© Paul Williams
© Paul Williams
À la SNCM, les deux premiers des huit navires immobilisés par la grève entamée le 24 juin ont repris la mer jeudi 10 juillet depuis Marseille, l'un pour Alger, l'autre pour Bastia. La totalité du service était rétabli vendredi 11 juillet. Il était temps pour la Corse, dont les acteurs économiques n'ont eu de cesse de dénoncer "la situation dramatique" dans laquelle les plaçait la grève, qui commençait à perturber l'approvisionnement de l'île. De colère, ils avaient mis à sac mercredi 9 juillet le siège de la SNCM à Bastia, avant d'être reçus jeudi 10 juillet par le Premier ministre, Manuel Valls, qui leur a promis l'étalement et la suppression de charges patronales. Il était temps, aussi et surtout, pour la SNCM. La haute saison touristique vient de débuter. La compagnie y réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires et ce conflit a grevé ses comptes, déjà lourdement déficitaires de plusieurs millions d'euros.

"Le redressement judiciaire est exclu jusqu'au 31 octobre"


Ce sont précisément les difficultés de trésorerie, combinées à l'inextricable problème de deux amendes de 220 millions d'euros infligées par Bruxelles pour aides publiques illégales, que le secrétaire d'État aux Transports, Frédéric Cuvillier, avait mis en avant le 5 juillet, dans un entretien au quotidien "La Provence", pour préconiser le redressement judiciaire de la compagnie, "seul moyen pour lui redonner un avenir". Une position immédiatement fustigée par les syndicats, annonciatrice selon eux du "démantèlement" de l'entreprise.
C'est sous ces auspices tendus que débutaient lundi 7 juillet à Marseille, en préfecture, les négociations avec le médiateur du gouvernement, Gilles Bélier, tout juste nommé par Frédéric Cuvillier. Salué comme "honnête et loyal" par le secrétaire CGT des marins, Frédéric Alpozzo, Gilles Bélier est finalement parvenu à déminer la situation, après trois jours de discussions serrées, émaillées d'interruptions de séances. Jeudi 10 juillet, un compromis était ainsi trouvé autour d'un texte excluant l'option redressement judiciaire jusqu'au 31 octobre, le temps de finaliser un nouveau plan pour sauver la compagnie, passant par la recherche de nouveaux actionnaires. Cette mission, à laquelle participera Gilles Bélier, comporte aussi "un travail sur les mesures sociales d'accompagnement". Autant dire qu'un plan social plus lourd que celui des 500 départs volontaires (sur 2.600 salariés) acté en janvier, semble en préparation.
"Ce cadre sécurisé est court, mais il permet d'étudier toutes les possibilités de restructuration en-dehors du redressement judiciaire", observait jeudi 10 juillet Pierre Maupoint de Vandeul, représentant CFE-CGC, au moment où les marins votaient la suspension du mouvement. Sauf que les salariés, satisfaits de ce cadre "sécurisé", ne se sentent guère soutenus par le gouvernement, actionnaire à 25 %, dans cette quête d'un plan de relance.
La position de l'État a de quoi interpeller : Manuel Valls a répété mercredi 9 juillet, alors que les négociations battaient leur plein, qu'il soutenait l'option redressement judiciaire. D'où l'exigence de la CGT, réitérée jeudi 10 juillet avant et après le vote de reprise, d'être reçue avec les autres organisations syndicales à Matignon "pour une clarification indispensable". Veolia, co-actionnaire de Transdev, elle-même actionnaire principal de la SNCM (60 %), n'a pas caché non plus sa position sur ce moratoire de quatre mois. "Cela fait perdre du temps, et surtout, cela gaspille de l'argent" qui "aurait pu être utilisé pour mieux indemniser les salariés qui devront partir à la fin", a déclaré jeudi 10 juillet son PDG, Antoine Frérot.
Autant dire que les salariés se sentent plus que jamais en sursis. Leur espoir repose désormais sur l'arrivée d'un repreneur sérieux, si possible un industriel du secteur. L'ancien président du port de Marseille, Christian Garin, associé au groupe norvégien Siem, présente ce profil. Il a de nouveau manifesté son intérêt, comme il l'avait fait en début d'année. Reste à lever avec les repreneurs éventuels les nombreuses hypothèques pesant sur l'avenir de la société, en particulier les amendes européennes et les garanties de passif. Il faudra bien ces quatre mois de négociations financières, capitalistiques et judiciaires pour y parvenir.

Renaud Lavergne

Mardi 15 Juillet 2014



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