La Tunisie malade de ses infrastructures


Le ministère français de l’Économie estime que la Tunisie est pénalisée par des infrastructures de transport vétustes, source de déséquilibre territoriaux et qui la relie mal à ses voisins. Pourtant, quelques grands projets sont identifiés de longue date.


© Port d'Enfidha
© Port d'Enfidha
Dans une note datant de novembre 2015, le ministère français de l’Économie pointe les défaillances du réseau de transport tunisien pourtant si important pour le développement du pays. Ce document déplore "des infrastructures insuffisantes et obsolètes, une capacité d'absorption des financement insuffisante et une gouvernance déficiente". Ce malgré la présence de longue date de projets, comme la mise en place d'un réseau ferré rapide, le développement d'une autoroute transmaghrébine, l'extension de l'aéroport de Tunis-Carthage et la construction du port en eaux profondes d'Enfidha.

Des infrastructures insuffisantes et obsolètes

Pour souligner l'importance du secteur, la note précise qu'il a compté pour 7,3 % du PIB en 2013.
Pour ses auteurs, la dégradation est récente et le début du décrochage date de huit ans : "Entre 2007 et 2014, le score de la Tunisie pour l’indice de performance logistique de la Banque mondiale est tombé de 2,8 à 2,6, et le pays a chuté de la 60e à la 118e place".
La note souligne la prépondérance en Tunisie du mode routier dans le transport de marchandises, avec une part de 85 %, comme de voyageurs (95 %). Le pays compte un réseau de 22.000 km de routes, "dont près de 75 % sont bitumées, proche du niveau moyen de l’OCDE". Parmi celles-ci, quelque 400 km d'autoroutes partant de la capitale.

"Le projet de port à Enfidha en est resté au stade des études"


La Tunisie compte compte huit ports maritimes commerciaux : Bizerte, La Goulette, Radès, Sousse, Sfax, Gabès, Zarzis et le port pétrolier de La Skhira. Côté rail, elle cumule 2.000 km de voies ferrées en exploitation, dont 34 % sont consacrées exclusivement au fret.
Quant au transport aérien, il contribue à 3,8 % du PIB et emploie directement 14.000 personnes.
En 2014, les neuf aéroports internationaux du pays ont accueilli plus de 11 millions de passagers (+ 4 % sur un an), dont 95 % sur les quatre premières plateformes : Tunis-Carthage, Enfidha, Djerba et Monastir. L’activité a stagné depuis 2007.
La note souligne les "déséquilibres croissants" dont souffre le réseau de transport tunisien, particulièrement entre les zones littorales et l'intérieur du pays. Elle estime aussi que le pays est mal relié à ses voisins. "La construction de liaisons routières et ferroviaires avec l’Algérie et la Libye a été retardée, pénalisant les échanges commerciaux entre pays du Maghreb".
En outre, "certaines infrastructures, notamment dans les secteurs maritime et ferroviaire, présentent des problèmes d’efficience et de capacité et demandent à être modernisées d’urgence en raison de la vétusté de l’équipement", insiste le document.
Les "infrastructures physiques" ne sont pas les seules touchées : "d’autres maillons posent problème – en particulier l’insuffisance de services de transport adaptés et l’existence de goulots d’étranglement dans les chaînes logistiques".

Cinq grands projets au point mort

La note rappelle que près de 70 % du transport en Tunisie relève de la compétence du secteur public. "Depuis la Révolution, les gouvernements tunisiens successifs ont axé leur politique sur l’amélioration des infrastructures de transport interrégional, l’accroissement de la performance logistique (idée de mise en place d’un hub régional entre l’Afrique et l’Europe) et le renforcement multimodal et la coordination nationale", mais les cinq principaux projets structurels actuels étaient déjà identifiés avant 2011.
Le réseau ferré rapide (2 milliards d'euros) consiste en la construction de cinq lignes sur 86 km pour une capacité de 600.000 passagers par jour. L'autoroute transmaghrébine (1 milliard pour la partie tunisienne), d’une longueur de 7.500 km, doit relier les principales grandes villes des cinq pays du Maghreb, de Rosso (près de Nouakchott) à Amsaad (près de Tobrouk). Elle desservirait à terme une cinquante de villes, cumulant près de 50 millions d’habitants. La construction en cours du tronçon Sfax-Gabès est évaluée à 470 millions d'euros (sur financement BEI et BAD) ; la réalisation du tronçon Bousalem-Algérie est estimée à 550 millions d'euros ; un projet d'autoroute Tunis-Kairouan-Sidi Bouzid-Kasserine-Gafsa est en réflexion.
L'aménagement de l’aéroport de Tunis-Carthage doit porter sa capacité de 5 à 10 millions de passagers en deux étapes : l'extension du terminal actuel et la construction d’un nouveau. La création d’un nouvel aéroport pour la capitale est aussi en projet. Il pourrait se situer sur la route de Bizerte. Les négociations avec l’Union européenne sur l’Open Sky, décidées dès 2013, sont toujours en cours. L’objectif de l’Aviation civile tunisienne est d’obtenir de l’UE le financement de la "remise à niveau" du transport aérien national en échange de l’ouverture de son marché, qui multiplierait les liaisons avec l'Europe.
Quant au projet de port en eaux profondes à Enfidha, censé créer un hub de transbordement régional pour les conteneurs s'appuyant sur une zone industrielle et inclure un terminal de croisière pour desservir les nouveaux centres touristiques, il en est resté au stade des études techniques et financières. "Aucun calendrier n’a été défini à ce jour", indique le document, malgré sa confirmation en 2013 par le gouvernement.
Enfin, des travaux sont prévus dans les deux ports de la capitale. D'une part, l'aménagement de surface de 50 hectares attenante au port de Radès pour y réaliser une zone d’activité́ logistique (100 millions d'euros) et, d'autre part, la création d’un terminal à conteneurs à Radès (extension du quai 7 et optimisation des quais 8 et 9) pour 30 millions d'euros, sous forme de PPP.
La note précise que l'expert français de la DAEI placé de 2012 à 2014 auprès du ministre tunisien des Transports (sur financement européen), pour définir les priorités de développement, a été retenu en juin 2015, "comme expert résident dans le cadre d’un jumelage européen dédié à la modernisation institutionnelle des ports".

Franck André

Lundi 25 Avril 2016



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