La baisse des matières premières secoue certains mais profitera à beaucoup


Si la baisse des prix des matières premières, pétrole ou minerais, a secoué les marchés et plusieurs pays producteurs, c'est plutôt une bonne nouvelle pour la plupart des pays du monde.


Glencore a annoncé lundi 7 septembre des mesures drastiques © Glencore
Glencore a annoncé lundi 7 septembre des mesures drastiques © Glencore
Le ralentissement chinois a été le détonateur de cette baisse des prix généralisée des matières premières. L'empire du Milieu, qui tracte la croissance mondiale, dévore dans ses usines de 40 à 50 % des matières premières utilisées dans le monde, selon une étude de Standard and Poor's. Alors forcément, quand la Chine change de braquet, les prix mondiaux toussent. "L'inquiétude pour la croissance chinoise a provoqué des répliques qui ont secoué les prix des matières premières", selon S&P.

Prix du baril divisé par deux

Ainsi, le prix du baril a été divisé par presque deux sur un an. Le minerai de fer a suivi le même chemin. Du cuivre au soja en passant par le sucre, les prix ont baissé de 20 à 40 %. Brésil, Algérie, Canada, Norvège, Russie, Nigeria, Venezuela... La liste des producteurs qui souffrent est longue, affectant les budgets, les projets d'infrastructures, le PIB, les taux de change.
"La chute des prix a été particulièrement impressionnante parce qu'elle a touché aussi le pétrole", estime Julian Jessop, chef économiste pour Capital Economics, basé à Londres. Car si les prix de la plupart des matières premières ont commencé à refluer en 2011 dans la foulée du ralentissement chinois, les prix du pétrole s'étaient eux maintenus en raison des craintes de perturbations d'approvisionnement consécutives aux Printemps arabes, explique Julian Jessop. "Une fois qu'il est apparu que les Printemps arabes n'allaient menacer l'offre, que ces craintes ont laissé place à la réalité de la surabondance de l'offre en raison de la révolution du schiste aux États-Unis, et que l'Opep a décidé de maintenir sa production élevée alors que tout le monde pensait qu'elle allait la baisser, le pétrole a sombré", relève-t-il. D'autant que l'Irak a accru sa production et que le brut iranien va aussi se déverser sur les marchés après l'accord international sur le nucléaire.
Ces baisses font le malheur des uns et le bonheur des autres. Si elles profitent aux consommateurs à plus ou moins long terme, l'effet pour les producteurs "est plus direct et concentré", explique Julian Jessop. "La baisse des prix du pétrole va continuer à peser sur les perspectives des exportateurs de pétrole", notait la semaine derrière le Fonds monétaire international (FMI).

"La Chine dévore 40 à 50 % des matières premières utilisées dans le monde"


Côté entreprises, les pétroliers ont subi la baisse des cours, de même que les groupes miniers. Le groupe minier Glencore a annoncé lundi 7 septembre des mesures drastiques (réduction de la dette, suspension de certaines production de cuivre) pour faire face aux conséquences de la baisse.
Mais au final l'impact pour l'économie mondiale devrait être positif, selon les analystes vu que les producteurs ont tendance à plus épargner que les consommateurs, et donc à moins alimenter la croissance. "Schématiquement, cela représente un glissement vers plus de pouvoir d'achat vers les consommateurs de matières premières", explique Jan Randolph, directeur du risque souverain au cabinet IHS. "Les grands bénéficiaires sont les pays occidentaux et les marchés émergents qui s'industrialisent grâce au pétrole bon marché, aux matières premières et aux avantages croissants pour les ménages", selon Jan Randolph, qui estime que rien que pour le pétrole, la baisse a signifié un transfert de pouvoir d'achat des producteurs vers les consommateurs compris entre 900 et 1.400 milliards de dollars.
L'Inde, grand pays émergents importateur de pétrole, bénéficie aussi à plein de la baisse. Quant à savoir où vont aller les prix, "il faut savoir où va la Chine", résume Jan Randolph, qui estime que la situation mettra des années à se normaliser. Mais sur le fond "il y a quelque chose qui cloche. Soit le monde va tout droit vers une récession mondiale, soit, plus probablement, les gens sont beaucoup trop pessimistes au sujet de la demande de matières premières", selon Julian Jessop.

David Williams

Mardi 8 Septembre 2015



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