La mer du Nord, où Total se renforce, n'a pas dit son dernier mot


Avec l'acquisition du danois Maersk Oil, Total va se renforcer en mer du Nord, un bassin mature qui s'est transformé avec un certain succès ces dernières années pour assurer sa survie malgré la faiblesse des cours du pétrole.


L'activité de Maersk Oil se concentre à 80 % en mer du Nord © Maersk
L'activité de Maersk Oil se concentre à 80 % en mer du Nord © Maersk
Le groupe français Total a annoncé cette semaine qu'il allait débourser 7,45 milliards de dollars pour acheter la société d'exploration-production pétrolière Maersk Oil, dont l'activité se concentre à 80 % en mer du Nord. Total, déjà bien implanté dans cette zone, va y devenir le deuxième plus important opérateur derrière le norvégien Statoil, avec une forte présence au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark.
Il y a encore peu, la mer du Nord n'avait pourtant pas bonne presse : les coûts d'exploitation y sont réputés élevés, certains champs sont sur le déclin, les installations sont vieillissantes et leur démantèlement futur promet de coûter des fortunes. Et la chute durable des cours du baril du pétrole depuis trois ans a été un choc brutal, particulièrement pour les sociétés de services pétroliers, et s'est traduite par une série de restructurations et suppressions d'emplois.
La société britannique Wood Group a par exemple expliqué cette semaine avoir réduit son nombre d'employés de 34 % depuis le début 2015, même s'il recommence à progresser modestement depuis le début de l'année. Beaucoup d'actifs ont également changé de mains récemment, les majors s'étant engagées dans des programmes d'économies et de cessions tandis que de plus petits acteurs sont prêts à faire tourner les plateformes à moindre coût. Opération la plus symbolique de cette tendance : Royal Dutch Shell avait annoncé fin janvier la vente à la société Chrysaor de plus de la moitié de sa production en mer du Nord pour 3,8 milliards de dollars.

"Depuis les années 60, plus de 4.000 puits ont été forés"


Pourquoi investir ? "La mer du Nord a entrepris une révolution ces derniers temps avec des coûts opérationnels qui ont chuté à des niveaux économiques compétitifs", répond la présidente de Chrysaor, Linda Cook, une ancienne dirigeante... de Shell. Sous la pression, la région en effet est parvenue à s'adapter tant bien que mal. "Même si ça reste fragile, il y a un nouveau niveau de confiance dans la mer du Nord", estime Paul de Leeuw, directeur de l'Institut du pétrole et du gaz de l'Université Robert Gordon d'Aberdeen. "Elle a toujours été une zone à coûts élevés mais, avec la faiblesse des cours du pétrole, le bassin a subi une transformation très significative. Les coûts ont presque été divisés par deux maintenant, l'efficacité dans l'exploitation des plateformes progresse et la production est également en hausse", explique-t-il.
Et si les premiers champs ont été découverts il y a une cinquantaine d'années et arrivent en bout de course, de gros projets sont encore en train de voir le jour. "Plusieurs méga-champs ont été découverts, avec plus de pétrole que de gaz, et les coûts ont été considérablement réduits", souligne Petter Osmundsen, professeur d'économie du pétrole à l'université de Stavanger.

"Une zone qui reste prolifique"

Parmi les plus gros projets figure par exemple le gisement Johan Sverdrup au large de la Norvège, qui devrait entrer en exploitation fin 2019, avec des réserves estimées entre 2 et 3 milliards de barils. En rachetant Maersk, Total s'offre ses 8,4 % dans ce projet jugé très prometteur. "La mer du Nord est une zone qui reste prolifique, où il y a eu de grosses découvertes", a souligné cette semaine Patrick Pouyanné, PDG du groupe Total.
Depuis les années 60, plus de 4.000 puits ont été forés et plus de 45 milliards de barils équivalent pétrole (bep) ont été produits en mer du Nord. Selon les sources, il resterait entre 20 et 30 milliards de bep de ressources à exploiter, de quoi assurer quelques dizaines d'années d'activité et des revenus confortables si les cours se maintiennent à 50 dollars le baril. Et Shell ou BP ont beau ajuster leur présence, elles ne sont pas encore près de partir.
"On peut probablement s'attendre à d'autres opérations de fusion-acquisition. On va voir les majors continuer à rationaliser leur portefeuille en cherchant des opportunités à coûts plus bas à travers le monde", estime Malcolm Dickson, du cabinet Wood Mackenzie. "Mais ça ne veut pas dire que les majors vont partir, parce qu'il reste plein d'actifs de haute qualité en mer du Nord", conclut-il.

Julien Mivielle

Vendredi 25 Août 2017



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