La piraterie somalienne de nouveau sur les radars


Le détournement du tanker "Aris 13" et de son équipage sri-lankais lundi 13 mars par des pirates somaliens, première attaque du genre depuis 2012, n'est pas une surprise pour John Steed, responsable de l'Afrique de l'Est pour l'organisation de lutte contre la piraterie Oceans Beyond Piracy (OBP).


Car si la présence d'une armada internationale et les mesures mises en œuvre par les armateurs avaient quasiment réduit à néant la piraterie somalienne, l'extrême pauvreté qui l'alimentait n'a jamais disparu et ses victimes potentielles ont baissé la garde. "La question n'était pas de savoir si une nouvelle attaque allait avoir lieu, mais quand", explique-t-il.

Le problème de la piraterie somalienne n'avait-il pas été résolu ?

La communauté internationale a tenté de résoudre le problème de la sécurité en mer, avec le renforcement de la présence des forces navales et la mise en œuvre par les armateurs de "bonnes pratiques" qui requièrent de signaler son entrée et sa sortie de la zone à risque, de naviguer à vitesse maximale et le plus loin possible de la côte, ou encore de voyager avec une escorte armée.
Des centaines de pirates ont été arrêtés, les autres ont été découragés, et on n'a plus connu de détournement de navire commercial pendant cinq ans.
Mais les problèmes qui n'ont pas été résolus, ce sont ceux qui sont à l'origine de la piraterie, à savoir la pauvreté et le manque de travail pour les pêcheurs somaliens, d'autant que la Somalie fait face à une sécheresse importante, donc il n'y a pas d'eau, pas de nourriture.
De nombreux navires étrangers, principalement d'Asie du Sud-Est, viennent par ailleurs pêcher illégalement dans les eaux somaliennes, et n'hésitent pas à attaquer les navires de pêches locaux. Les pêcheurs somaliens estiment dès lors que ces navires étrangers viennent piller une des seules ressources à leur disposition et sont donc très frustrés.
Les gens sont désespérés. Il y a donc un amas de tensions sur la côte. Les pirates n'avaient pas disparu, certains s'étaient rangés, et certains faisaient d'autres choses, comme la contrebande d'armes. Mais lorsque l'opportunité s'est présentée de prendre un navire, ils l'ont saisie.

"Les pirates n'avaient pas disparu, certains s'étaient rangés"


Les armateurs ont-ils fait preuve de relâchement ?

L'industrie a baissé sa garde après cinq ans. C'est humain, et les armateurs diront parfois à leurs capitaines de naviguer moins vite ou de prendre un raccourci qui va le rapprocher des côtes, car ça permet d'économiser du carburant et de l'argent. Parfois, c'est l'équipage lui-même qui insiste auprès du capitaine pour se rapprocher des côtes afin d'avoir du réseau téléphonique et communiquer avec leur famille.
De la même manière, les forces navales et militaires sont appelées à d'autres endroits, comme la Méditerranée avec la crise des migrants. Après cinq ans sans la moindre attaque réussie, les ressources à la disposition des forces internationales de lutte contre la piraterie sont moins importantes qu'au plus fort de la crise de la piraterie.
Quant à l'"Aris 13", il s'est lui-même rendu vulnérable. Il avait pris un raccourci qui l'a rapproché des côtes, il naviguait lentement, le pont principal était très proche de l'eau, ce qui rendait son accès facile, d'autant qu'il n'y avait à bord aucune escorte armée. Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'un incident se produise.

D'autres attaques sont-elles à craindre ?

Il est possible qu'il y ait des attaques similaires, qui s'inspirent de celle-ci. Car si elle est couronnée de succès, avec par exemple une rançon payée et les pirates qui s'en sortent, d'autres pirates pourraient être tentés.
Il est donc très important que, d'un côté, l'industrie maritime continue ou se remette à observer les bonnes pratiques et que, de l'autre, des solutions soient trouvées aux problèmes des pêcheurs somaliens tentés par la piraterie. Il faut leur proposer une alternative.

Les autorités menacent les pirates d'un assaut

Les garde-côtes de la région du Puntland, dans le Nord de la Somalie, ont menacé les pirates ayant détourné l'"Aris 13" de lancer un assaut s'ils refusaient de libérer le navire et son équipage sri-lankais, a annoncé jeudi 16 mars la police de cette région semi-autonome. "Des discussions en vue de négocier la libération du navire sans conditions ont débuté et, si ces efforts échouent, il est possible que les forces (du Puntland, NDLR) lancent un assaut", a indiqué Mohamed Deeq, un membre des garde-côtes du Puntland. Mohamed Deeq a suggéré qu'il ne s'agissait toutefois pas d'une négociation officielle ou d'un véritable échange entre les garde-côtes et les pirates, mais plutôt de "contacts" lors desquels ils ont intimé aux pirates de libérer l'avitailleur battant pavillon des Comores. "Je ne suis pas sûr qu'ils (les pirates) aient réclamé de l'argent jusqu'à présent", a ajouté Mohamed Deeq, alors que la force navale européenne de lutte contre la piraterie avait indiqué mardi 14 mars avoir discuté avec le capitaine du tanker, qui leur avait dit que les pirates réclamaient une rançon. L'"Aris 13" transportait du pétrole et du gaz de Djibouti à Mogadiscio lorsqu'il a été attaqué par des hommes armés à bord de deux skiffs, des embarcations rapides utilisées par les pirates. Selon John Steed, le navire n'a pas respecté les "bonnes pratiques" mises en place par les armateurs : il naviguait trop près des côtes, à une vitesse trop lente et sans escorte armée. Les pirates "sont des pêcheurs exaspérés par la pêche illégale au large de leurs côtes" par des navires étrangers, a pour sa part expliqué Abdiwahab Ahmed, un aîné de la localité d'Alula. Le tanker se trouvait au large d'Alula mardi avant d'être déplacé vers Habo, à quelques kilomètres au sud-ouest. "Ils avaient besoin d'exprimer leurs frustrations et c'est pour cela qu'ils ont pris le navire", a-t-il ajouté.

Nicolas Delaunay

Jeudi 16 Mars 2017



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