La réindustrialisation de la France passera par ses ports


Listant les atouts et handicaps des ports français, Bernard Mazuel, le délégué général de l’Union des ports de France, souligne "le climat social erratique et la concurrence forte au nord comme au sud de l’Europe". Il s’inquiète du modèle économique portuaire national en jugeant que "la baisse des vracs énergétiques impose une diversification des trafics".


Bernard Mazuel, délégué général de l’Union des ports de France, Christine Cabau-Woehrel, présidente du directoire du GPM de Marseille-Fos, et Francis Vallat, président du réseau européen des clusters maritimes © Érick Demangeon
Bernard Mazuel, délégué général de l’Union des ports de France, Christine Cabau-Woehrel, présidente du directoire du GPM de Marseille-Fos, et Francis Vallat, président du réseau européen des clusters maritimes © Érick Demangeon
Sensibiliser les élus, la classe politique ainsi que les grands groupes industriels et de services aux enjeux maritimo-portuaires est un travail de longue haleine. "Think tank" rassemblant ces profils, le Cercle Colbert a organisé le 22 septembre à Paris un débat consacré aux ports français face à la maritimisation du monde avec Christine Cabau-Woehrel, Francis Vallat et Bernard Mazuel.
Un des grands témoins du débat, Francis Vallat, président du réseau européen des clusters maritimes, a planté le décor : "Toutes activités confondues, le secteur maritimo-portuaire est à l’origine d’un chiffre d’affaires de 1.500 milliards d’euros par an, soit la deuxième filière économique mondiale après l’agroalimentaire". Et d’ici 2020, les prévisions anticipent "un chiffre d’affaires de 2.500 milliards d’euros et de 3.000 milliards en 2030". La moitié de cette croissance serait générée par des activités traditionnelles, l’autre par de nouvelles activités telles que les énergies maritimes renouvelables, les biotechnologies marines ou la recherche sous-marine. "Appelée à doubler en taille ces dix prochaines années, la filière maritimo-portuaire française est en croissance et compte des leaders mondiaux dans une dizaine de spécialités. Elle emploie en direct 300.000 personnes pour un chiffre d’affaires de 70 milliards d’euros". Avec 55.000 navires, la flotte de commerce mondiale a progressé de 40 % en dix ans et de 70 % en capacité de charge. Dans le même temps, le coût de transport maritime a sensiblement diminué, rappelle Francis Vallat passant le relais à Christine Cabau-Woehrel.

Gateway sud-européen

Sur le seul segment des conteneurs, "les 124 premiers ports mondiaux ont traité 576 millions d'EVP en 2015. Ce volume est en hausse de 1,6 % contre une augmentation à deux chiffres il y a cinq ans", précise la présidente du directoire du Grand Port maritime de Marseille. "La croissance du secteur a profité aux ports asiatiques qui s’accaparent aujourd’hui les dix premières places mondiales". Toutes marchandises confondues, Ningbo-Zhoushan déclare ainsi 900 millions de tonnes et Shanghai plus de 36 M EVP. "Avec 82 Mt l’an passé, Marseille-Fos se classe au 52e rang mondial et a traité 1,2 M EVP, soit dix fois moins que Rotterdam". Cet écart n’effraie pas la présidente : "Les perspectives sont favorables et nous avons une carte à jouer sur les dix prochaines années. En 2015, les vingt premiers ports conteneurisés européens ont traité 77 M EVP, un trafic en baisse par rapport à 2014. Ce repli est dû pour l’essentiel au range Nord alors que les ports du bassin méditerranéen ont progressé et gagné des parts de marché".

"Un contexte favorable aux ports sud-européens, à Marseille-Fos en particulier"


Sur les 77 M EVP recensés l’an passé, 40 % transitent par Rotterdam, Anvers et Hambourg, et 60 % par le range nord-européen. "Dans un environnement très dense, cette forte concentration est source de difficultés croissantes en termes de pré et post-acheminements terrestres. L’enjeu est de proposer des alternatives aux supply chain dans le Sud de l’Europe au moyen de corridors massifiés multimodaux et de coopérations interportuaires" citant le cas du projet Fresh Food Corridor.

Capacités d’accueil industrielles

Aujourd’hui, le port de Marseille-Fos est à l’origine de 43.500 emplois directs et indirects. "Avec la prise en compte des enjeux environnementaux, notre stratégie vise à étendre notre hinterland, à renforcer notre performance dans le traitement des flux à quai et terrestres, et à développer notre tissu industriel". Œuvrant à la diversification des trafics pour pallier la baisse des vracs énergétiques, "l’un de nos atouts est, avec nos qualités nautiques, nos réserves foncières capables d’accueillir une grande variété d’activités logistiques et industrielles qui privilégient de plus en plus l’accessibilité maritime".
Le domaine portuaire de Fos s’étend sur 10.000 hectares, soit la superficie de Paris intra-muros ! À l’intérieur, le GPMM développe avec le concours de collectivités et d’industriels le projet Piicto sur 1.200 hectares dédiés aux activités industrielles et à l’économie circulaire. "600 hectares sont déjà occupés et 3.000 personnes y travaillent. La réindustrialisation de la France passera par les ports et ce type de projets durables". Dans le projet stratégique 2014-2018 du GPMM, 63 et 65 millions d’euros sont consacrés au développement des zones industrielles et à l’amélioration des dessertes terrestres. Sur un budget total d’investissement de 360 millions d’euros, cet effort doit s’accompagner "de simplifications pour faciliter l’implantation des logisticiens et des industriels dans nos ports", insiste Christine Cabau-Woehrel.

Érick Demangeon

Mardi 27 Septembre 2016



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