Le "Concordia" se dresse à nouveau devant le Giglio


Après une rotation aussi spectaculaire que réussie, la masse imposante du "Costa Concordia" dominait de nouveau mardi 17 septembre le minuscule port du Giglio où il stationnera encore des mois, le temps de préparer son renflouement.


© Micoperi
© Micoperi
Depuis la rive, l'immense silhouette de l'ex-palace flottant, un peu écrasé sur lui-même depuis son naufrage le 13 janvier 2012 lors d'une manœuvre hasardeuse d'approche de la côte, se détache très nettement à l'horizon, droite comme un I. Le flanc droit, resté immergé dans l'eau salée pendant vingt mois, est tout rouillé, l'autre d'un blanc éclatant. Le navire se trouve "aux deux tiers sous l'eau et un tiers en surface", a indiqué l'ingénieur Franco Porcellacchia, responsable du projet pour Carnival, maison mère américaine de Costa. Selon lui, l'étape "la plus délicate" est à présent franchie.

Une équipe internationale de 500 personnes

De la protection civile chargée du projet pour le gouvernement jusqu'au consortium américano-italien Titan-Micoperi en passant par l'Observatoire de l'environnement, tout le monde s'est félicité de la collaboration fructueuse entre privé et public au sein d'une équipe de 500 personnes de 26 nationalités différentes. La rotation du mastodonte de 114.000 tonnes, échoué à quelques mètres du Giglio, une première mondiale, entamée vers 7 heures lundi 16 septembre, a duré en tout une vingtaine d'heures.
Prochaines étapes : tout d'abord la recherche des corps de deux disparus, une passagère italienne et un serveur indien, qui débutera "au plus tard dans les prochains jours" une fois vérifiées les conditions d'accès au navire, a précisé le chef de la protection civile, Franco Gabrielli. "Les couloirs qui étaient devenus des puits" quand le navire avait basculé à 65 degrés, vont redevenir pour certains accessibles, a-t-il noté. Ensuite, démarreront la réparation du flanc droit, le positionnement d'une dizaine de caissons puis les préparatifs pour le renflouement. Un processus qui prendra des semaines, voire des mois, jusqu'à son remorquage vers un port où il sera démantelé, pas avant le "premier semestre de l'an prochain", selon Franco Gabrielli. Piombino (le plus proche), Naples ou Palerme, les médias italiens se perdent déjà en querelles de clocher sur la destination.

"Pas de remorquage avant des semaines, voire des mois"


En attendant, "pour supporter l'hiver dans sa position actuelle", le navire qui repose par 30 mètres de fond sur un lit de ciment et des plates-formes spécialement créées verra sa coque renforcée et amarrée à des câbles et tirants d'acier. Autre tâche qui attend les opérateurs de Titan-Micoperi, récupérer le contenu des coffres-forts dans les cabines des 4.000 occupants du paquebot. Selon Franco Porcellacchia, c'est une "clause" du contrat signé avec Costa-Carnival qui a pris en charge la totalité des opérations pour un coût dépassant déjà les 600 millions d'euros. Tout cela en continuant d'éviter toute pollution du Giglio, réserve marine à la flore et faune exceptionnelles. Selon Franco Gabrielli, les analyses de l'eau sont constantes et "jusqu'à l'ADN des oursins de mer est examiné pour voir s'ils n'auraient pas subi des mutations".
Le redressement a été déclaré terminé à 4 heures du matin, salué par les sirènes de bateau. Héros de la nuit, Nick Sloane, un Sud-Africain spécialiste en renflouements, dirigeait les opérations avec onze autres experts (informaticien, ingénieurs et spécialistes de robots sous-marins commandés à distance) depuis une plate-forme flottante. "Je suis soulagé", a confié le "senior salvage master". Pour lui, si le "Concordia" a supporté la phase de redressement, "il est suffisamment fort pour reflotter".

"L'Italie joue sa réputation"

Vingt mois après le drame du "Concordia", la prouesse technologique spectaculaire et inédite que constitue le redressement de l'épave est une chance pour l'Italie de "sauver sa réputation" aux yeux du monde, estiment les experts. "L'Italie joue sa réputation avec le Concordia", titrait en une lundi le "Fatto quotidiano" (gauche). "Sur ce morceau de rocher, au milieu de la mer Tyrrhénienne se joue ce qui reste de la réputation et de la crédibilité" du pays, estime son éditorialiste Enrico Fierro. Chacun a encore en mémoire la tragi-comédie du 13 janvier 2012 qui a coûté la vie à 32 personnes : la révérence ratée ("inchino") du paquebot venu parader toutes lumières allumées trop près de la côte, les photos du capitaine Francesco Schettino, bronzé et cheveux gominés, sirotant du champagne avec des passagers, et surtout son échange avec un garde-côte qui lui intime l'ordre de remonter à bord du navire, abandonné par le commandant alors que les secours se poursuivent... "Le naufrage du Giglio a été un monument à la stupidité humaine. Peut-être qu'aujourd'hui peut commencer une histoire nouvelle et différente", veut croire Marco Imarisio du "Corriere della Sera". Pour lui, l'énorme opération de redressement du Concordia, d'une ampleur et d'une complexité inédites, qui se déroule sous les yeux de plus de 400 journalistes du monde entier, constitue une forme de "rachat" possible. Le chantier, autour duquel se sont affairés pendant vingt mois les meilleurs experts internationaux, peut, à ses yeux, changer "l'image de l'Italie". Même écho de Tito Boeri, un économiste qui signe un éditorial dans "Repubblica" sur "la métaphore du naufrage". Certes, il juge que l'affaire du "Concordia" a été "surutilisée, surtout par la presse étrangère, comme métaphore du déclin de notre pays". "C'est une comparaison humiliante et, par bien des aspects, injuste", proteste-t-il, tout en la jugeant "utile si l'on pense aux défis" qui se présentent à l'Italie.

Depuis la barge Pollux...

Depuis la barge "Pollux", douze ingénieurs contrôlaient à distance le redressement du "Concordia", dirigeant les opérations grâce à des télécaméras en surface et sous-marines ainsi que des micros qui écoutent les grincements et déplacements du paquebot. Vers 9 heures, le spécialiste sud-africain en renflouement Nick Sloane a "donné l'ordre d'activer les systèmes de commandement depuis la barge "Polluce" (Pollux)", a indiqué la protection civile lundi. Sur cette plate-forme - le centre opérationnel - sont embarqués seulement douze hommes dont le "senior salvage master" Sloane ainsi qu'un technicien qui contrôle la barge, des pilotes de Rov (robots sous-marins télécommandés qui font des allers retours sous la quille du navire), des ingénieurs spécialisés dans le maniement des "strand jacks" et autres poulies hydrauliques, un ingénieur en informatique, un ingénieur en projet.

5 micros écoutent le "Concordia" et 8 écrans le regardent

Les techniciens envoient leurs commandes au système et surveillent les opérations à travers huit écrans de contrôle. Sur le pont le plus élevé du "Concordia", cinq caméras munies de cinq micros ont été disposées à la proue et à la poupe. Deux câbles - un principal et un de secours - décrits comme des "cordons ombilicaux" relient la barge au navire : ils servent à activer les vérins hydrauliques, ouvrir et fermer les valves sur les caissons flottants, recevoir des informations sur l'inclinaison du navire. Huit écrans retransmettant les mêmes images et sons sont installés sur le rivage dans la "salvage room" qui permet à tous les autres ingénieurs, techniciens et responsables de la protection civile d'assister aux opérations et d'intervenir en cas de besoin.

Naufrage

Le 13 janvier 2012, le "Costa Concordia", transportant 4.229 personnes dont plus de 3.200 touristes, heurte un rocher à environ 300 mètres de l'île du Giglio, en Toscane. Le navire de croisière, qui s'était approché de l'île pour une parade nocturne, vient s'échouer à moins de 50 mètres du rivage. Le naufrage a fait trente-deux morts, dont deux disparus. Le 12 février, débute le pompage des 2.400 tonnes de carburant pour éviter une marée noire. L'enlèvement de l'épave est prévu pour février 2013. L'opération, sans précédent, prend du retard et sera repoussée à septembre.

Plaintes

Le 14 janvier, le commandant du navire, Francesco Schettino, est placé en détention à Grosseto, accusé avec son second d'homicides multiples par imprudence, naufrage et abandon de navire. Dès le lendemain, Costa Crociere, propriétaire italien du paquebot, accuse le commandant d'"erreurs" tant dans la trajectoire du navire que dans la gestion de l'urgence. Francesco Schettino est alors assigné à résidence à son domicile de Meta di Sorrento, au sud de Naples. Les premières plaintes contre Costa tombent et des procédures judiciaires seront ouvertes dans plusieurs pays.

Procès

Costa est condamnée à un million d'euros d'amende au terme d'une procédure négociée au cours de laquelle elle a reconnu sa responsabilité administrative. Outre Francesco Schettino, cinq employés de Costa seront poursuivis. Les six inculpés demandent à négocier leur peine avec le tribunal. Le directeur de l'unité de crise, Roberto Ferrarini, le timonier indonésien Jacob Rusli Bin et trois autres membres de l'équipage reçoivent un avis favorable du parquet, contrairement à Francesco Schettino. Les cinq co-accusés qui bénéficient de la procédure négociée sont condamnés à des peines allant de deux ans et dix mois à un an et six mois de prison pour homicides pluriels par imprudence.

Chiffres

114.000 tonnes, 290 mètres de long, 35 mètres de large, 57 mètres de haut, le "Concordia" était haut comme un immeuble de onze étages et grand comme trois terrains de football. Plus de 500 personnes de 26 nationalités différentes ont travaillé sur le projet, dont 120 plongeurs sous-marins qui ont effectué plus de 15.000 immersions, ainsi que des soudeurs, charpentiers, pilotes de bateau, ingénieurs, biologistes et 60 experts en renflouage ("salvage masters") et logistique navale. Pour toutes les opérations de rotation et renflouage, plus de 30.000 tonnes d'acier auront été nécessaires.

Le redressement du "Costa Concordia" en accéléré (AFP) :
 

Laure Brumont

Mardi 17 Septembre 2013



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