Le Cross Gris-Nez, épicentre mondial des bateaux français en détresse


Dans la grande salle vitrée d'où l'on distingue les falaises de Douvres, les équipes du Cross Gris-Nez reçoivent les alertes des balises de détresse des navires français du monde entier, activées parfois à des dizaines de milliers de kilomètres du Pas-de-Calais.


Le Cross Gris-Nez a été inauguré en 1985 © Cross Gris-Nez
Le Cross Gris-Nez a été inauguré en 1985 © Cross Gris-Nez
En octobre, au large de l'Afrique du Sud, Jean Sitruk est en perdition sur son catamaran avec son équipier sud-africain. Il a heurté une baleine, une voie d'eau fait chavirer son voilier. "J'ai eu 15 min pour quitter le bateau et emmener le strict nécessaire sur le radeau de survie, dont heureusement la balise de détresse EPIRB", explique ce miraculé des mers du Sud. À plus de 10.000 km de là, au cap Gris-Nez, les équipes analysent le signal. "On réceptionne l'intégralité des détresses et des alertes des navires français quelle que soit leur position sur la planète", rappelle Jérôme Peres, directeur adjoint du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross).
Aussitôt, le Cross prévient le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center) sud-africain, son homologue, et coordonne l'opération. Dans une mission de détresse comme celle-ci, "on calcule aussi les dérives, on a plusieurs outils de modélisation", explique Célia Monamy, chef du service opérations, afin de déterminer la position du navire. La balise n'est en effet pas dotée de GPS et les estimations de position données par le réseau de satellites sont en décalage de quelques heures par rapport à la position réelle. Après 26 heures à dériver dans l'océan Indien, les deux hommes sont finalement secourus par un porte-conteneurs de CMA CGM. "Comme tous les navires, on avait reçu les messages du Gris-Nez, la plaque tournante des secours pour tous les bateaux battant pavillon français", relate Hervé Lepage, commandant du navire.

Le "Bison futé" du détroit

Inauguré en 1985, le Cross Gris-Nez ressemble à une soucoupe volante posée à quelques mètres des falaises de la Côte d'Opale, au pied d'un phare. Ses 3.000 m2 offrent également des chambres, un restaurant ou encore une salle de sport pour la cinquantaine de salariés qui s'y relayent continuellement : le soleil ne se couche jamais sur les mers du globe...
Ses interventions reflètent aussi l'évolution de la situation géopolitique mondiale, comme les actes de piraterie. "Les alertes ont fortement diminué dans le golfe d'Aden. Il y a en revanche une recrudescence dans le golfe de Guinée, avec une forte présence de navires offshores (de ravitaillement, NDLR) français, notamment au large du Nigeria", explique Jérôme Peres. Et quand un État n'a pas les moyens de prêter assistance à un navire, le Cross peut relayer les appels auprès de bâtiments militaires français ou de l'Otan. "Récemment, une évacuation médicale d'un Français au large du Yémen a été faite par un hélicoptère américain", souligne ainsi Jérôme Peres.
Autre évolution, la crainte "d'un développement des tentatives de passage en Angleterre de migrants et de nombreux sauvetages à traiter" cet été, note Jérôme Peres, en référence à la "Jungle" de Calais. Car le Cross Gris-Nez a comme autre mission la surveillance du détroit du Pas-de-Calais, emprunté par 400 navires par jour, en sus de 120 rotations quotidiennes de ferries entre Calais et Douvres, ce qui fait de ce passage le plus fréquenté au monde avec celui de Malacca, en Asie. Une autoroute maritime conduisant les navires aux ports de Rotterdam, Londres, Anvers ou encore Hambourg.
"On est une sorte de Bison Futé du détroit, on émet aussi des bulletins afin d'aider à la navigation", explique Camille Bourgeon, le jeune (27 ans) chef de service de la surveillance et de la navigation. "Depuis la crise économique de 2008-2009, l’évolution frappante concerne la baisse du nombre de navires et l'augmentation de leur taille moyenne. On voit de plus en plus de gros porte-conteneurs" certains emportant jusqu'à 14.000 "boîtes". Un vrai défi sur cet entonnoir entre Angleterre et France, dont la largeur minimale ne dépasse pas 33 km.

Benjamin Massot

Lundi 2 Mai 2016



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