Le Nicaragua relance le canal entre Atlantique et Pacifique


Baigné par deux océans, le Nicaragua a ressorti des cartons un ambitieux projet souvent évoqué mais jamais entrepris : la construction d'un canal interocéanique, concurrent de celui de Panama, dont les revenus aideraient à lutter contre une pauvreté galopante.


© Wandermelon
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Le Nicaragua relance le rêve d'un nouveau canal entre Atlantique et Pacifique. Estimé à 30 milliards de dollars, ce projet jugé peu réaliste par des observateurs, a été étudié au début du xxe siècle mais abandonné au profit de Panama, situé à quelques centaines de kilomètres plus au sud, en raison de considérations géopolitiques américaines. "Cette initiative est le sommet d'une aspiration historique du Nicaragua de profiter de sa géographie" pour créer la seconde voie interocéanique du continent, selon un responsable des questions environnementales à la présidence, Jaime Incer.

"La seconde voie interocéanique du continent"


Le gouvernement de gauche du président Daniel Ortega a fait parvenir la semaine dernière au Congrès un projet de loi concernant la construction d'ici dix ans d'un canal de plus de 200 km, parmi six voies possibles, selon M. Incer. Le gouvernement propose un financement conjoint public/privé, l’État conservant 51 % du capital du canal. Il affirme que six pays ont fait part de leur intérêt pour le projet : la Chine, le Venezuela, le Brésil, la Russie, le Japon et la Corée du Sud.

Un projet "pharaonique"

Mais le scepticisme reste de mise dans le pays. Des observateurs doutent que le projet avance à court terme, en raison notamment de la crise économique mondiale et de l'insécurité juridique régnant au Nicaragua. D'autres jugent qu'il s'agit d'un moyen pour détourner l'attention de la population concernant des problèmes politiques internes. "Il est difficile que ça puisse se concrétiser dans les prochaines années. L'Europe est en récession, le Japon aussi, la Chine a cessé de croître et la Russie (que le Nicaragua considère comme le plus grand investisseur sur ce projet) est économiquement déprimée", a expliqué José Pallais, juriste et ancien député. M. Pallais reconnaît que le canal "améliorerait les conditions économiques" du deuxième pays le plus pauvre d'Amérique centrale et des Caraïbes après Haïti, mais estime que, pour l'heure, il s'agit d'"un rêve". "Peut-être la Chine", admet l'analyste Carlos Tünnerann, doutant toutefois que le géant asiatique ait l'intention d'entreprendre "de grands investissements" en ce moment au Nicaragua. Pour lui, il s'agit d'"illusions" destinées à détourner l'attention de la pauvreté, qui touche la moitié des 5,8 millions d'habitants du pays. Pourtant, M. Incer affirme que les autorités ont reçu des offres d’investissement d'"entreprises étrangère", reconnaissant toutefois qu'on est loin du premier coup de pelleteuse.
Une délégation gouvernementale doit se rendre cette semaine à Bruxelles pour présenter le projet lors d'une conférence mondiale sur les canaux transocéaniques. Selon les autorités locales, le Nicaragua réunit les conditions pour offrir une alternative à un canal de Panama qualifié d'"insuffisant" pour répondre à la demande mondiale. Inauguré en 1914, celui-ci fait actuellement l'objet d'immenses travaux d'élargissement. Depuis sa rétrocession en 1999 par les États-Unis, le canal de Panama, long de 80 km et par lequel transite 5 % du commerce mondial, a rapporté plus de 6 milliards de dollars au pays. "Nous ne sommes pas inquiets, notre compétitivité est bonne. Tout projet d'infrastructure dans la région est positif", a réagi l'administrateur du canal de Panama, Alberto Aleman. Le Costa Rica, en revanche, avec lequel le Nicaragua est en conflit depuis plus d'un siècle sur l'usage d'un fleuve frontalier, a ironisé sur un projet "pharaonique" et demandé des explications sur l'emplacement de l'éventuel canal.

Blanca Morel

Jeudi 14 Juin 2012





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