Le P3, vers une stabilisation durable du marché


À l'heure où CMA CGM et Maersk Line prennent livraison des plus grands porte-conteneurs du monde, ils annoncent un accord avec MSC pour créer ensemble le "réseau P3" qui devrait permettre aux leaders du transport maritime européen de mieux contrôler le secteur en faisant remonter les taux de fret. Reste à voir comment va réagir l'alliance G6 sur le trade Europe-Asie.


© Éric Houri
© Éric Houri
Bien que Maersk Line et CMA CGM soient déjà partenaires sur certains services depuis quelques années, bien que l'armateur français ait signé un accord avec MSC fin 2011, l'annonce de la création du "réseau P3" par le trio de tête mondial a fait grand bruit dans le Landerneau du shipping mondial. Les trois partenaires n'ont pas attendu de signer définitivement leur accord pour informer le marché. L'objectif inavoué de la manœuvre est sans doute de commencer à voir comment réagissent les trois "trades" Asie-Europe, Transpacifique et Transatlantique sur lesquels le P3 va s'implanter. Le but affiché est qu'ils attendent d'obtenir le feu vert des "autorités de la concurrence et de la réglementation" à Bruxelles et aux États-Unis.

Optimiser les taux de remplissage des navires

Il va donc falloir attendre le deuxième trimestre 2014 pour assister au démarrage de cette alliance. Avec une capacité de transport de 2,6 millions d'EVP, soit 255 navires opérés sur un total de 29 lignes maritimes, les intentions des trois partenaires sont tout à fait louables puisqu'ils veulent fournir aux clients "des services plus stables, plus fréquents et plus flexibles". Derrière ce prétexte, les armateurs visent sans aucun doute à optimiser le taux de remplissage des navires de très grande capacité qui seront déployés sur l'ensemble de ces services. L'autre but est sans doute de faire remonter les taux de fret sur un marché en forte déprime depuis des mois.

"Bâtir un mode résistance face à un marché dérégulé"


Selon le directeur de l'Isemar, Paul Tourret, bien que cette alliance soit uniquement opérationnelle et non commerciale, elle devrait "permettre de consolider l'offre européenne, mieux structurer le marché. Cette cohérence dans l'offre de transport serait une solution pour bâtir un mode de résistance face à un marché dérégulé". Car on peut s'attendre à ce que ce P3 soit une solution pour enfin imposer aux chargeurs une hausse des taux de fret, ajoute-t-il, rappelant que cet accord lie trois leaders du shipping européen face à des concurrents pour l'essentiel asiatiques.
Aucun détail n'est donné sur l'identité des navires qui seront utilisés dans le cadre de cette alliance par les trois partenaires. Pour l'heure, ils se contentent de dire que Maersk Line apportera 42 % environ de la capacité globale avec 1,1 million d'EVP, devant le suisse MSC qui y contribuera à hauteur de 34 % environ, avec 0,9 million d'EVP et le groupe français CMA CGM y contribuera à hauteur de 24 % environ, avec une offre représentant 0,6 million d'EVP. On apprend seulement que les porte-conteneurs participant au P3 "appartiendront toujours et ou seront toujours armés" par les trois partenaires. Pour le consultant néerlandais Dynamar, cette flotte comprendra de nombreuses unités de plus de 10.000 EVP, dont 43 de plus de 15.000 EVP.
Alors que l'époque de la "peak season" (haute saison) approche mais que les taux de fret sont toujours aussi bas, reste à savoir quel impact l'annonce de la création du P3 va avoir sur le marché et comment va réagir le G6 qui regroupe Hapag-Lloyd mais surtout APL, Hyundai, Mol, NYK et OOCL.

Remédier au phénomène de surcapacité

"Coordonner les prix ne serait à mon avis pas toléré par les autorités de régulation, compte tenu de la forte fragmentation de ce marché", observe Michael Foeth, analyste du transport maritime pour Vontobel. Selon lui, l'alliance P3 "pourrait optimiser les capacités d'utilisation et ainsi tenter d'éviter les surcapacités significatives" éprouvées ces dernières années. Pour Vincent Clerc, directeur des ventes de Maersk Line, "il ne s'agit pas une coopération commerciale. Nous continuerons à nous livrer concurrence autant que nous l'avons fait jusque-là, sinon plus". De son côté, Anne-France Malrieu, un porte-parole de CMA CGM, a indiqué : "Il n'y a pas d'entorse à la concurrence, chacun va continuer à fixer ses prix, sa politique commerciale et sa politique marketing".

Vincent Calabrèse

Vendredi 21 Juin 2013



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