Le "Spillglop-250", "l'aspirateur des mers" contre la pollution par hydrocarbures


Un "aspirateur" flottant pour nettoyer les mers des hydrocarbures : la société bretonne Ecocéane, basée à Paimpol, dans les Côtes d'Armor, a mis au point le "Spillglop-250", un bateau capable d'aspirer une nappe de pétrole flottant à la surface de l'océan et ce en haute mer et par gros temps.


Le "Spillglop-250" est un "aspirateur" flottant pour nettoyer les mers des hydrocarbures © Ecocéane
Le "Spillglop-250" est un "aspirateur" flottant pour nettoyer les mers des hydrocarbures © Ecocéane
"Le "Spillglop" est un faux monocoque de 25 mètres de long et de 7 mètres de large, explique Robert Gastaldi, fondateur, bailleur de fonds et président du conseil de surveillance de la SAS Ecocéane. Il s'agit d'un catamaran dont les deux coques sont reliées au-dessus et en dessous. La proue s'ouvre pour laisser entrer l'eau à l'intérieur et, pour en capter davantage, deux mâchoires auto-flottantes s'abaissent à l'avant". Ainsi le "Spillglop" ratisse plus large et améliore ses capacités de nettoyage : jusqu'à 50.000 m2 par heure, la récupération jusqu'à 100 % des hydrocarbures flottants et ce même par vent de force 6 à 7.
"Le "Spillglop-250" est l'unique bateau au monde à pouvoir travailler par ces conditions météorologiques, appuie Éric Vial, directeur d'Ecocéane. Les autres ne peuvent évoluer que par temps calme. C'est d'ailleurs la raison d'être de cette PME, savoir ramasser le pétrole en mer, alors que des catastrophes comme l'échouage de l'"Amoco Cadiz" ont démontré notre incapacité".
À l'intérieur du bateau, l'eau passe dans une sorte de canal entre les coques. Le pétrole étant plus léger que l'eau, celui-ci se retrouve en surface où il est aspiré par une pompe et stocké à bord, dans une limite de 120 m3, ou directement envoyé via une conduite dans un cargo à proximité pour travailler en continu. Même lorsque les hydrocarbures et l'eau se sont mélangés en une émulsion, le "Spillglop" peut encore oeuvrer : "Lorsque cette «mayonnaise» se développe, le bateau s'arrête pendant environ une heure, le temps de chauffer l'eau à bord à 35 °C pour séparer les éléments et pouvoir aspirer le pétrole", détaille Éric Vial.

Toute une gamme de bateaux

Ecocéane a ainsi créé toute une gamme de "bateaux-aspirateurs" : le "Cataglop", destiné au nettoyage portuaire des déchets solides et liquides, le "Workglop", bateau de travail et de récupération des mêmes matériaux aux abords des plateformes pétrolières et dans les grands ports commerciaux, et, enfin, le "Spillglop", pour les mêmes tâches mais en haute mer. Chacun de ses navires existe en plusieurs gabarits. Ecocéane a déjà vendu plus d'une centaine de "Cataglop" et deux "Workglop".
Le tout premier "Spillglop-250" l'a été à Taïwan. Il a été lancé le 30 avril à La Rochelle, en présence de plusieurs délégations internationales : Taïwan, Nigeria, Égypte, Angola, Qatar et Russie. Mais pas la France ni aucun pays européen.
"Nous sommes confrontés à un paradoxe administratif français, se désole Robert Gastaldi. Depuis 2009 et le tout premier prototype de "Spillglop", nous sommes invités à des voyages avec le président de la République. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, nous a présentés au président de l'Angola. Le ministère de l'Écologie nous parraine mais nous ne sommes pas reconnus en France par les organismes chargés de la lutte contre les pollutions, le Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux) et le Ceppol (Centre d'expertises pratiques de lutte anti-pollution).
Pourtant le Cedre a validé le "Cataglop". Mais il n'en a pas fait autant pour le "Spillglop" et n'a dont rien transmis à l'UE, en l'occurrence à l'European Maritime Safety Agency (EMSA), parce que son bassin d'essai serait trop petit pour l'accueillir, alors qu'il est basé sur la même technologie. Le Cedre aurait toutefois conseillé à la société bretonne d'aller se présenter à l'Homsett, son homologue américain. Ce dernier a reconnu le concept comme unique au monde, ce qui a permis à Ecocéane de survivre.
Aujourd'hui Ecocéane emploie 25 personnes et a développé un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros. "En 2016 nous tablons sur 25 à 30 millions et en 2019 sur 150 millions d'euros de chiffre d'affaires. D'ici-là, nous aurons créé environ 1.200 emplois dont 800 en France", souligne Robert Gastaldi.

Olivier Guérin

Lundi 4 Mai 2015



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