Le Tréport, vent debout contre les éoliennes en mer


"Il est bon notre turbotin ? Profitez-en pendant qu'on peut encore en avoir !", lance Liseline Lavoine à des clients de son restaurant : au Tréport, en Seine-Maritime, la colère monte depuis qu'a été officialisée mercredi 7 mai l'implantation d'éoliennes en mer, au large de ce port de pêche.


Le programme industriel de GDF pour le parc éolien offshore © GDF
Le programme industriel de GDF pour le parc éolien offshore © GDF
Le Tréport, petite ville de 5.000 habitants, qui a développé un tourisme populaire lié à la pêche, craint que le futur parc d'éoliennes géantes ne signe à terme la mort économique de ses 50 petits bateaux et 250 marins pêcheurs, dont l'activité fait vivre quelque 750 personnes. "Si on n'a plus de port de pêche, on perd notre âme, on perd notre cœur", plaide la restauratrice, présidente de l'union des commerçants tréportais et membre de l'association "SOS (Sans offshore) à l'horizon". Annoncé mercredi 7 mai par la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, le parc attribué à un consortium mené par GDF-Suez comprendra entre 60 et 100 éoliennes hautes de 200 mètres, à une quinzaine de kilomètres du rivage.
"Cela va être un désastre écologique et ce sera la mort de la pêche artisanale. Au Danemark (où l'éolien offshore s'est massivement développé, NDLR), elle n'existe plus", affirme Olivier Becquet, gérant de la coopérative des pêcheurs (Capa). La zone de pêche du Tréport est abondante (8.000 tonnes pêchées chaque année) et peuplée de nombreuses espèces, comme la sole, la seiche, le turbot, les crevettes, les coquilles Saint-Jacques, les tellines, les pétoncles, les amandes de mer... Mais c'est précisément là que seront implantées les éoliennes, car les fonds marins y sont moins profonds qu'à d'autres endroits du littoral de la Manche.
Premier site pressenti historiquement pour de l'éolien en mer en France, avec un projet de la Compagnie du vent, PME pionnière dont les études ont été reprises par GDF-Suez, Le Tréport lutte depuis des années pour sa ressource halieutique et touristique. "Nous avions proposé d'autres zones mais ils n'ont pas voulu", regrette Laurent Jacques (PCF), premier adjoint au maire communiste de la ville. Pourtant, "à Fécamp, ils ont choisi une zone où les pêcheurs n'allaient pas", note-t-il, faisant allusion à l'autre port haut-normand, où va être implanté, par EDF cette fois, un autre champ éolien.

"Premier site pressenti historiquement pour de l'éolien en mer en France"


Or, au Tréport, la pêche a une importance vitale pour toute l'économie locale, font valoir les opposants au parc. GDF-Suez a assuré aux pêcheurs qu'ils pourront lancer leurs filets entre les éoliennes, espacées d'environ 1 km. "On n'y croit pas, jamais le préfet des affaires maritimes ne l'acceptera, pour des raisons de sécurité", assure Laurent Jacques. En regardant la mer depuis son restaurant, Liseline Lavoine soupire : "On est en train de créer une pollution visuelle et de dangereux obstacles à la navigation". Sans parler, ajoute-t-elle, des risques liés au déminage de bombes de la Seconde Guerre mondiale, pour certaines chimiques, pendant les travaux. Les anti-éoliens du Tréport ne baissent pas les bras : "Nous allons déposer des recours juridiques", prévient Gérard Bilon, président de l'association "SOS à l'horizon".

Six projets en cours

Le 7 mai, la ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, Ségolène Royal, a annoncé la construction de deux nouveaux parcs d'éoliennes en mer. Outre Le Tréport, la commune d'Yeu-Noirmoutier a été choisie par le gouvernement pour un projet qui associe GDF-Suez au groupe portugais EDP Renewableset au français Neoen Marine. Quatre parcs éoliens en mer, représentant 2.000 mégawatts, étaient déjà prévus, dont trois situés au large de Saint-Nazaire pour le consortium EDF Dong, avec Alstom et Nass&Wind, à Courseulles-sur-Mer et à Fécamp pour le consortium EDF Dong, avec Alstom et WPD.

Hervé Lionnet

Lundi 12 Mai 2014



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