Le blé de la mer Noire s'étend sur le monde


Non contents d'être redevenus le grenier à blé de l'Europe, les pays de la mer Noire, Russie et Ukraine en tête, chassent désormais sur les terres d'exportateurs historiques comme la France.


© Ceralia
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"Il y a dix ans, la part de marché mondiale du blé Ukraine/Russie était de 6 %, cette année elle est de 25 %", rappelle Michel Portier, patron du cabinet Agritel. Dix ans. C'est également de cette époque-là que date la prise de conscience par les investisseurs étrangers du potentiel de la région, selon Pierre Danon, vice-président d'Agrogénération.
"À l'époque, les prix des céréales montaient", se souvient le dirigeant du groupe spécialisé dans la production de céréales et d'oléagineux en Ukraine. Alors que certains pays arrêtent totalement la production de céréales, d'autres, comme l'Inde ou la Chine, augmentent considérablement leur production de viande, faisant craindre pour la sécurité alimentaire de la planète. Les investisseurs se rendent compte qu'il y a "un seul endroit dans le monde où les terres sont d'une qualité exceptionnelle et sous-exploitées, les terres noires de Russie et d'Ukraine", le fameux "tchernoziom" riche en humus, explique Pierre Danon.
De nombreux groupes en ont amélioré les rendements. Ce qui, conjugué à la récolte française catastrophique, a permis cette année à la Russie de devenir le plus gros exportateur mondial de blé, devant l'UE. Selon les dernières projections américaines, l'UE, dont la France était avant cette année le premier exportateur, devrait vendre en 2016-2017 25,5 millions de tonnes de blé hors de ses frontières, contre 29 millions pour la Russie.
En dépit du caractère exceptionnel de cette récolte, Pierre Danon voit bien, "dans les cinq ans", Russie et Ukraine ensemble devenir de façon pérenne "le premier exportateur mondial". Car, outre la fertilité des sols, l'immensité des terres constitue un autre atout. Selon le ministère français de l'Économie, la superficie moyenne d'une exploitation agricole en Ukraine se situe autour de 2.000 hectares, contre 55 en France. Et la production de blé "n'arrête pas de progresser dans une zone où la population ne croît pas", selon Michel Portier, qui indique que "tous les gains de production vont à l'export".
Le ministre russe de l'Agriculture, Alexandre Tkatchev, a récemment évalué les exportations prévues sur la campagne 2016-2017 entre 35 et 37 millions de tonnes, toutes céréales confondues, contre 33,9 millions sur la précédente, soit un nouveau record.

Pas de wagon pour le blé

Certains analystes évoquent la présence ponctuelle de punaises qui ont la fâcheuse manie d'aspirer le contenu des grains, mais nombre d'observateurs soutiennent que la qualité des pousses qui recouvrent les anciens kolkhozes (exploitations collectives sous l'ère soviétique) ne cesse de s'améliorer. Une faiblesse structurelle persiste néanmoins : "La logistique est extrêmement compliquée", explique Michel Portier. L'acheminement du silo au navire coûte très cher, selon lui, quelque 15 dollars la tonne, contre 5 dollars en France. Pierre Danon évoque "une pénurie de wagons ferroviaires".
"On a un savoir-faire qui nous permet de rétablir une compétitivité", renchérit Rémi Haquin, vice-président de l'AGPB (Association générale des producteurs de blé), davantage préoccupé par les répliques de la mauvaise récolte de l'année écoulée. "L'importance du blé mer Noire sur le marché, c'est un fait", explique-t-il, avant de tempérer : "Ce sont des concurrents qui vont être récurrents, mais dans un marché qui progresse, donc il y aura encore une place" pour les exportateurs français.
Mais l'année 2016-2017 a été terrible pour la France et l'UE et certains chiffres avancés sont frappants. Ainsi, en Égypte, premier importateur mondial, "la mer Noire a piqué une part de marché prépondérante" souligne Damien Vercambre, analyste au cabinet Inter-Courtage, qui affirme que "c'est la Russie et la Roumanie qui se partagent 95 %" des achats de blé égyptiens. "Nous, on est absents parce qu'on n'a pas la qualité".
Si les analystes tablent sur un retour des marchandises françaises sur ce marché très disputé dès que les récoltes seront plus conformes aux standards, les producteurs s'attendent à ferrailler sur le long terme. "C'est la clé de la stabilité politique dans tout le moyen-Orient, toute l'Afrique du Nord et demain l'Afrique en général. Poutine a intégré que si le FMI prête autant d'argent à l'Égypte pour acheter du blé, c'est bien un problème de stabilité", conclut Rémi Haquin.

Nicolas Gubert et Germain Moyon

Vendredi 3 Février 2017



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