Le conteneur ne place pas le ro-ro dans l'impasse


Mustapha El Khayat, professeur universitaire marocain et président de l'Amlog, est convaincu que la montée en puissance de la technique de la conteneurisation au Maghreb va laisser une marge de manœuvre à la remorque. D'autre part, il est persuadé que le hub de Tanger-Med ne va faire pas faire disparaître les autres ports du royaume chérifien du paysage maritime international. Le spécialiste se félicite en outre du développement rapide du tissu logistique national depuis l'ouverture du hub tangérois.


© Caroline Garcia
© Caroline Garcia
"L'Antenne" : Comment évolue l'offre de transport en Méditerranée sur la desserte des ports du Maghreb ? Est-ce que le conteneur continue de gagner du terrain au détriment de la remorque ? Est-ce que la technique roulière est amenée à disparaître totalement ?

Mustapha El Khayat : En Méditerranée, l'offre de transport sur la desserte des ports maghrébins se caractérise par la conteneurisation pour le trafic de longue distance au travers des hubs méditerranéens (Tanger-Med, Algésiras, etc.) et le trafic roulier combinant conteneurs et remorques. À mon avis, le ro-ro mixte et la technique purement roulière (remorques) vont se maintenir sur le marché en raison du développement du transport multimodal et en raison de l'émergence des autoroutes de la mer et flux logistiques en flux tendus entre donneurs d'ordre et sous-traitants. Tanger-Med s'est d'ailleurs doté d'un terminal roulier équipé de huit postes. En Tunisie, Radès conservera sa vocation de port roulier même si des projets de création de terminaux à conteneurs sont aujourd'hui à l'étude.

"L'A." : La montée en puissance de Tanger-Med au rang des grands hubs de Méditerranée ne met-il pas en péril Casablanca et les autres ports du Maroc et d'Afrique du Nord dans le secteur du trafic conteneurisé ?

M. E. K. :
Pas du tout. Le port de Tanger-Med va jouer un rôle complémentaire vis-à-vis de Casablanca pour le trafic national. La stratégie portuaire 2030 vise à rendre les ports marocains de plus en plus ouverts sur l'international pour le développement de leurs régions (hinterlands immédiats). Le port de Casablanca est maintenant équipé de deux terminaux à conteneurs. Il sera doté d'un troisième terminal incessamment. Quant au terminal ro-ro, il constitue une plate-forme moderne pour le trafic automobile à l'import comme à l'export. De plus, il est équipé de silos et peut accueillir des paquebots de croisière. À terme, le vrac (le phosphate) sera traité ailleurs. Ce trafic sera transféré à Jorf Lasfar et sur le nouveau port de Safi.

"Tanger-Med ne met pas en péril les autres ports du Maroc"


"L'A." : Est-ce que la création du service Dunfresh de CMA CGM prouve qu'il existe encore des créneaux pour des ports comme Agadir ?

M. E. K. : 
Le port d'Agadir a su capter et conservera ses clients armateurs tels que CMA CGM, Maersk, IMTC, etc. avec des navires porte-conteneurs adaptés au trafic des fruits et légumes. Le projet européen MedaMos 2 ne fait que confirmer cette tendance. L'autoroute Agadir-Marrakech ouvre à ce port le trafic de son hinterland.

"L'A." : S'ils veulent se positionner en concurrents de Tanger-Med, comment doivent réagir les ports algériens et tunisiens s'ils souhaitent capter une part des échanges Est-Ouest ?

M. E. K. : 
Des projets sont en cours pour capter une partie du trafic Est-Ouest sur la rive Sud de la Méditerranée. Il s'agit du port de Djen-Djen en Algérie et du futur port d'Enfidha en Tunisie. Mais il ne faut pas être trop optimistes sur ces projets portuaires car leur position géographique n'est pas idéale pour les leaders du transport maritime international. La Tunisie envisage d'implanter également son hub portuaire dans les environs du port de Bizerte. Ceci permettrait de le placer sur la route maritime Est-Ouest sans détour.

"Une politique logistique volontariste insufflée par l’État"

"L'A." : Quel a été le véritable impact de Tanger-Med sur la logistique nationale au Maroc ?

M. E. K. : 
La logistique au Maroc se développe rapidement. Une politique volontariste accompagne ce développement avec la création de l'Agence marocaine pour le développement de la logistique (AMDL) et l'Observatoire logistique qui font partie du contrat programme signé entre l'État et le patronat marocain en présence de Mohammed VI.

"L'A." : Est-ce que de nouveaux logisticiens sont venus s'implanter à Tanger, d'une part, mais également partout au Maroc ?

M. E. K. : 
Bien sûr, plusieurs prestataires de services logistiques globaux sont maintenant installés au Maroc pour accompagner le développement du secteur dans le pays. À titre d'exemple, nous avons vu s'implanter Geodis, DHL, M&M, ID Logistics, Dachser, etc.

"L'A." : Quelles sont les surfaces logistiques opérationnelles de nos jours au Maroc et quelle a été la croissance du secteur depuis l'ouverture de la première tranche de Tanger-Med ?

M. E. K. : 
Personne ne peut répondre à cette question, même les autorités manquent d'information sur ce sujet. Des promoteurs individuels se sont lancés dans l'immobilier logistique : des entrepôts et des plates-formes conformes aux standards internationaux émergent partout au Maroc. L'AMDL, qui vient juste d'être créée, n'a pas encore eu le temps de jouer son rôle de régulateur dans ce domaine. Dans le cadre de la stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique, l'État, en partenariat avec le secteur privé, a programmé plusieurs zones d'activités logistiques qui accompagnent les plans de développement (plan vert, plan émergence, etc.). Aujourd'hui, il faut que le nouvel observatoire logistique donne une visibilité aux opérateurs. Car il faut éviter de tomber dans le piège de la sur-offre immobilière qui est souvent due à la spéculation.

Vincent Calabrèse

Jeudi 18 Avril 2013





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