Le golfe de Guinée, épicentre de la piraterie maritime en Afrique


Plus de 5.700 km de côtes, dix-sept pays qui s'étendent du Sénégal à l'Angola, le golfe de Guinée est désormais l'épicentre de la piraterie maritime en Afrique, alors que la situation s'est apaisée au large de la Somalie.


Sommet de l'Union africaine sur la sécurité maritime et le développement en Afrique à Lomé le 15 octobre © Sommet de Lomé
Sommet de l'Union africaine sur la sécurité maritime et le développement en Afrique à Lomé le 15 octobre © Sommet de Lomé
La piraterie sera l'un des thèmes phare dont auront à débattre les chefs d'État du continent ou leurs représentants, réunis à Lomé (Togo) le 15 octobre, pour le Sommet de l'Union africaine sur la sécurité maritime et le développement en Afrique. Depuis avril, l'Organisation maritime internationale (OMI) dénombre au moins 27 attaques de navires (vols, kidnappings ou tentatives échouées) sur les côtes d'Afrique de l'Ouest, contre deux seulement en Afrique de l'Est.
Le Nigeria, géant de 170 millions d'habitants, est au cœur du problème. La majorité des attaques perpétrées dans la région le sont au large de ses côtes ou dans les pays voisins, métastases des groupes armés originaires du Delta du Niger, la plus grande réserve d'hydrocarbure du continent située dans le Sud du Nigeria.
Même scénario qu'en Somalie, où les petits pêcheurs ne trouvaient plus de poissons à cause des pêches massives illégales, les groupes armés nigérians défendent leurs actions par leur "frustration". "Il y a cette idée que le gouvernement et les compagnies étrangères exploitent le pétrole et que la population n'en tire pas profit", explique Barthélemy Blédé, chercheur en sécurité maritime à l'Institut d'études de sécurité (ISS). Un nouveau groupe armé a d'ailleurs menacé de mettre le feu aux pétroliers étrangers, ne se satisfaisant plus seulement de faire exploser les oléoducs dans le delta.

"92 % des marchandises qui circulent sur le continent africain arrivent par navire"


Les attaques des pirates des mers sont de plus en plus éloignées des côtes, note le commandant Éric Lauvault, capitaine du "Dixmude", bâtiment de projection et de commandement (BPC) de la marine française qui sillonne les eaux internationales d'Afrique de l'Ouest depuis 1990 et lutte contre le "brigandage", les pêches illégales, les attaques mais aussi les trafics en tout genre.

Soutien logistique étranger

Le long du golfe de Guinée, pétroliers et porte-conteneurs se succèdent. 92 % des marchandises qui circulent sur le continent africain arrivent par navire. C'est sans compter les minerais qui sont exportés en quantité astronomique. Les grandes puissances étrangères (États-Unis, France, Grande-Bretagne, mais aussi Japon et Chine) sont présentes en apportant un soutien logistique, financier ou armé aux pays de la région. EIles protègent ainsi leurs intérêts nationaux qui transitent sur cette gigantesque autoroute des mers. Mais paradoxalement, il était plus facile de travailler au large de la Somalie, un État failli, que dans les eaux nigérianes.
"Pendant la guerre du Biafra (1967-1970), de nombreuses puissances étrangères ont importé des armes dans la région séparatiste", conduisant à une guerre civile sanglante toujours ancrée dans les mémoires, note Barthélemy Blédé. "Le Nigeria ne va jamais accepter que des forces étrangères entrent dans sa zone".
La piraterie est un "business" qui draine des milliards de dollars et, dans un pays où la corruption est endémique, les autorités ont longtemps nié les troubles qui empoisonnent aussi leurs voisins. L'ancien directeur général de l'Agence nigériane de la sécurité maritime (Nimasa) Patrick Akpobolokemi avait directement accusé les compagnies d'assurance de grossir les chiffres et de "brandir le drapeau rouge volontairement" pour "soutirer encore plus d'argent aux opérateurs du secteur maritime". Depuis l'arrivée du président Muhammadu Buhari au pouvoir en 2015, Patrick Akpobolokemi a été renvoyé de son poste, accusé d'avoir détourné 2,6 milliards de nairas (7,3 millions d'euros).
Le manque de coopération, notamment d'échange d'informations entre les différents pays, est un problème majeur même si, pour tous les acteurs du secteur, de nombreux efforts ont été faits dans ce sens depuis la dernière conférence de Yaoundé en 2013. "Si un navire commet un acte de pêche illicite par exemple dans les eaux sénégalaises et passe ensuite en Guinée, nous n'avons aucun moyen de le poursuivre", explique un jeune officier de marine d'Afrique de l'Ouest, actuellement en formation sur le "Dixmude".
Beaucoup de pays africains n'ont pas de frontières maritimes délimitées, conséquence, selon Barthélemy Blédé, des partages de la Conférence de Berlin de 1884 qui "ne s'est pas occupée du domaine maritime". Encourager les marines nationales à travailler ensemble, délimiter les frontières maritimes et mettre en place une charte contraignante, signée par tous les membres de l'Union africaine, ce sera le difficile défi du sommet de Lomé.

Sophie Bouillon

Mercredi 12 Octobre 2016



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